Leïla Slimani appelle «à se rebeller» contre la pénalisation de l'homosexualité

La romancière franco-marocaine Leïla Slimani, nouveau prix Goncourt, a appelé le 4 novembre les Marocains à se rebeller contre "une législation moyenâgeuse" qui les maintient "sous une chape de plomb", après l'arrestation de deux jeunes filles mineures qui seront jugées pour homosexualité.

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Crédit : Martin BUREAU / AFP

« L’humiliation du citoyen, et le fait de le maintenir sous une chape de plomb, favorise un système politique qui est celui de « l’hogra », l’humiliation, et l’abus de pouvoir« , a dit la romancière, interrogée par la radio France Inter sur l’arrestation à Marrakech de deux filles âgées de 16 et 17 ans, Sanaa et Hajar, surprises en train de s’embrasser.

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« Je pense qu’il est temps que les citoyens prennent ça en main, se rebellent contre ça« , a ajouté la Franco-Marocaine Leïla Slimani, 35 ans, qui a reçu le 3 novembre le Goncourt, le plus prestigieux des prix de l’édition francophone, pour « Chanson Douce » (Gallimard).

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« La législation au Maroc est complètement moyenâgeuse, complètement déconnectée de la réalité« , a-t-elle poursuivi. « Il y a des normes qui interdisent les relations sexuelles hors mariage, qui interdisent l’homosexualité, qui pénalisent l’adultère. Et il y a des pratiques qui sont complètement à l’inverse de ces normes« , a fait valoir la lauréate.

« Il ne faut pas être hypocrite, on sait très bien que les Marocains ont une vie sexuelle hors du mariage, et c’est très bien, qu’il existe des homosexuels« , a-t-elle dit. « On maintient cette dichotomie, on maintient ce fossé parce que ça arrange le système, ça arrange certains« . Le code pénal punit de six mois à trois ans de prison l’homosexualité.

« Cela n’a aucun rapport avec la religion », estime la romancière. « Beaucoup d’imams, beaucoup de théologiens extrêmement éclairés vous expliqueront que ça n’a aucun rapport« , a-t-elle ajouté. « La question, c’est la question des droits de l’Homme, des droits sexuels, de la dignité et, en particulier, la dignité du corps de la femme« . Pour Leïla Slimani, il faut « imaginer une femme qui ne soit à personne, qui ne soit ni une mère, ni une soeur, ni une épouse, mais une femme et un individu à part entière« .

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