Un rapport sénatorial pointe la « hausse significative » des dépenses de fonctionnement de l’Élysée pour 2023

Un rapport sénatorial pointe la « hausse significative » des dépenses de fonctionnement de l’Élysée pour 2023

Un rapport budgétaire sur la mission « pouvoirs publics », conduit par le sénateur (PS) Jean-Pierre Sueur, épingle la hausse bien supérieure à l’inflation des dépenses de fonctionnement de la présidence de la République. Celles-ci sont annoncées en progression de plus de 12 %.
Guillaume Jacquot

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Rares sont les lignes dans le projet de loi de finances pour 2023 à ne pas être revalorisées, dans le contexte d’inflation élevée que la France traverse. La dotation demandée par l’Élysée n’y échappe pas. Le budget de la présidence de la République augmentera de 4,9 % pour attendre 110,5 millions d’euros. Principalement sous l’effet de la revalorisation du point d’indice de la fonction publique (les dépenses de personnels représentent les deux tiers du budget de l’Élysée), et la reprise d’une activité soutenue, notamment de déplacements à l’étranger. « C’est assez significatif, ça ne peut pas s’expliquer que par le point d’indice », souligne le sénateur socialiste Jean-Pierre Sueur, joint par Public Sénat. Il est l’auteur d’un rapport budgétaire sur les crédits de la mission « pouvoirs publics » dans le projet de loi de finances, publié cette semaine.

L’année 2022 a été marquée par une « activité intense » sur le front diplomatique. L’enveloppe consacrée aux déplacements présidentiels a augmenté de 6,7 % par rapport à 2022 et s’élève à 16 millions d’euros. Ce qui marque un retour comparable au chiffre d’avant crise sanitaire de 15,7 millions d’euros, inscrit dans la loi de finance fin 2019.

« Les éléments sont vagues et abscons »

Une partie significative de la hausse est surtout portée par l’évolution des dépenses de fonctionnement. Celles-ci progressent en 2023 de 12,6 %, soit le double de l’inflation mesurée actuellement. D’après le rapport sénatorial, la présidence de la République justifie cette augmentation par l’inflation, la poursuite des travaux « visant à garantir la sécurité des emprises » (réseaux électriques) ou encore l’évolution des outils numériques.

Parmi les dépenses de l’administration de la présidence, le poste de la sécurité augmente même de 54,1 % sur un an. Une augmentation « bien fondée », selon le sénateur. « Le fait que l’on protège l’Élysée contre les cyberattaques m’apparaît nécessaire », admet Jean-Pierre Sueur.

Mais de manière générale, le sénateur du Loiret s’interroge sur « l’ampleur » de la progression des dépenses de fonctionnement. Selon une réponse transmise par l’Élysée, cette évolution s’explique par « un recalibrage réaliste devenu indispensable permettant de faire face aux coûts de gestion courante ». « Les éléments sont vagues et abscons », reproche Jean-Pierre Sueur. Pour la troisième année, le sénateur dit ne pas avoir été reçu par le directeur de cabinet d’Emmanuel Macron, Patrick Strzoda. La commission d’enquête sur l’affaire Benalla, dont Jean-Pierre Sueur était co-rapporteur, a visiblement laissé des traces. Pour rappel, le Sénat avait transmis au procureur le cas de Patrick Strzoda pour une suspicion de « faux témoignage », un dossier classé sans suite par la justice.

Il n’est même pas certain que l’enveloppe pour les dépenses de fonctionnement suffise. Le rapport indique que le montant est généralement dépassé, ce qui interroge sur les « actions pérennes de maîtrise » entreprises pour respecter le budget.

Hausse des revenus tirés de la boutique officielle de l’Élysée

Le rapport souligne par ailleurs que la dotation ne permet pas de couvrir l’intégralité des dépenses de l’Élysée. La présidence de la République doit réaliser « un important prélèvement » sur sa trésorerie de 2,37 millions d’euros. « Il n’est pas tout à fait sain que le budget soit équilibré par le recours aux réserves », pointe le sénateur. Ces « disponibilités », selon la formulation employée, ne sont éternelles. D’un montant proche de 23 millions d’euros en 2017, elles étaient de 20,4 l’an dernier.

L’Élysée possède cependant quelques recettes propres, qui ont progressé de 8 % cette année, pour atteindre 1,6 million d’euros. Le rapport sénatorial l’explique notamment par la hausse des revenus tirés de la boutique de l’Élysée, ouverte en septembre 2018. La redevance de la marque « Présidence de la République », qui s’affiche sur des mugs, des montres ou encore des bougies, a rapporté 330 000 euros cette année. Le reste de ces recettes internes provenant de la restauration, de redevances locatives, ou encore de remboursement des participants aux voyages officiels et de contributions des familles au service rendu par la crèche.

Dans la même thématique

Olivier Faure: Grande Restitution de la demarche du Parti Socialiste   Notre France: Parlons-en! Â
5min

Politique

Congrès du PS : la contribution d’Olivier Faure défend « l’union de la gauche non mélenchoniste »

En vue du congrès du PS, c’est l’heure des contributions générales où chaque camp se positionne. Avec « le cœur de la gauche », les amis du premier secrétaire sortant défendent une « plateforme commune de la gauche qui prépare l’élection présidentielle », tout en assumant la rupture avec LFI, qui se retrouve « dans une impasse politique » en raison du « plafond de verre de Jean-Luc Mélenchon ».

Le

Un rapport sénatorial pointe la « hausse significative » des dépenses de fonctionnement de l’Élysée pour 2023
8min

Politique

Simplification des normes : François Bayrou veut « identifier 50 mesures qui peuvent être mises en place rapidement »

Invité des assises de la simplification, au Sénat, le premier ministre a assuré vouloir « réduire le volume des normes ». François Bayrou veut que « le préfet puisse être le coordinateur, le fédérateur, le régulateur de la totalité de l’ensemble de l’action de l’Etat sur le territoire », reprenant l’idée phare de la proposition de loi des sénateurs Pointereau-Pantel-Delcros, que le gouvernement soutient.

Le

Un rapport sénatorial pointe la « hausse significative » des dépenses de fonctionnement de l’Élysée pour 2023
7min

Politique

Inéligibilité de Marine Le Pen : « Il faut évaluer la loi et ses conséquences », demande Gérard Larcher

Interrogé sur les conséquences politiques de la condamnation de Marine Le Pen à une peine d’inéligibilité assortie d’une exécution provisoire, le président du Sénat a indiqué « respecter cette décision ». Toutefois, interpellé par la hausse du nombre de condamnations à des peines d’inéligibilité, Gérard Larcher propose « d’évaluer la loi et ses conséquences ».

Le

Un rapport sénatorial pointe la « hausse significative » des dépenses de fonctionnement de l’Élysée pour 2023
3min

Politique

Fin de la prescription des violences sexuelles sur mineurs ? : « Ça ne doit jamais être trop tard pour accéder à la justice », demande Aurore Bergé

La proposition de loi pour renforcer la lutte contre les violences sexistes et sexuelles sera étudiée ce jeudi 3 avril au Sénat. Aujourd’hui ministre de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé, qui avait déposé ce texte alors qu’elle était députée, milite pour rendre imprescriptibles les crimes sexuels sur mineurs devant la justice civile. Cet article avait été supprimé lors de l’examen du texte à l’Assemblée nationale. La responsable espère le voir réapparaître, car il « garantirait » selon elle « la capacité que la parole » des victimes « soit enfin entendue et recueillie par la justice ».

Le