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Sexe oral : tout sur les pratiques sexuelles buccales

Quelles maladies peut-on transmettre lors d’un cunnilingus ?

Publié par Marine Nugeron  |  Mis à jour le par Manon DuranExperte : Dr Sandra Fornage, gynécologue spécialisée en médecine sexuelle

Cette pratique très appréciée de sexe oral se banalise. Peut-elle être consommée sans modération ou y a-t-il des risques d'infections sexuellement transmissibles ? Qu’en est-il notamment du risque de cancer de la gorge dû au papillomavirus ? Un médecin répond.

Le cunnilingus est une pratique sexuelle orale très largement pratiquée. Mais cette caresse buccale n'est pas sans risque ! Chlamydia, hépatite B, hépatite C, syphilis… presque toutes les IST (infections sexuellement transmissibles) peuvent être transmises lors d’un cunnilingus. "Ces infections se transmettent toutefois moins facilement par le sexe oral que par pénétration, notamment anale. Herpès et HPV (papillomavirus humain) sont transmissibles facilement lors des pratiques de sexe oral par simple contact des muqueuses", précise la Dre Sandra Fornage, gynécologue spécialisée en médecine sexuelle.

Un risque quasi-nul pour le VIH

À la question "Quel est le risque de contamination par cunnilingus pour le VIH ?", l’interlocuteur de Sida Info Service répond illico : "Très faible. Cela représente, il me semble, moins de 5 à 7 cas en plus de 40 ans dans le monde". 

Cancer de la gorge et papillomavirus : le grand débat

"Le papillomavirus humain est une infection sexuellement transmissible très fréquente. Si le HPV, en soi est bénin, certaines souches dites "à haut risque" peuvent engendrer des lésions précancéreuses pouvant se transformer en cancer (du col de l'utérus, de l'anus, de la vulve, du pénis ou de la gorge) au bout d’une dizaine d’années en moyenne", précise la gynécologue.

Parce que le HPV est présent dans les muqueuses vaginales de la personne porteuse, il y a risque de transmission lors d’une pratique de sexe oral.

"La personne qui fait le cunnilingus peut alors contracter une infection par HPV des muqueuses buccales et du pharynx qui peut sous certaines conditions (baisse de l’immunité, tabagisme actif) et avec le temps se transformer en un cancer de la gorge."

Selon une étude de l’université Johns Hopkins, publiée en 2017 dans les Annals of Oncology, les hommes sont plus sensibles que les femmes à la transmission du cancer oropharyngé par le biais du sexe oral. Ce risque est notamment accru chez les hommes à partenaires multiples (à partir de 5) : "Notre étude montre que chez les hommes le risque d'une infection par le HPV s'accroît avec le nombre de partenaires avec lesquels ils ont eu des relations sexuelles buccales", explique Gypsyamber D'Souza, professeure adjointe d'épidémiologie à l’université Johns Hopkins. L’autre facteur de risque important est le tabagisme actif.

Comment se protéger ?

La vaccination contre le papillomavirus humain (HPV) pourrait enrayer le problème : "Pour diminuer la présence dans la population de certaines souches de HPV, précise Sandra Fornage, il convient de vacciner les femmes, mais aussi les hommes !" Initialement recommandée aux adolescentes de 11 à 14 ans,  la vaccination contre le HPV est désormais élargie aux garçons de la même tranche d'âge. 

Comme pour toutes les autres infections, on peut prévenir le risque de transmission en utilisant une digue dentaire (une sorte de film carré en latex qui empêche le contact direct avec les muqueuses). Le problème : bien souvent, les personnes ne savent pas qu’elles ont un HPV ou de l'herpès génital et elles ne se protègent donc pas.

Herpès : contagieux dans les deux sens

Dans le cas où la personne qui reçoit le cunnilingus a de l’herpès génital, il y a un risque de transmission d’herpès buccal à celui qui le donne. Et inversement si celui qui pratique le cunni a de l’herpès labial. Très invalidant mais pas dangereux. Pour amoindrir le risque de contamination, il faudrait donc ne pas pratiquer de cunnilingus au moment de la poussée d’herpès, qu’elle soit labiale ou génitale, sauf si vous utilisez une digue dentaire.

Infection à chlamydia : se soigne très bien si diagnostiquée à temps

L'infection à chlamydia peut se transmettre sans pénétration et engendrer des complications sévères, mais décelée à temps la maladie est très bien traitée, avec des antibiotiques.

En cas de contact avec le sang (règles) : risque augmenté pour l’hépatite

Hépatite B et C peuvent aussi se transmettre lors de cette pratique orale, notamment en cas de contact avec le sang si le cunni a lieu pendant les règles, surtout pour l'hépatite C. On peut se vacciner contre l’hépatite B et un traitement permet aujourd’hui de guérir de l’hépatite C.

D'autres infections comme la syphilis ou la blennorragie peuvent aussi être transmises. Mais là encore, c'est assez rare.

Comment éviter la contamination lors d’un cunnilingus ?

Vous l'aurez compris, outre la vaccination qui n'est valable que pour certaines de ces infections, la star de la protection pour le cunnilingus, c'est la digue dentaire. Le hic, c’est que ce petit carré de latex est aussi difficile à trouver que logistiquement rebutant, donc peu de gens s'en servent. Mais vous pouvez tout à fait aménager un préservatif en le coupant et l'étirant (c'est très élastique), de façon à créer une protection. Bien sûr, il est important de soigner son hygiène, aussi bien de vie, que buccale et sexuelle.

Dans l’ensemble, notez que le fait d’avoir des partenaires multiples augmente les risques de transmission d'infections, et, surtout, que toute relation sexuelle engendre des risques. Certaines infections se transmettent aussi par simple contact par matériel de jeu sexuel ou par les mains.

Alors, si vous avez eu une relation sexuelle non protégée, ou si vous constatez des anomalies sur vos organes génitaux, consultez votre médecin pour passer les tests de dépistage appropriés. N’hésitez pas aussi à contacter Sida Info Service : 0 800 840 800. Gratuit et anonyme.

Bien à vous et de l’amour protégé !

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