“Le responsable, c’est moi.” C’est en ces termes que l’ensemble des journalistes de Cumhuriyet exprime à la une ce 2 juin 2015 sa solidarité avec son rédacteur en chef, Can Dündar. L’homme a été menacé en direct à la télévision par le président Erdogan à la suite des révélations par Cumhuriyet des livraisons d’armes par la Turquie aux rebelles syriens.
“Le gouvernement AKP a toujours nié l’existence de ces camions transportant et livrant des armes et des munitions à un des groupes impliqués dans le conflit syrien, écrit Cumhuriyet, il a même relevé de leurs fonctions et arrêté les militaires et les procureurs qui ont mis au jour ces pratiques..
Et le quotidien de souligner : “La population n’était pas au courant de ce que ces actes pouvaient avoir comme conséquences politiques, juridiques, diplomatiques et sécuritaires pour le pays. Or, le devoir d’un journaliste est précisément d’informer sur les dangers et menaces qui pèsent sur la population. Nous assumons donc collectivement cette responsabilité avec notre rédacteur en chef, Can Dündar, et considérons que les menaces proférées à son endroit par le président Erdogan nous concernent tout autant.”

“La République”, créé en 1924, est une véritable institution avec son cercle de lecteurs fidèles attachés aux valeurs républicaines représentées par le kémalisme : défense sans compromis de la laïcité et des droits des femmes.
Depuis l’arrivée de Recep Tayyip Erdogan au pouvoir, le journal a été soumis à de fortes pressions. En 2017, 17 collaborateurs sont ainsi accusés d’avoir aidé des « organisations terroristes » et condamnés en avril 2018 à des peines allant jusqu’à huit ans de prison.Leur procès est devenu le symbole des atteintes à la liberté de la presse sous Erdogan.