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En Hongrie et en Pologne, l’inexorable dégradation de la liberté de la presse

Editorial. Le recul du pluralisme des médias à Budapest et à Varsovie se fait devant les yeux d’une Union européenne largement impuissante.

Publié le 12 février 2021 à 11h36, modifié le 12 février 2021 à 14h00 Temps de Lecture 2 min.

Editorial du Monde. Il en va de la liberté de la presse comme du reste de l’Etat de droit en Hongrie et en Pologne : une dégradation que rien ne semble pouvoir arrêter. Près de deux mois après l’accord arraché à Bruxelles pour mettre en place un régime de sanctions financières en cas d’atteintes à l’Etat de droit, les dérives se poursuivent à Budapest et à Varsovie.

En Hongrie, qui fait figure de triste modèle en la matière, Klubradio, la principale radio privée indépendante, réputée pour sa liberté de parole et ses critiques du pouvoir, devra arrêter d’émettre à Budapest, dimanche 14 février dans la soirée, après avoir perdu son recours devant la justice, mardi. Après plus de dix ans d’entraves administratives, la station s’est vu retirer sa licence par le Conseil des médias, un organe dans les mains de proches du premier ministre nationaliste, Viktor Orban, sous des prétextes fallacieux.

Mercredi 10 février, c’est une vision glaçante qui a accueilli les lecteurs des médias privés polonais : des pages noires destinées à montrer « à quoi ressemblera un monde sans médias indépendants ». Une cinquantaine d’organes de presse ont voulu ainsi protester contre un projet de loi du gouvernement visant à taxer les recettes publicitaires, qui les privera de ressources cruciales. Car la Pologne comme la Hongrie appliquent la même méthode pour fragiliser graduellement le pluralisme de la presse : retirer les publicités publiques de tous les médias qui dérangent, mettre au pas l’audiovisuel public, faire fermer ou racheter par des proches les derniers organes indépendants.

Appliquée en Hongrie depuis 2010, la méthode a abouti à ce qu’il ne reste plus dans ce pays qu’une seule chaîne de télévision véritablement indépendante, RTL, qui ne consacre qu’une partie très limitée de ses programmes à l’information, et un seul quotidien d’opposition, Nespszava. La situation n’est pas encore aussi mauvaise en Pologne, mais le rachat, en décembre 2020, du premier distributeur de presse, ainsi que de l’empire de la presse régionale Polska Press par le géant national de l’énergie PKN Orlen, dont le conseil d’administration est largement dominé par des proches du parti au pouvoir, Droit et justice (PiS), montre que le pays suit la même voie.

Non respect de la déontologie

Dans les deux pays, les dirigeants Viktor Orban et Jaroslaw Kaczynski assurent que leur politique vise à « rééquilibrer » le traitement médiatique. Il suffit pourtant de regarder leur chaîne de télévision publique pour voir que le résultat n’a rien à voir avec du journalisme. Temps de parole résiduel pour l’opposition, absence totale de critiques du pouvoir, attaques diffamatoires contre tous les « ennemis publics » tels la Commission européenne ou les magistrats indépendants… Ces pratiques ne respectent pas les principes déontologiques de base et se livrent à des manipulations grossières.

Renforcé par le retrait des grands groupes de médias occidentaux, ce recul du pluralisme a eu lieu devant les yeux d’une Union européenne largement impuissante. Le mécanisme de sanction adopté en décembre 2020 à Bruxelles n’a malheureusement pas explicitement intégré le pluralisme des médias à sa définition de l’Etat de droit. Elle en constitue pourtant l’un des rouages essentiels.

Lire aussi l’analyse : Article réservé à nos abonnés De la définition européenne de l’Etat de droit

Dans ce paysage inquiétant, Internet reste pour l’instant encore un espace de liberté, qu’il faut impérativement préserver. Derrière des abonnements payants qui les protègent, les journalistes indépendants hongrois et polonais peuvent espérer pouvoir y continuer leur travail. Pour combien de temps encore ?

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