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Emmanuel Macron a délégué la mauvaise nouvelle à Édouard Philippe : le pays ferme quasiment tout, sauf les commerces indispensables (alimentation et pharmacie). Un changement de pied dont on espère qu'il ne soit pas trop tardif pour éviter le scénario de l'engorgement des hôpitaux. Mais au milieu de cette série d'interdictions, le Premier ministre a tout de même maintenu les municipales.
Ainsi, on demande aux Français de se calfeutrer le plus possible, de ne sortir qu'isolément et se tenant à bonne distance de leur compatriote, mais on convoque le lendemain les mêmes citoyens dans des bureaux de vote où il faudrait un scaphandre pour éviter le contact. Ne parlons même pas du dépouillement qui, humainement, ne peut pas se dérouler sans un minimum de conversations, d'échanges humains… Mais laissons de côté l'aspect sanitaire, et admettons que les millions de Français convoqués aux urnes se montrent soudain d'une discipline de fer et observent à la lettre toutes les consignes des mesures barrières : que signifie ce scrutin dans le contexte national actuel ?
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Pression
Alors que le monde autour de nous s'effondre, que la vie sociale française va connaître une hibernation comme elle n'en a plus connu depuis la guerre (et encore, sous l'Occupation, certains faisaient la fête tous les soirs !), la principale préoccupation de la classe politique consiste à maintenir un scrutin local que tous nos voisins annulent les uns après les autres. Comme s'ils ne pouvaient pas souffrir un simple report de deux mois, le temps de tuer ce satané virus.
Non, MM. Larcher (président du Sénat, la grande Chambre des communes de France) et Baroin (président de l'Association des maires de France) ont fait pression sur Emmanuel Macron pour maintenir les élections coûte que coûte. Comme si le moindre report allait bouleverser les équilibres politiques. Croit-on vraiment à l'heure où chacun joue sa vie ou celle de ses proches et collègues que les Français réclament à cor et à cri et de manière dirimante que leurs édiles soient confirmés ou changés pour que les trottoirs soient de nouveau propres, les poubelles ramassées, les trottinettes rangées, les rats combattus, les arbres plantés (puisqu'il a surtout été question de planter des forêts en ville) ou les gares déplacées ?
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Est-ce vraiment la vie politique que nous voulons ?
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Il faudra se souvenir des mots boursouflés de Christian Jacob, le président des Républicains, qui n'a pas hésité à qualifier de « coup d'État » le report envisagé des municipales. Emmanuel Macron aurait donc subtilisé le pouvoir en décidant de repousser une éventuelle défaite des candidats macronistes aux municipales… Il n'y a plus de mesure dans l'expression publique et chacun devient la caricature de soi-même. Voilà la classe politique que nous méritons.
Cette campagne municipale est passée sous les radars, d'abord étouffée par la bronca contre la réforme des retraites, puis éteinte par l'angoisse du coronavirus. On ne retiendra de celle-ci que l'épisode fâcheux d'images volées des attributs d'un candidat qui a préféré renoncer après l'abjection dont il a été victime. Est-ce vraiment la vie politique que nous voulons ? Des débats qui n'ont pas lieu, des candidats victimes de coups en dessous de la ceinture et des électeurs qu'on appelle à voter en scaphandre. Il ne faudra pas s'étonner de l'abstention qui délégitimera cette élection (si jamais le second est maintenu à la date prévue…). Dans ces conditions, le nom du vainqueur des élections est déjà connu : Ubu Roi !
Dans la proche banlieue de Mulhouse, au cœur du sujet, un maire a maintenu un bureau de vote dans une maison de retraite... (vu de mes propres yeux)
Si Macron avait reporté les élections, il aurait été accusé de coup d'État flagrant par les Larcher, Baroin et Jacob de ...LR ainsi que par nos comiques habituels d'ici qui l'auraient cloué au pilori au prétexte de vouloir se défausser d'une déroute certaine. Puisqu'il les a maintenues, il est accusé de se défausser sur l'opposition alors qu'il n'en est rien. Que le second tour soit reporté ou non, ce sera pour les mêmes, la faute à Macron. Et qui y gagne, à part EELV et les bobos parisiens ou lillois ?
Choisir cette date fatidique du 15 mars pour organiser ce premier tour des élections municipales nous rappelle que dans ...le calendrier romain ce jour correspondait aux Ides, qui furent fatales à César en 44 avant notre ère ! On n'apprend plus l'histoire aux enfants et c'est bien dommage ! Alors, faisons leur relire quelques albums d'Astérix le Gaulois où ils trouveront ce soir avant de s'endormir quelques noms des "camps retranchés" qui n'ont pas pris une ride, tels l'indestructible Capharnaüm ou bien Laudanum, toujours prescrit contre la logorrhée, ou encore Coronavirum, le pandémique et enfin Petitbonum le maître incontesté de toutes les cérémonies de l'Empire...