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AFP Frederic LopezSociété
Par Wail El Azrak

JAPON : L’inemuri, ou la culture de la sieste-minute

Au Japon, le pays le moins friand de sommeil au monde, s'endormir contre la vitre du bus ou du métro vous vaudra des lauriers. Cette attitude est censée prouver qu'un individu travaille dur, au point de ne plus pouvoir tenir debout.

S’assoupir n’importe où, dès que l’occasion se présente. Au Japon, cette pratique se nomme l’ « inemuri », (« dormir alors que l’on est présent », dans sa traduction littérale). Les Japonais s’adonnent à l’ « inemuri » aussi bien dans les transports publics qu’à l’école et parfois même au travail. Et cette tradition de la « micro-sieste » réparatrice n’est pas mal vue, bien au contraire.

« Exercer l’inemuri – ou même le feindre – peut être perçu comme une valeur ajoutée et prouverait que l’employé se démène au travail », rapporte le docteur Brigitte Steger dans une étude pour le site de la BBC. « Le sommeil peut être vu de plusieurs façons en fonction des idéologies ».

Ce que l’on peut considérer comme une marque d’investissement au travail se traduit également dans les politesses du quotidien. Les Japonais emploient le terme « otsukaresama deshita » pour se dire « au revoir », ce qui signifie « vous avez l’air fatigué monsieur ».

Bien que cela soit accepté au Japon, l’ « inemuri » est tout de même socialement réglementé. Il faut le pratiquer à la vue de tous, et être apte à reprendre le travail dès qu’il le faut. Les jeunes, quant à eux, doivent d’abord faire leurs preuves pour pouvoir se permettre de faire une sieste : plus l’employé est âgé et à des responsabilités, plus il a le droit de s’adonner à l’ « inemuri ».

Ce phénomène attire aussi les convoitises. Les idées pour répondre à la fatigue chronique et au besoin de micro-sieste ne manquent pas. La start-up Studio Banana Things, par exemple, a lancé une levée de fond sur Kickstarter avec pour objectif de lancer l’ « oreiller d’autruche ». L’entreprise Coca-Cola, en véritable marchand de sable, lance sa boisson pour améliorer le sommeil  des Japonais. Certains les hôtels capsules proposent leurs services pour des « inemuri » plus confortables.


Campagne Kickstarter pour l’oreiller « autruche ».

Ce concept a pour objectif de répandre la culture de la sieste dans le monde entier afin que les employés soient plus créatifs et innovants. Ce n’est pas seulement limité au Japon : Google a récemment investi dans des capsules dédiées à ces siestes réparatrices.

Capsule google pour la sieste
Capsule pour la sieste dans les locaux de Google

Et si le monde entier semble prêt à entrer dans l’ère de la sieste, il faut dire qu’au Japon, le marché est particulièrement propice : selon une étude publiée en 2011 lors du sixième Congrès de la Fédération Internationale du Sommeil, les Tokyoïtes sont les personnes qui dorment le moins au monde. Avec 36 minutes de sommeil en moins que les New-Yorkais et 54 minutes de moins que les Parisiens, les nuits japonaises ne durent que 6 heures en moyenne – un élément d’explication à la fatigue chronique qui frappe le pays.

Photographie à la Une © Philippe Lopez pour l’AFP

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