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Une attachée de presse accuse le Front national de « travail dissimulé » au Parlement européen

Une ex-attachée de presse du groupe Europe des nations et des libertés, dirigé par Marine Le Pen, assure avoir travaillé sans contrat pendant six mois. La fin de sa collaboration n’aurait pas été payée.

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Publié le 26 mai 2017 à 19h57, modifié le 27 mai 2017 à 10h18

Temps de Lecture 3 min.

Elle affirme avoir attendu la fin de l’élection présidentielle pour prendre la parole. « Je voulais un réglement à l’amiable, si j’avais cherché le conflit et la revanche, je l’aurais fait pendant la campagne », dit-elle. Marie-Sophie Boumard, ancienne attachée de presse du groupe Europe des nations et des libertés (ENL – extrême droite) au Parlement européen, présidé par Marine Le Pen, veut faire valoir son cas de manière publique.

La jeune femme, âgée de 28 ans, assure au Monde avoir travaillé pour le groupe ENL, dans lequel siègent vingt députés européens du Front national (FN), de septembre 2015 à février 2016, sans jamais avoir signé un contrat de travail. Les deux derniers mois de sa collaboration, interrompue sans justification, n’auraient en outre pas été payés. Et ses salaires étaient versés par une société de droit belge avec laquelle elle affirme n’avoir jamais eu aucun rapport. Un ensemble de faits qui constitue, selon son avocat, Me Jean Oudard de Préville, qui va saisir la justice, une « situation de travail dissimulé ».

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C’est par l’intermédiaire de l’eurodéputé FN Bernard Monot, rencontré dans un meeting, que la jeune femme entre en relation avec le groupe ENL, en 2015. A la suite d’un essai de trois semaines durant l’été, elle passe un entretien avec Marine Le Pen, en septembre, et se voit confier la tâche de gérer les relations avec la presse internationale.

« Je n’ai pas eu de fiche de poste. Ce travail aurait dû être uniquement pour le groupe mais, en réalité, c’était un peu entre le FN et le groupe », explique-t-elle. Mme Boumard occupe un bureau à Bruxelles, mais se retrouve parfois dans les locaux du parti d’extrême droite, à Nanterre (Hauts-de-Seine), pour gérer l’afflux de journalistes.

Aucun contrat de travail ne lui est soumis. « Je n’ai jamais rien signé, si ce n’est un document pour dire que j’ai bien reçu un téléphone de travail », dit-elle. Ses salaires tombent, eux, chaque mois. Ils ont été versés par la société belge EE + Coaching, comme le montrent les relevés bancaires, que nous avons pu consulter. Ses notes de frais, elles, ont été remboursées directement par le groupe ENL.

Le 29 décembre 2015, un e-mail non signé lui est envoyé par le groupe ENL. « Je vous informe de la décision du groupe de ne pas prolonger votre mission de consultante externe comme attachée de presse », est-il écrit, sans plus d’explications. Surprise, la jeune femme écrit au secrétaire général du groupe ENL, Ludovic de Danne, pour connaître les raisons de ce licenciement.

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« Je n’ai pas à commenter la décision que j’ai prise et sur laquelle je ne reviendrai pas. La délégation française est tout à fait libre de vous reprendre sous un contrat d’assistante parlementaire », lui répond l’intéressé, le 13 janvier 2016. M. de Danne est un proche de Marine Le Pen et est chargé des relations internationales au Front national. Nicolas Lesage, directeur de cabinet de la présidente du FN, figure en copie de cet échange.

« Documents antidatés »

Marie-Sophie Boumard continue néanmoins de travailler pour le groupe jusqu’au 22 février 2016 – différents échanges par e-mail avec des médias, dont Le Monde, en attestent. Selon elle, aucun salaire ne lui a été versé pour cette période. « Je veux être rétablie dans mes droits. Qu’on reconnaisse le travail que j’ai effectué, et recouvrer ce qui m’est dû », dit-elle. Contacté, M. de Danne assure que Mme Boumard « était sous un contrat de prestation de services ». « Nous n’avons aucun contentieux avec elle, c’est elle qui enrage et en a après nous parce qu’elle n’a pas été retenue après sa piètre période d’essai », avance-t-il comme explication.

L’intéressée assure qu’il a toujours été question qu’elle devienne collaboratrice, et non pas consultante extérieure. Son avocat rapporte par ailleurs que Mme Boumard a refusé « de signer des documents antidatés censés régulariser sa situation » vis-à-vis de la société EE + Coaching. Des documents s’apparentant à des notes d’honoraires que lui demandait de signer Charles Van Houtte, ancien assistant parlementaire de Marine Le Pen, aujourd’hui administrateur au Parlement européen pour le FN.

« Je n’ai pas été reçue, ni écoutée, et pourtant j’ai gardé une réserve digne sur cette affaire. Je suis triste que la présidente soit si mal entourée et conseillée », regrette Marie-Sophie Boumard. L’attachée de presse a envoyé un courriel à Marine Le Pen, le 10 octobre 2016, pour lui demander d’intervenir sur son cas. Elle n’a pas eu de réponse de sa part.

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