A l'Opéra, une note de portable à 52 000 â?¬ en deux mois
Une enquête interne est ouverte à l'Opéra de Paris contre le délégué syndical FSU. Il a utilisé son mobile professionnel en vacances. La facture est salée...

Vous avez aimé le feuilleton de l'INA, « les frais de taxi d'Agnès Saal » ? Vous allez adorer le ballet de l'Opéra, « l'ardoise téléphonique de J.A., délégué syndical de la FSU ». Montant ? 52 000 â?¬ pour les mois de juillet et d'août sur son mobile professionnel. Selon nos informations, la direction de l'Opéra national de Paris (ONP), un établissement public, après s'être étranglée, a décidé d'ouvrir une enquête administrative.
La faute, selon l'intéressé, joint par notre journal, aux frais de « roaming », le fameux téléchargement de données à l'étranger : « La ligne n'est pas bridée. La direction a passé des contrats avec un opérateur qui facture 5 000 â?¬ le giga de données téléchargé à l'étranger. L'addition grimpe très vite. » A le croire, personne n'avait pris la peine de le prévenir : « C'est une carte téléphonique fournie par l'Opéra aux organisations syndicales. Je n'ai pas été informé du surcoût exorbitant de son utilisation à l'étranger. »
Contexte social tendu
Mais pourquoi utiliser un téléphone professionnel au cÅ?ur de l'été ? « Je n'ai rien effectué de sanctionnable, je n'ai pas téléchargé de musique ni regardé de films en streaming. J'ai seulement passé des appels, consulté mes mails et mis à jour un site syndical. » Selon lui, le 9 juillet, peu avant son départ en vacances, la FSU avait lancé un préavis de grève qui devait être relayé. Là où il se trouvait en Espagne, il n'avait pas accès à Internet par d'autres moyens, ajoute-t-il.
« Nous ne comprenons pas cette facturation, s'étonne Jean-Philippe Thiellay, le directeur général adjoint de l'ONP. L'opérateur ne nous a pas encore communiqué toutes les données. »
Pour l'heure, l'Opéra s'en tient à l'enquête interne et n'a pas adressé de plainte au parquet. « Cela ne veut pas dire que ça n'arrivera pas », selon Jean-Philippe Thiellay.
« Ce genre d'histoire jette l'opprobre sur l'ensemble des organisations, déplore un autre délégué. Dans ces cas-là, les salariés ne retiennent que tous pourris ! » Si les discussions vont bon train à Bastille et Garnier, c'est que la direction a communiqué en interne sur cette anomalie, dans un contexte social tendu. La FSU avait déposé un préavis de grève le 14 octobre, et l'état-major a réuni les délégués syndicaux le lendemain pour leur faire part de l'affaire. Tentative de déstabilisation ? Depuis des mois, l'ONP est un véritable palais des Médicis où luttes et intrigues sont féroces entre les syndicats et la direction.