AboLa faim et le froid, nouveaux ennemis des migrants sur la route des Balkans
Dans ce camp de transit, les réfugiés arrivent par milliers. Les températures baissent, la nourriture manque. Reportage

«On a faim, on a froid.» Derrière les grillages du centre de transit de Brezice, un petit village slovène à une dizaine de kilomètres de la frontière croate, un groupe de jeunes hommes s'agglutinent. Ils viennent de Syrie, d'Iran, d'Irak ou d'Afghanistan. Dans l'enceinte pleine à craquer, interdite aux ONG et aux journalistes, la tension est palpable. Des bruits d'échauffourées se font entendre. Un hélicoptère de l'armée survole la zone. La police est sur les dents.
«Ça fait deux jours que nous n'avons pas mangé», s'exclame Wisam, un ingénieur syrien. «Ils ne nous donnent rien. Nous sommes en prison.» Ahmed, un ancien dentiste, renchérit: «Il n'y a pas assez de tentes, ni de couvertures. Nous dormons par terre. La nuit, il fait si froid que nous sommes obligés d'arracher les branches des arbres et de les brûler pour nous réchauffer».
Depuis que la Hongrie a clôturé sa frontière avec la Croatie, le samedi 17 octobre, les réfugiés qui transitent par les pays des Balkans sont orientés vers la Slovénie. Et déjà, cette ancienne république yougoslave de deux millions d'habitants se dit «dépassée».
«Le flux de migrants ces trois derniers jours dépasse toutes nos capacités à le gérer», a reconnu le gouvernement dans la nuit de lundi à mardi. Depuis samedi, selon les chiffres de la police, plus de 18 500 réfugiés sont entrés sur le territoire slovène. Rien que dans la journée de lundi, ils étaient 8000.
Mardi matin, onze wagons de réfugiés sont arrivés à la petite gare croate de Kluc Brdovecki, en provenance du centre de Tovarnik. Hommes, femmes et enfants ont traversé à pied la frontière de Rigonce, et poursuivi leur marche jusqu'au centre de Brezice. En début de soirée, un autre train est arrivé à la gare croate de Cakovec, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Zagreb, transportant quelque 1200 personnes, aussitôt transférées par groupe de 300 dans des centres surpeuplés, pareils à celui de Brezice.
«La capacité de réception de ces centres ne suffit pas», constate Stéphane Moissaing, coordinateur régional de Médecins sans frontières. «On risque de se retrouver avec plus en plus de personnes dépourvues de soins. On a déjà constaté des cas d'hypothermie chez des enfants… et l'hiver n'est pas encore arrivé.»
Ici, les nuits sont fraîches et la température descend bien souvent en dessous de cinq degrés. «Nous avons marché dans le froid près de quinze kilomètres pour nous retrouver ici», tempête Ali, un Irakien d'Al-Anbar, étudiant en langues, qui se trouve depuis deux jours au centre de Brezice. Interprète auprès de l'armée américaine, il fuit sa ville tombée aux mains du groupe Etat islamique, car sa tête était mise à prix. Il espère rejoindre la Suède pour y terminer ses études. «Les policiers nous ont lancé des biscuits par-dessus les grillages, comme à des chiens. Je ne comprends pas pourquoi nous sommes là. Nous avons fui la guerre. Tout ce que nous voulons, c'est continuer notre route en Europe, où nous avons de la famille, pour vivre en paix.»
Pendant ce temps, Ljubljana accuse Zagreb de ne pas coopérer, en envoyant en Slovénie «sans contrôle» des milliers de personnes sans documents. Le 19 octobre, le ministre slovène des Affaires étrangères, Karl Erjavec, a souligné que la Slovénie n'était pas en mesure d'accueillir plus de 2500 réfugiés par jour. Cette annonce a eu un effet domino: les policiers croates ont décidé de bloquer le flux. Et plus de 3000 personnes se sont retrouvées bloquées dans la pluie et la boue à la frontière serbo-croate, entre Berkasovo et Bapska.
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