Elles s’appelaient Mathilde Gabriel-Péri, Emilienne Galicier, Irène Laure, Germaine Peyroles ou Madeleine Braun, premières femmes de l’Histoire à monter au «perchoir». Elles étaient infirmières journalistes, sténodactylo, institutrices, secrétaires… Ou même ouvrière en chocolaterie-confiserie ! Dix-sept communistes, six socialistes, neuf membres du Mouvement républicain populaire (MRP) et une du Parti républicain de la liberté (PRL). Elles étaient 33. Il y a soixante-dix ans, le 21 octobre 1945, ces femmes étaient élues députées. Une double première : des candidates et des électrices dans un scrutin national.
Quelques mois plus tôt, le 29 avril, les électrices avaient voté pour la première fois, à l'occasion des élections municipales. Le droit de vote avait été accordé aux Françaises le 21 avril 1944 par ordonnance : «Les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes», avait stipulé le Comité français de la libération nationale.
Une seule est encore vivante, qui va fêter ses 100 ans
Parmi ces 33 élues (à l'époque dans un scrutin proportionnel) sur les 536 députés de l'Assemblée constituante, il y avait parmi elles «de très grandes résistantes», des «survivantes des camps nazis» telle Denise Ginollin, ou des avocates, parmi les premières inscrites au barreau dont Madeleine Léo-Lagrange, a rappelé la vice-présidente de l'Assemblée nationale, Sandrine Mazetier, lors d'un hommage rendu ce mercredi au Palais Bourbon. Elles étaient issues «de familles bourgeoises ou de milieux très modestes» et trois avaient commencé à travailler à 11 ans.
Une seule est encore vivante, Raymonde Nédelec, qui fêtera jeudi ses 100 ans. On trouve aussi par exemple Mathilde Gabriel-Péri, l'épouse de Gabriel Péri, résistant communiste exécuté le 15 décembre 1941 par les Allemands au Mont-Valérien. Elue à 43 ans, Mathilde Taurinya restera députée de Seine-et-Oise jusqu'en 1958. Journaliste, elle est aussi la belle-sœur du dirigeant du PCF, André Marty, élu comme elle à l'Assemblée constituante en 1945. Elle rejoint une autre célèbre communiste, Jeannette Vermeersch-Thorez, 35 ans en 1945. Avec Maurice Thorez, son mari, mort en juillet 1964, Julie-Marie dite Jeannette Vermeersch a représenté le couple mythique du PCF des années 1945-1960. Lui, secrétaire général du PCF jusqu'à sa mort en 1964, elle au comité central puis au bureau politique en 1950. Servante puis ouvrière du textile, elle avait fondé en 1936 l'Union des jeunes filles de France avec Danielle Casanova et Marie-Claude Vaillant-Couturier. Cette dernière, photo reporter à L'Humanité, résistante de la première heure et déportée, femme de Paul Vaillant-Couturier, a fait également fait son entrée à l'Assemblée le 21 octobre 1945.
L'Assemblée nationale a mis en ligne, sur son site, un beau trombinoscope qui permet de découvrir leur parcours le parcours des 33 premières députées. Une partie des députées actuelles ont fait une entrée groupée dans l'hémicycle à cette occasion, sous les applaudissements. Façon de saluer «ces femmes [qui] ont écrit l'histoire de notre pays» mais auxquelles «l'Histoire peine à rendre justice», a estimé Sandrine Mazetier. «Merci De Gaulle», s'est exclamé un élu de droite. Quelques heures auparavant, plusieurs dizaines d'entre elles ont posé dans la matinée pour une photo dans l'hémicycle. Une affiche purement féminine, qui a permis à certaines élues, comme les écologistes Cécile Duflot et Eva Sas, de souligner le long chemin qui reste à parcourir jusqu'à la parité dans l'hémicycle:
Que des femmes sur les bancs #DirectAN ça fait plus bizarre que si ce n'était que des hommes.. mais pourquoi donc ;) pic.twitter.com/8uKGszLvEa
— Cécile Duflot (@CecileDuflot) October 21, 2015
151 députées, ça ne fait toujours qu'un quart de l'hémicycle. Auncun argument pr justifier ce faible pourcentage! pic.twitter.com/n9Dxh4Nzjp
— Eva SAS (@_EvaSas) October 21, 2015