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La villa Serena refait surface à Saint-Martin - Affaire Balkany 

Patrick et Isabelle Balkany aux funérailles de Charles Pasqua le 3 juillet 2015.
Patrick et Isabelle Balkany aux funérailles de Charles Pasqua le 3 juillet 2015. © REUTERS/Charles Platiau
Par François Labrouillère , Mis à jour le

Après la villa Pamplemousse, la justice s’intéresse à une autre luxueuse propriété qu’a possédée Patrick Balkany sur l’île antillaise de Saint-Martin : la villa Serena, revendue en 2002, dissimulée derrière une société-écran du Liechtenstein et une fiduciaire suisse.

Patrick et Isabelle Balkany ont toujours eu un faible pour les demeures de charme, si possible fastueuses. On connaît le moulin de Cossy , l’impressionnante propriété où ils résident, à Giverny, à 80 kilomètres à l’ouest de Paris. Il y a aussi la villa Pamplemousse sur l’île de Saint Martin, une villa hollywoodienne, où ils prenaient tous les ans leurs quartiers d’été. Ils ont eu également leurs habitudes à Marrakech, pour des séjours au luxueux riad «Dar Gyucy», désormais saisi par la justice. Une quatrième propriété se retrouve maintenant dans le collimateur des juges Renaud Van Ruymbeke et Patricia Simon, qui enquêtent sur des soupçons d’évasion fiscale visant le député-maire de Levallois et son épouse. Il s’agit de la villa Serena, toujours à Saint Martin, que le couple a occupé entre 1989 et 2002.

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Selon de nouveaux documents récupérés par la justice auprès des autorités suisses, il apparaît que Patrick Balkany était bien le véritable propriétaire de la villa Serena. Selon le site Mediapart qui a révélé l’information, c’est lui qui se cachait derrière Belec Etablissement, une société-écran immatriculée à Mauren, petite commune du Liechtenstein. Pour davantage de discrétion, cette structure était gérée par Atlas Finanz Services, une fiduciaire helvétique installée à Zoug, l’un des cantons préférés des évadés fiscaux. Patrick Balkany était par ailleurs le «bénéficiaire économique» d’un compte ouvert par Belec à la banque LGT du Liechtenstein, où ont été virés, en août 2002, plus de 2 millions de dollars, juste après la revente de la villa Serena.

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Toujours selon Mediapart, le député-maire de Levallois, qui pourtant n’a pas sa langue dans sa poche, est resté coi, le 7 juillet dernier, quand le juge Van Ruymbeke l’a questionné sur ces nouveaux éléments venus de Suisse. «J’exerce mon droit au silence», a-t-il seulement répondu au magistrat anti-corruption, obligeant ce dernier à interrompre l’audition. En juillet 2014, Isabelle Balkany avait déjà été interrogée par le juge Van Ruymbeke sur cette fameuse villa Serena et la société off-shore Belec. A la question «connaissez-vous cette villa?», l’épouse et adjointe au maire de Levallois avait fermement répondue «Non». Même réponse négative quand le juge a insisté en lui demandant «Etes-vous ou votre mari le bénéficiaire économique de cette société au Liechtenstein?» 

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Une propriété déjà mentionnée dans un rapport de police de 2001

Les liens reliant Patrick Balkany à la villa Serena ne sont pas à proprement parler une nouveauté. Dès juin 2001, ils avaient été mentionnés dans un rapport de synthèse de la police judiciaire destiné à la juge parisienne Michèle Vaubaillon, qui –déjà ! -, enquêtait sur les avoirs off-shore des Balkany. Dans leur note, les policiers évoquaient la fiduciaire suisse Atlas Finanz Services et son dirigeant Hans Peter Jorin, interlocuteur de Patrick Balkany lors de diverses opérations financières, dont le rachat de la petite société de prêt à porter «Laine et Soie Rety», héritée de son père. Les limiers de la PJ avaient aussi repéré Pamplemousse et Serena, les deux villas fréquentées par les époux Balkany à Saint Martin. Ils écrivaient : «Vu les pièces comptables, il ressort que l’intéressé [Patrick Balkany] est dans les faits propriétaire de la propriété Maison du Soleil [l’ancien nom de la villa Pamplemousse]. Il apparaît manifestement utiliser comme paravent et à son bénéfice personnel la société Atlas Finanz Services, ceci permettant de supposer que M. Balkany est également propriétaire de la villa Serena.» Mais à l’époque, les enquêteurs ne disposaient pas des preuves permettant d’étayer leurs soupçons. Elles sont aujourd’hui entre les mains de Renaud Van Ruymbeke.

