Mediapart au secours de Fillon. Vraiment ?
Par Thierry Noisette
Publié le
"Chic, Mediapart prend ma défense!" Euh, attends François, on va t'expliquer... (François Fillon à Sablé-sur-Sarthe, le 20 mars 2015) JEAN-FRANCOIS MONIER/AFP
Depuis ce dimanche, une volée de tweets (retweetés abondamment), envoyés par des comptes affichant souvent leur militantisme pro-Fillon, clament la nouvelle : « même » Mediapart a reconnu « l'ignoble manipulation », « l'assassinat politique » dont est victime leur champion. Diantre !
Si même Mediapart reconnaît l'ignoble manipulation ... Je soutiens #Fillon https://t.co/M4mO5NX8OB
— Fillon 78 ? #FF2017 (@Fillon_78) 5 février 2017
Très bonne analyse de Médiapart A DIFFUSERhttps://t.co/kwMLZYhh5P
— Fillon2017- Loiret (@FFillon2017_45) 5 février 2017
L'assassinat politique de #Fillon décortiqué sur #Mediapart
Les masques tombent - A lirehttps://t.co/tAB7WtZF6X pic.twitter.com/YAkESlc5IK
— Xavier Paul (@XavierPaul_) 5 février 2017
En fait, cette « très bonne analyse de Mediapart »... n'est pas du tout un article de nos confrères, mais un billet de blog hébergé par Mediapart, qui n'est donc en rien lié à son contenu.
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"Tout le monde le fait"
Titré « L'assassinat politique de François Fillon » (on a ensuite droit au « tumulte », au « brouhaha » et bien sûr à l'inévitable « lynchage »), ce texte prend la défense de l'encore candidat républicain à l'élection présidentielle. Sur le thème « engager des parents et des proches, ce n'est pas bien mais tout le monde le fait et ce n'est pas illégal », puis avec une idée astucieuse : diviser les sommes perçues par Penelope Fillon par la durée de son supposé emploi, pour en conclure qu'elle n'aurait touché que 2 218 euros nets par mois, trois fois rien donc.
Arguments supplémentaires : la preuve que son travail était réel, c'est que puisqu'elle était payée, il ne restait plus de quoi rémunérer une « vraie » assistante parlementaire à sa place. Très convaincant donc. En outre, le blogueur critique la discrétion médiatique, selon lui, quant aux budgets de Bercy utilisés par Emmanuel Macron quand il y était ministre (une défense des Républicains déjà éventée).
Le principe des blogs hébergés par des médias, c'est généralement que le blogueur (tant qu'il reste dans la légalité...) y écrit ce qu'il souhaite et de la façon qu'il souhaite. La « charte de participation à Mediapart » l'indique : ses blogs sont réservés aux abonnés et à l'équipe du journal, et « les contributions publiées par les abonnés de Mediapart relèvent exclusivement de leur responsabilité et ne subissent aucun contrôle a priori. »
Ne pas confondre blogueur et rédaction...
Ici, le billet est signé Régis Desmarais : pseudonyme ou vrai nom (son blog à Mediapart a dans l'URL comme nom « pguilloux ») ? On le retrouve (si c'est bien le même) parmi les auteurs de texte d'une « Alliance pour une France libre », « anti-mondialisation ultralibérale » et anti-construction européenne « décidée par les Etats-Unis après 1945 ».
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Pour le reste, son blog à Mediapart, qui compte une dizaine de billets depuis novembre 2015, porte quasi uniquement, hormis ses deux derniers textes, sur une affaire interne relative à l'Autorité de la concurrence. Ils sont peu ou pas du tout commentés, sauf le billet pro-Fillon, qui recueille, lui, plus de 150 commentaires.
Pendant ce temps, Mediapart – sa rédaction réelle, et non un blogueur hébergé – poursuit la couverture de l'affaire Fillon, avec notamment « Argent public détourné au Sénat : les chèques secrets de François Fillon ». Mais cet article de samedi, lui, n'a pas été rediffusé par les comptes Twitter qui prétendaient que leur candidat reçoit un soutien du journal.
Edwy Plenel "très heureux"
Des twittos qui peuvent s'être trompés (tous ?), comme cette journaliste de RTL, ce qu'on aura bien du mal à croire du site officiel Fillon2017.fr, qui reprend le billet en le titrant "Régis Desmarais - Mediapart", une ambigüité difficilement accidentelle.
Joint ce lundi, Edwy Plenel, le cofondateur du journal, est pour sa part "très heureux" de cette preuve que "Mediapart est un journal participatif, avec un pluralisme de ses lecteurs : nous avons plein d'abonnés, et nous ne sommes pas la vilaine officine que prétendent certains."
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