
C’est l’histoire de David contre Goliath, version business, avec en plus une petite touche d’authenticité régionale. Celle d’une coopérative laitière qui décide en 2011 de créer une fromagerie afin de valoriser sa production, maîtriser l’ensemble de la chaîne et ainsi offrir à sa centaine d’éleveurs un nouveau débouché. Mais les industriels du lait qui lui achètent sa production ne l’entendent pas de cette oreille. Si la Coopérative laitière du Pays Basque poursuit son projet, ils cesseront de s’approvisionner chez elle dans les deux années, menacent-ils.
« Ils ont pris le prétexte que nous allions leur faire de la concurrence, mais nous représentons à peine 3,5 % de la production du lait de brebis sur le bassin. Non, ils ont voulu se débarrasser d’une coopérative, qui a toujours joué un rôle de poil à gratter, avance David Pagès, le directeur de la coopérative. Nous militons pour un modèle d’agriculture local, responsable, à taille humaine… à 1 000 lieues de celui des industriels. »
Malgré la menace, 70 éleveurs poursuivent l’aventure. Ils investissent leurs deniers personnels, utilisent la trésorerie de la coopérative, obtiennent des subventions. En février 2014, l’usine, qui a nécessité 6 millions d’euros d’investissement, est inaugurée, la Fromagerie des Aldudes, qui fabrique Ossau-Iraty, bûchettes de brebis, et fromages au piment d’Espelette, est née. Mais le début de la production connaît quelques ratés et le projet prend encore un an de retard. Un coup dur : les finances sont tendues et l’équilibre n’est pas attendu avant… 2016. « Nous allons produire une centaine de tonnes de fromage cette année et nous devons tripler pour atteindre 6 millions d’euros de chiffre d’affaires et ainsi être rentable », souligne M. Pagès.
« En phase avec l’attente des citoyens »
D’où l’idée, ou plutôt la nécessité, de lancer une campagne de financement participatif sur le site Bulb in Town. Le montant recherché est à la hauteur de leur défi. La Fromagerie des Aldudes a placé la barre à 600 000 euros, avec un minimum de 200 000 euros pour concrétiser l’opération. À 15 jours de la clôture, 55 000 euros ont été investis en capital dans la filiale commerciale de la coopérative et 130 000 euros récoltés sous forme de dons. « Cette somme nous permettra de nous financer et surtout de décrocher plus facilement un emprunt bancaire, puisque nous apporterons des fonds propres. Nous sommes aussi convaincus que notre démarche, qui promeut l’agriculture locale, la sauvegarde d’un territoire, est en phase avec l’attente des citoyens », poursuit David Pagès.
Ce n’est pas la première fois que des projets d’agriculteurs tentent de se financer par le biais du crowdfunding. Les sites, comme Kisskissbankbank ou Ulule, proposent régulièrement de tels dossiers, et certaines plateformes s’en sont fait une spécialité.
C’est le cas de Blue bees. Ce site met uniquement en ligne des projets dédiés à l’agro-écologie et à l’alimentation. Depuis son lancement début 2013, 26 structures (maraîchage bio, magasins de producteurs locaux…) se sont vues prêter 600 000 euros. Et Maxime de Rostolan, le fondateur, compte accélérer. Début octobre, le site a lancé une campagne visant à financer « 13 fermes d’avenir », une par (nouvelle) région.
Agro-écologie, bio…
« Nous en avions assez d’entendre toujours parler dans les médias des mêmes agriculteurs, les industriels de l’agriculture intensive. Nous avons imaginé un concours pour donner un coup de projecteur sur cette autre façon de concevoir l’agriculture », explique Maxime de Rostolan. Sur plus de 200 dossiers reçus, 13 ont donc été sélectionnés. Leur point commun : ce sont des jeunes, installés depuis au moins deux ans, qui promeuvent l’agro-écologie, le bio… et ont difficilement accès aux sources de financement classiques. Les sommes levées lors de cette opération doivent leur permettre de se développer, d’améliorer leurs conditions de travail, leur impact écologique… L’objectif – ambitieux – est de récolter 300 000 euros en deux mois. Et la campagne démarre doucement. Mais si cela permet déjà de populariser l’idée qu’une autre agriculture est possible, Maxime de Rostolan estime qu’il aura déjà fait un petit bout de chemin.
À côté de Blue bees, un autre site – MiiMOSA – s’est lui aussi dédié aux acteurs de l’agriculture et de l’alimentation. Mais le côté militant en moins. Le macaron de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) en bas du site plante le décor. « Nous ne sommes pas là pour cliver l’agriculture, mais pour apporter des financements alternatifs à des petits producteurs. D’ailleurs, deux tiers des projets financés depuis notre lancement font du bio », explique Florian Breton, le président de la plateforme. Le site, qui fonctionne sur le principe du don contre don – en échange de votre soutien vous recevez une partie de la production, a permis en moins d’un an à 92 agriculteurs d’obtenir, en moyenne, 6 500 euros. MiiMOSA, qui s’appuie sur les syndicats agricoles et les chambres d’agriculture pour battre le rappel espère l’an prochain parvenir à faire financer 700 projets par les internautes.
Voir les contributions
Réutiliser ce contenu