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Parfois, on se dit que les magistrats de la Rue Cambon doivent bien rigoler. Par exemple quand ils se penchent sur les œuvres sociales de La Poste. Dans un épais rapport rendu public le 27 octobre, la Cour des comptes s'est immergée dans une sorte d'univers kafkaïen, une administration d'un siècle passé où l'on réserve ses vacances par courrier (normal !) plutôt que par Internet, où un entrelacs de commissions et sous-commissions gérées par la CFDT, FO et la CGT se surveillent et se contrôlent. Cet univers, c'est le Cogas, le Conseil d'orientation et de gestion des activités sociales de La Poste. Un trésor de 212,5 millions d'euros dépensés chaque année selon le bon vouloir de ses gestionnaires syndicalistes, un pactole dont le montant ne bouge pas alors que le nombre de postiers a baissé de 9 % entre 2009 et 2013. Les gestionnaires de ce paquebot social peuvent dormir sur leurs deux oreilles : quand il perd de l'argent, La Poste renfloue.
Parmi les multiples activités ruineuses du Cogas, l'exemple le plus édifiant est celui de l'Association des vacances des enfants et des adolescents. L'Avea, c'est la colo des jeunes facteurs, le Club Med des petits postiers. Et rien n'est trop beau pour l'Avea : 13 centres de séjour (Urrugne, Rosporden…), dont 11 sont gardés toute l'année par des gardiens, soixante-dix salariés à temps plein au siège, une centaine d'animateurs à temps partiel… Et un budget qui grimpe : + 6,9 % entre 2009 et 2013 grâce à une subvention exceptionnelle les deux dernières années.
Le fonctionnement interne est à pleurer
Pourtant, l'Avea prend l'eau de toutes parts. L'association est gérée en dépit du bon sens. Les coûts fixes font flamber les tarifs des colonies. À cause des 70 salariés du siège (dont 13 téléconseillers à temps plein et 8 salariés responsables du catalogue papier !), les magistrats ont calculé un ratio de 191 séjours vendus par salarié à l'Avea, contre 550 séjours chez les principaux concurrents !
Le fonctionnement interne est à pleurer. Les séjours dans les 13 centres appartenant à l'Avea, gérés par le pôle "exploitation du patrimoine", sont commercialisés par le pôle "offre de séjours", qui préfère vendre des séjours chez d'autres prestataires, plus aguichants. Les magistrats notent aussi que les prix sont les mêmes dans "une grande station de ski des Alpes" et dans "une petite station de ski dans les Vosges".
Lancé en 2012, le système informatique est toujours inopérant ! Il faut donc réserver son séjour par courrier, et attendre jusqu'à trois mois avant d'obtenir sa confirmation. "Il en résulte un fort taux d'annulations", constate la Cour des comptes. Autre incongruité : chaque enfant de postier a droit à une place, c'est la règle, même s'il se réveille au dernier moment. Quand les séjours chez un prestataire sont remplis, l'Avea doit donc en acheter en catastrophe de nouveaux, d'où des "surcoûts élevés". Résultat de cette gabegie organisée : le coût de revient d'un séjour d'une semaine par enfant est de 1 435 euros à La Poste, contre 664 chez le principal concurrent, l'UCPA. Plus de deux fois plus, chapeau !
55 000 nuitées facturées pour une capacité totale de 583 560 !
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Les13 centres de vacances de l'Avea pâtissent de cette désorganisation. Avec une dizaine de semaines d'occupation par an, ils sont "surdimensionnés et sous-exploités", observent les magistrats. En 2013, l'Avea a facturé près de 55 000 nuitées, soit dix fois moins que sa capacité totale (583 560 nuitées). Certes, il est difficile de remplir un centre de séjour en bord de mer au cœur de l'hiver. Mais "un ratio d'occupation inférieur à 10 % est particulièrement faible", relève le rapport.
La santé financière de l'Avea ne cesse, sans surprise, de se dégrader. Entre 2011 et 2013, l'association a cumulé près d'un million d'euros de pertes. Le Cogas, donc La Poste, est obligé de remettre au pot pour maintenir l'Avea à flot (plus de 90 millions d'euros entre 2009 et 2013). "Pour un même effort financier global, il serait possible d'aider sensiblement plus d'agents", observe sobrement le rapport. Avec un même effort financier, et un peu de saine gestion.
Les centres de vacances eurent leur heure de gloire dans les années 70/80 car ils offraient aux salariés des très grosse...s entreprises des hébergements et des loisirs pour pas cher.
Mais se retrouver encore et toujours avec des collègues y compris pendant ses congés attire de moins en moins les salariés et ces centres ont périclité, ceux qui n'ont pas disparu avec leurs locaux repris par une municipalité ou encore vendus fonctionnent très en deçà de leur capacité d'accueil mais leurs frais fixes restent les mêmes.
Ce qui est vrai pour les centres l'est aussi pour les colonies de vacances d'entreprise qui attirent beaucoup moins aujourd'hui.
Les municipalités des communes touristiques se retrouvent donc avec des établissements appartenant à de grandes entreprises qui se détériorent ou sont peu fréquentés. Parfois elles récupèrent certains locaux pour en faire des bureaux associatifs - les associations sont en plein boom aujourd'hui - ou encore rachètent les terrains pour réaliser leurs projets.
À faire des constatations, pas plus, pas moins !
Elle n'a pas d'autres fonctions qu'un droit de regard et d'analyse, l...es actes qui doivent suivre ne sont pas de son ressort.
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Il n'y a pas que la poste qui gère dans le dépit du bon sens le comité d'entreprise (il me semble que cela en fait partie), tous ceux des entreprises d’État le sont de cette manière, il y a eu un reportage sur celui d'EDF qui n’est pas triste non plus, c’était même pire !
Dans notre beau pays ceux qui peuvent profiter ne se privent pas d'en profiter ! Aujourd'hui les centres de la Poste, hi...er ceux de la CGT, les CE d'EDF, de la RATP puis les millions aux grands retraités et ceux de Claire Chazal, les salaires de MM Goshn et autres grands patrons, les retraites de nos présidents, ministres et députés et le français lambda en reste baba : comment cela se peut-il ? Cela se peut, ça c'est sûr. Cela peut-il changer ? Ça, c'est moins sûr ! Et comment limiter la liberté sans freiner l'ambition des entreprenants entrepreneurs ? Il est tentant de vouloir diriger l'économie, de purifier les mœurs mais il est facile de sombrer dans la dictature de l'égalitarisme stérile.