Paris : quelles solutions pour les 400 familles sans-abri ?
Le président du Samu social, Eric Pliez, lance un cri d’alarme : il n’y a pas assez de places pour loger les familles qui dorment dans les rues de la capitale.

Ce devait être fin 2017. Puis fin 2018. Mais ce ne sera pas non plus fin 2019. Le zéro sans-abri dans les rues, promis il y a deux ans par le président Emmanuel Macron. Il y avait, à l'inverse, plus de 3600 personnes à la rue, selon le bilan de la dernière Nuit de la solidarité, en février. Et chaque jour, plus d'un millier de sans-abri, parmi lesquels en moyenne 400 familles, à qui le 115, la plate-forme de l'hébergement d'urgence du Samu social de Paris, ne parvient plus à trouver la moindre place…
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Centres d'hébergement, haltes de nuit, foyers d'urgence, même les hôtels à la nuitée sont saturés, et les associations confrontées à l'insoluble, alourdi par l'augmentation du nombre d'enfants condamnés à la rue, parfois des nouveau, avec leur mère ou leurs parents. Il y a encore un an, ces familles étaient également « la priorité absolue » revendiquée par le ministre de la Ville et du Logement, Julien Denormandie, pour qui « c'était inconcevable il y a quelques années, mais aujourd'hui des femmes et des enfants dorment dehors. C'est inacceptable et je ne baisserai pas les bras ».
«Il y a 25% de travailleurs pauvres dans nos centres»
Sauf qu'aujourd'hui, « ça explose », ainsi que s'alarment Eric Pliez, le président du Samu social de Paris, et avec lui tous les professionnels, associations d'entraide et gestionnaires de dispositifs d'hébergement des sans-abri.
A quelques semaines du Plan hiver et de ses ouvertures de centres d'hébergement, tous savent que la totalité des places est déjà virtuellement occupée. « C'est une situation qui dure et qui s'installe, et cela malgré les ouvertures de places qui ont pu avoir lieu, notamment pour les femmes avec enfants, et pour les familles », insiste le président du Samu social et directeur général d'Aurore, l'association gestionnaire de plusieurs dispositifs d'hébergement et d'accompagnement. Selon lui la capitale ne compte pas 3600 SDF mais près du double, et de plus en plus de familles.

Alors quelle solution ? « Il faut un Plan Marshall du logement », martèle Eric Pliez, selon qui « il y a clairement un problème en aval : le manque de logements accessibles ». « Il y a 25% de travailleurs pauvres dans nos centres d'hébergements, des gens qui devraient pouvoir accéder à un logement ! Le problème est aussi chronique pour les familles, qui vivent à l'hôtel depuis des années… Si on ne règle pas l'aval en créant des logements, cette situation explosive ne se résorbera pas. »
Pour le président du Samu social, « il n'y a pas une solution, il y a des solutions », et notamment… « récupérer du foncier à l'échelle régionale », sinon à Paris, où le foncier disponible devient rarissime. Il propose également de développer les « occupations intercalaires » de sites en attente de travaux. Une solution transitoire de plus en plus fréquemment mise en place dans la capitale. « Ça progresse, mais trop lentement », admet Eric Pliez, qui voudrait voir plus de maires et de collectivités adopter ces occupations transitoires.
La Mairie de Paris cherche à mieux loger les familles
Face à ce nouveau cri d'alarme des acteurs de la solidarité, la Mairie de Paris défend sa « volonté d'agir sur tous les fronts ». « La capitale compte aujourd'hui 3900 places dans des lieux en occupation intercalaire, précise Dominique Versini, adjointe à la maire de Paris chargée de la solidarité et de la lutte contre l'exclusion. Lorsque nous achetons un bâtiment, on sait bien qu'il se passe en général un à deux ans avant que ne débutent des travaux. Nous les mettons à disposition, et depuis le début de la mandature (2014), nous en avons ainsi ouvert 6380. »
La Mairie de Paris recense en permanence 23 000 places d'hébergement, dont la gestion est confiée à des associations spécialisées. « Nous sommes passés de 20 000 places en 2017, à 21 400 en 2018, et 23 000 cette année, insiste l'élue. Près d'un tiers — 6300 — sont des places en hôtels pour les familles, dans Paris intra-muros, et autant dans des bâtiments municipaux. »
Face à l'augmentation du nombre de familles à la rue, l'Hôtel de Ville explique avoir déjà « repéré » plusieurs bâtiments dans lesquels vont ouvrir, dès octobre pour certains, des haltes dédiées aux familles. Ce sera par exemple le cas dans l'ancien tribunal d'instance de la mairie du Xe, où la Croix-Rouge pilotera d'ici quelques semaines un lieu de plus de 60 places.
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La préfecture de région, qui gère environ 105 000 places d'hébergement sur l'ensemble de l'Ile-de-France et Paris, tout au long de l'année, précise dédier « 54 878 places d'hébergement d'urgence, en comptant les nuitées hôtelières, aux familles à la rue ». « Près de la moitié des 2200 places franciliennes pérennisées à l'issue du Plan hiver de l'an dernier sont ainsi dédiées aux familles. A Paris, le nombre de places en centre d'hébergement d'urgence réservées aux familles a triplé depuis trois ans, atteignant 7000 places ».