
Mercredi 19 août, Nicolas Sarkozy a choisi de faire sa rentrée sur le terrain en visitant une exploitation agricole dans le village de Saint-Privé (Yonne). Autour d’un café et de quelques viennoiseries, la discussion est franche avec des céréaliers, des producteurs laitiers et des éleveurs… Le président du parti Les Républicains (LR) s’emporte contre les normes sur l’engrais, différentes entre l’Espagne et la France, contre l’embargo russe provoqué par François Hollande, son successeur « qui n’aime ni les riches ni les pauvres », ou encore contre Stéphane Le Foll, un ministre qui « s’occupe de tout sauf de l’agriculture »… La routine de l’opposant.
Mais les hôtes ne s’en laissent pas conter et demandent des comptes sur les années 2007-2012. La TVA sociale, pourquoi l’avoir mise en place si tard ? « Vous parlez concret, moi aussi. Vous pensiez vraiment que je pouvais imposer deux points de TVA en plus après 2008, en pleine tourmente économique ? », se défend d’abord l’ancien chef de l’Etat. Et le Grenelle de l’environnement, qui a multiplié les normes ? « Le Grenelle a été trop loin sur un certain nombre de points. Je n’ai pas été assez attentif sur tout, pas assez hyperprésident à ce moment-là , contrairement à ce que disaient certains à l’époque. »
« Attendez-vous à des surprises… »
Nicolas Sarkozy vient de concéder une erreur. La scène est rare. Faut-il y voir un signe que l’ancien président de la République est enfin prêt à faire son devoir d’inventaire ? « Vous le faites déjà assez souvent », répond-il à la presse avant de lâcher, énigmatique : « Attendez-vous à des surprises… » Selon plusieurs membres de son entourage, M. Sarkozy prépare en effet une initiative pour évoquer ses années à l’Elysée. Pas seulement pour rappeler ce dont il est fier, comme les heures supplémentaires défiscalisées, mais aussi pour revenir sur d’autres épisodes plus douloureux. « Il a beaucoup réfléchi cet été ; il a mené un travail de fond sur son quinquennat, sur l’exercice du pouvoir, confie un de ses proches. Il se dit que c’est le bon moment, en cette année de transition, pour remettre les choses en perspective avant de passer à l’avenir. »
Longue interview-confession dans la presse ? Emission télévisée ? La forme n’a, pour le moment, pas été arrêtée, mais, a priori l’écriture d’un livre semble exclue. Impossible également de savoir si M. Sarkozy veut faire un vrai mea culpa ou admettre quelques errements pour mieux valoriser son bilan. Cette initiative devrait en tout cas avoir lieu à l’automne.

Un pur moment de communication politique
Depuis son retour à la vie politique, il y a tout juste un an, plusieurs membres de sa garde rapprochée ne cessaient de lui conseiller de se livrer à cet exercice pour montrer qu’il avait appris de ses années élyséennes, qu’il n’était plus le même homme. Mais l’ancien chef de l’Etat avait préféré diluer son devoir d’inventaire au gré de ses interventions médiatiques.
A l’automne 2014, dans le Figaro magazine, il avait ainsi expliqué qu’il aurait dû créer un bouclier de la dépense publique plutôt qu’un bouclier fiscal. Au « 20 heures » de France 2, il avait admis qu’il ne « referait » pas la scène du « Casse-toi pov’con » au Salon de l’agriculture. Chaque fois, l’ancien chef de l’Etat s’y résout lorsqu’il est soumis à des questions ou pour mieux se défendre. Plusieurs fois, lors de meetings, il a ainsi regretté la forme prise par le débat sur l’identité nationale, dont il fut à l’origine en 2009, pour mieux affirmer que le fond du débat était le bon. Cette fois-ci, la confession devrait être beaucoup plus globale. « Je pense qu’il a compris. S’il le fait, ce sera un grand coup, car ce n’est pas dans son ADN », estime un autre de ses proches.
Cette confession, si elle a lieu, sera donc un pur moment de communication politique, comme les affectionne tant M. Sarkozy – « L’expérience et les échecs vous amènent à avoir une autre manière de voir la vie », écrivait-il déjà en 2001 dans son livre Libre (Robert Laffont). En cette rentrée 2015, le futur candidat à la primaire de LR, toujours persuadé d’avoir perdu à cause des autres (François Bayrou, ses ministres trop timides pendant la campagne, etc.), se voit contraint de se relancer.
Alain Juppé, que les sarkozystes dépeignent en homme du passé, semble, à en croire les sondages, être une solution d’avenir crédible, quand M. Sarkozy est sans cesse ramené à son passif. De nombreux élus de terrain lui ont ainsi fait remarquer que des anciens sympathisants passés au FN lui reprochaient toujours le bilan de son quinquennat, notamment en matière de sécurité. « Même s’il fait semblant de ne pas s’en rendre compte, il s’étonne des sondages, que Marine Le Pen soit aussi haut. Et il se dit que la primaire ne sera pas un chemin de roses », admet l’un de ses conseillers. Dans ce contexte, la primaire de 2016, prélude à la présidentielle de 2017, pourrait bien valoir une longue confession.
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