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Mais d'où vient l'expression «donner sa langue au chat» ?

Pourquoi parle-t-on de chat et non de chien? Swetlana Ginter/foxartwork - stock.adobe.com

EXPRESSION POPULAIRE - La formule s'emploie par malice lorsque l'on renonce à deviner la clef d'une question. Mais d'où vient-elle ? Pourquoi parle-t-on de chat et non de chien ou de chameau ? Le Figaro revient sur l'histoire de la locution.

À défaut de retrouver le chat que nous avions eu dans la gorge en février dernier, nous nous efforcerons aujourd'hui de nous concentrer sur celui qui nous a pris notre langue. Si tant est que celle-ci soit bien pendue, il demeure toutefois assez difficile de l'imaginer se faire attraper par l'une de nos petites boules de poils. Aussi chapardeuses soient-elles. Alors d'où vient cette expression capillotractée? Le Figaro revient sur ses origines.

Une origine qui trouverait son nom chez celui d'une certaine Mme de Sévigné, maîtresse des badineuses et reine des épistolières. L'expression n'aurait pas pu naître en effet entre de meilleures mains. Ou du moins concernant notre expression, dans une meilleure bouche. Georges Planelles narre l'histoire de cette création linguistique dans son livre Les 1001 expressions préférées des Français. En réalité, nous explique l'auteur, le dicton n'est pas tout à fait né sous la plume de la charmante mondaine. Il a été inspiré d'une expression retrouvée, entre autres, chez l'écrivaine. Elle qui ne tarissait pas d'expressions animales pour qualifier ses admirateurs... Le CNRTL note notamment son usage du terme affectif «mon petit chat» dans ses Lettres.

De Mme de Sévigné à George Sand

«Auparavant, on disait ‘Jeter sa langue aux chiens'», écrit l'auteur. L'expression servait à représenter métaphoriquement à son interlocuteur les restes que l'on jetait aux canidés et par extension «ce qui n'a pas de valeur». «Leur jeter sa langue, c'est leur abandonner l'organe de la parole» et par conséquent indiquer que l'on renonce à trouver la solution du problème.

Qu'en est-il alors de ce transfert du chien au chat? La réponse que donne l'auteur ne manque, pour ainsi dire, pas de chien. Georges Planelles fait en effet remonter ce revirement au XIXe siècle. Et plus précisément chez une certaine Aurore Dupin alias George Sand. «Mettre quelque chose dans l'oreille du chat», ainsi que le rappelait l'écrivaine, «c'était lui confier quelque chose qui devait rester secret, oublié.» Plus attentif et à même d'écouter les secrets de ces maîtres, le chat était ainsi représenté comme le gardien des secrets et par définition, comme l'animal au silence d'or, qui sait tout.

Ainsi que l'écrivait E. de Goncourt dans Charles Demailly «Une fois, deux fois, trois fois, donnez-vous votre langue au chat?», en 1860, l'expression «donner sa langue au chat» a permis de réunir en une locution l'idée d'une langue déficiente et le besoin de s'en remettre à l'autre pour découvrir la clef du problème.

Voilà donc une expression qui malgré le dicton est bien comme chien et chat!

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Mais d'où vient l'expression «donner sa langue au chat» ?

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3 commentaires
  • jakuma

    le

    J'ai beaucoup aimé le ton léger et le langage classique de cette explication. Je me suis délectée. Merci.
    Les enfants continuent à utiliser cette expression lorsqu'ils jouent !

  • Teyras

    le

    Merci pour cette article. Cependant j'ai un peu de mal avec votre "écrivaine". Comment appelle-t-on une femme médecin? une médecine.

  • Lucrezia

    le

    Je pense qu'elle soit desormais une expression desuete, dans mon entourage en general je ne l'entend jamais.

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