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Histoire des sciences

Qui était Marion Créhange, première personne à obtenir un doctorat en informatique en France ?

La première personne en France à avoir obtenu un doctorat en informatique était une femme, Marion Créhange. Portrait de cette pionnière de l'informatique, qui vient de décéder.

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Créhange

Marion Créhange, première personne à obtenir un doctorat en informatique en France, et une carte informatique IBM 650, un moyen de stockage utilisé avec les premiers ordinateurs.

Marion Créhange / KENT STATE UNIVERSITY

Elle était la première personne en France à avoir obtenu un doctorat en informatique. La Société française d'informatique (SIF) vient d'annoncer le décès de Marion Créhange, survenu le 28 mars 2022 à l'âge de 84 ans. Portrait d'une pionnière dans son domaine.

Née à Nancy (Lorraine) le 14 novembre 1937, Marion Créhange commence sa carrière en 1959 pour travailler sur le "calcul automatique", le fait de faire des calculs sans intervention humaine, qui faisait alors ses premiers pas. "A l'époque, des ordinateurs sont arrivés à Nancy, des IBM 604 et IBM 650 qui ressemblaient à de grosses armoires. Il n'existait pas de moyen de stocker des informations, pas même des disquettes. On utilisait alors des cassettes perforées, qui s'utilisaient par cartons entiers...", explique Natacha Portier, maîtresse de conférences à l'Ecole Normale de Supérieure (ENS) de Lyon. "Nancy était alors un lieu précurseur dans le domaine qui deviendra plus tard l'informatique." Avant même que le mot "informatique" ne soit lancé, Marion Créhange contribue aux débuts de cette discipline à l'Université de Nancy. C'est là qu'elle soutient sa thèse en 1961, devenant la première personne, et de surcroit la première femme, à obtenir un doctorat en informatique en France. A ce moment-là, sa recherche porte sur les langages de programmation et notamment sur la conception d'un langage d'interrogation de bases de données. "Je suis consciente de la chance que j’ai eue d’être très jeune et très tôt happée par le domaine passionnant de l’informatique", écrivait-elle dans "Ma randonnée informatique", un texte rétrospectif sur sa carrière publié en 2020 sur le site Interstices.

Un programme novateur de banque d'images

Spécialisée dans la recherche d'information, elle rejoint le laboratoire créé par Claude Pair. Un poste qui lui donne l'opportunité d'appliquer ces principes informatiques à des projets de toutes sortes. "Chemin caillouteux mais combien passionnant !", insiste Marion Créhange. "J’ai ainsi, par exemple, participé à la conception d’une base de données d’informations multimédia sur les rues et carrefours de la ville de Nancy, à la gestion de dossiers médicaux (j’y ai eu plusieurs coopérations successives, difficiles et enrichissantes), à la gestion d’une base de coupes géologiques (avec la Commission régionale du patrimoine géologique)."

En 1983, elle fonde l'équipe de recherche EXPRIM (Experts pour la Recherche d'Image), qui lance le projet Exprim. Il s'appuie sur une base d'images accompagnées de descriptions. Un utilisateur peut lancer une requête et le programme lui propose alors un ensemble d'images correspondantes. L'utilisateur doit alors indiquer quelles images lui conviennent et lesquelles ne lui conviennent pas. Un processus qui permet d'affiner le fonctionnement du programme et de s'adapter aux requêtes de l'utilisateur. Un ancêtre de nos algorithmes personnalisés d'aujourd'hui. "Exemple significatif : un journaliste souhaitant illustrer de façon originale un article. On peut aussi penser à un professeur, à un publicitaire… Nous sommes ici dans le domaine de la Communication Homme-machine et, plus généralement, de l’intelligence artificielle", explique l'informaticienne. 

Marion Créhange, une scientifique "arrivée trop tôt"

"Pendant toute sa carrière, Marion Créhange a eu des collaborations passionnantes avec des spécialistes très divers : médecins, géologues, historiens, physiciens, pédagogues, ingénieurs, et en a toujours tiré intérêt, ouverture et recul. Elle en a gardé aussi un goût prononcé pour l'interdisciplinarité", salue l'Académie Stanislas, l'académie des Sciences de Lorraine, dont elle faisait partie. L'explosion récente des réseaux mondiaux d'information "lui a donné aussi des regrets d'être "arrivé trop tôt" dans ce domaine : il lui a été très difficile, par exemple, de trouver des applications réelles, l'effort pour construire les bases d'informations utiles étant trop important et trop coûteux, alors que d'innombrables telles bases se trouvent maintenant sur Internet !"

Elle était également professeure émérite de l'université de Lorraine au sein du Laboratoire Lorrain de Recherche en Informatique et ses Applications (LORIA).

 

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