Finance

Faut-il avoir peur de la dette ?

3 min

Si la dette mondiale progresse, elle ne dérape pas comme au début des années 2000. Et son coût est allégé par la faiblesse persistante des taux d’intérêt.

Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne. PHOTO : Elmar Kremser/Sven Simon/ZUMA Press/ZUMA/REA

En décembre 2006, à la veille de la crise des subprime, le montant des crédits aux agents non financiers (Etats, entreprises et ménages) dans l’ensemble du monde se situait aux alentours de 97 650 milliards de dollars. Fin 2018, il atteignait les 180 300 milliards, une hausse de 85 %.

La dette qui monte... Dette des ménages, des entreprises et des Etats, en milliards de dollars et en % du PIB mondial
La dette qui monte...

Si la dette crée la crise, ­encore plus de dette devrait finir par encore plus de crise. Ce n’est pourtant pas si simple, car le montant de la dette ne veut rien dire en soi. Il est inquiétant lorsque sa progression est beaucoup plus rapide que celle de l’économie. Or, selon les données de la Banque des règlements internationaux (BRI), le club des banques centrales, ce n’est pas le cas aujourd’hui.

Le danger de crise financière vient des périodes durant lesquelles le crédit grandit « trop vite ». Pour mesurer cet excès de crédit, la BRI compare la croissance du crédit au secteur privé (entreprises et ménages) à un moment donné à sa tendance de long terme. A la fin 2018, seul le Japon montrait une situation de croissance rapide du crédit, beaucoup de pays restant au niveau ou en dessous de leur rythme habituel.

Pas d’excès de crédit Ecarts de progression du crédit par rapport à sa tendance de long terme à fin 2018, en points de pourcentage
Pas d’excès de crédit

De plus, si la crise de 2007-2008 a eu un impact mondial et conséquent, c’est d’abord parce qu’au cours des années précédentes, les acteurs de la finance (banques, fonds d’investissement…) s’étaient prêté de plus en plus d’argent, accroissant les liens de contagion entre eux. Or, selon les données de l’Institute of International Finance, l’endettement du secteur financier a peu augmenté au cours des dix dernières années et il a grandi moins vite que la croissance mondiale.

Une crise financière devient d’autant plus violente que banques et fonds d’investissement se prêtent de l’argent pour prendre des paris sur les marchés. Entre décembre 2002 et décembre 2008, l’endettement du secteur financier américain a progressé de 28 %, celui de la zone euro de 40 % et celui du Royaume-Uni de 74 %. Au cours des dix dernières années, il n’a en revanche augmenté que de 10 % au niveau mondial et équivaut aujourd’hui à 80 % du produit intérieur brut (PIB), contre 90 % à son pic de 2009. Il n’en reste pas moins que la chute d’une grande banque (comme la très risquée Deutsche Bank en ­Allemagne) aurait des répercussions importantes.

Un secteur financier moins endetté Dette du secteur financier, en % du PIB mondial
Un secteur financier moins endetté

Enfin, nombre d’économistes avancent aujourd’hui que les taux d’intérêt vont rester bas très longtemps. Les volumes d’épargne disponibles pour être placés sont tellement importants que de plus en plus d’Etats (et quelques entreprises) empruntent même à des taux d’intérêt négatifs : on leur donne de l’argent pour détenir leur dette ! De 2 000 milliards de dollars en 2015, le montant des emprunts mondiaux à taux négatifs atteint les 15 000 milliards en août 2019. Les maux de dette ne semblent donc pas devoir nous atteindre pour le moment.

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Commentaires (5)
Bernard GARRIGUES 03/01/2020
Devant chaque euro de dette, il y a un euro de créance. Étonnant qu'il n'existent pas d'analyse de la créance de la même force que celle de la dette. Pourtant ce sont forcément les détenteurs des créances qui tiennent en laisse les endettés, État et entreprises non financières ; donc détiennent le pouvoir politique.
Thierry 02/01/2020
Pardon pour le doublon. Donc la taxe sur la capital proposée par Piketty devrait avoisiner en fait les 1500 milliards et être fixée au prorata du capital détenu, restant à déterminer sur quelle période il faut étaler cette taxe. Voilà qui résoudrait partie du problème de ceux qui ne savent pas où investir leur trésorerie pléthorique :o). Aujourd'hui le problème de la dette est surtout qu'il permet le chantage des marchés financiers et ruine la démocratie.
Thierry 02/01/2020
Quand on nous concocte le budget, à chaque fois on laisse subsister un déficit de quelques 70 milliards pour ne pas imposer les plus riches et mieux leur permettre d'acquérir cette dette. Les chiffres que je lis font état de 60 à 65% de dette illégitime. La est la justification, à mon sens, de la taxe sur le capital proposée par Piketty. Imposer un capital qui s'est constitué en sous-imposition, grâce au compérage entre élites financières et élus.
Thierry 02/01/2020
Quand on nous concocte le budget, à chaque fois on laisse subsister un déficit de quelques 70 milliards pour ne pas imposer les plus riches et mieux leur permettre d'acquérir cette dette. Les chiffres que je lis font état de 60 à 65% de dette illégitime. La est la justification, à mon sens, de la taxe sur le capital proposée par Piketty. Imposer un capital qui s'est constitué en sous-imposition, grâce au compérage entre élites financières et élus.
pauldu44300 02/01/2020
La dette doit toujours être mise en comparaison avec le patrimoine public qu'on détient et qu'elle a été inventée pour promouvoir des réformes libérales et des coupes dans les dépenses sociales. L’Etat est une entité économique et financière différente des autres. Il ne meurt pas, il ne fait pas faillite. Venez consulter la boîte à idées pour cultiver la paix sur notre territoire comme à l'international sur le site d'Émancipation Collective
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