A Saint-Martin, la Villa Pamplemousse de Patrick et Isabelle Balkany.
A Saint-Martin, la Villa Pamplemousse de Patrick et Isabelle Balkany. © DR

Toujours proposée à la location par ses actuels propriétaires, la villa Serena offre un cadre idyllique pour milliardaire au prix de 20 000 euros la semaine, en haute saison. Située au bord de la plage de sable blanc de Baie Rouge, avec accès direct à la mer, elle comporte six chambres, cinq salles de bains, une salle «multimedia» avec écran video géant. Le tout accompagné d’une vaste terrasse entourée d’arcades, avec bien sûr la piscine «king size». «C’est comme si une villa de rêve en Provence avait été transportée sur l'une des plus belles plages des Caraïbes, souligne l’argumentaire des agences immobilières. Les clients ont à leur disposition un vaste domaine très privé, avec un cadre extérieur inégalé pour décompresser et effacer tout le stress et les soucis.» 

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En 1997, l’exil doré des Balkany à Saint-Martin

Quand il tombe sous le charme tropical de l’île de Saint-Martin, en 1989, et acquière la villa Serena pour 1,3 million de francs de l’époque (environ 240 000 euros), Patrick Balkany est au sommet de sa gloire. Le jeune élu est alors maire de Levallois-Perret depuis 1981, après avoir battu un maire sortant communiste. A coups de juteux programmes immobiliers, il transforme l’ancienne banlieue ouvrière en ville résidentielle pour cadres BCBG, sur le modèle de Neuilly, la commune voisine de son ami Nicolas Sarkozy. Les premiers nuages se profileront en 1995 avec la défaite de Patrick Balkany aux élections municipales puis, l’année suivante, sa condamnation à quinze mois de prison avec sursis, 200 000 francs d'amende et deux ans d’inéligibilité, pour avoir réglé trois de ses employés de maison sur les fonds de la mairie de Levallois. Débute alors une brève traversée du désert, qui aura pour cadre l’île de Saint Martin et son décor paradisiaque. En 1997, avec sa femme Isabelle, Patrick Balkany s’exile dans «l’île aux pirates» où le couple se recycle dans l’audiovisuel en créant la société Régie Productions Caraïbes (RPC), destinée à gérer la publicité de la radio locale RCI 2. Les Balkany résident d’abord dans leur villa Serena, dont ils sont les propriétaires cachés. Puis, ils déménagent pas loin, à Terres Basses, dans la villa Pamplemousse tout juste sortie de terre, à l’époque dénommée «Maison du Soleil», qui leur appartient également. L’ambiance y est très «show biz». Les visiteurs se nomment Stéphane Collaro, le chanteur Carlos ou encore Johnny Hallyday. Cette vie sous les tropiques prendra fin en 2001, avec la victoire de Patrick Balkany aux élections municipales et son retour triomphal à la mairie de Levallois-Perret. L’année suivante, à la mi-2002, l’élu revenu en grâce revendra la villa Serena au compositeur américain Alan Menken, plusieurs fois primés aux Oscars, pour ses musiques des films de Walt Disney. Aujourd’hui, treize ans plus tard, la somptueuse propriété des Caraïbes e rappelle au bon souvenir du clan Balkany.

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