Vietnam : un journaliste kidnappé en Thaïlande poursuivi pour "propagande contre l'État", nouvelle illustration du mépris du régime pour la liberté de la presse

Trois mois après l'enlèvement du journaliste anti-corruption Duong Van Thai en Thaïlande, le régime vietnamien l'a officiellement inculpé pour "propagande contre l'État". Reporters sans frontières (RSF) dénonce l'absurdité de cette accusation et appelle à sa libération immédiate.

Le journaliste d’investigation vietnamien spécialisé dans les affaires de corruption Duong Van Thai est maintenant inculpé pour "propagande contre l'État" sur la base de l'article 117 du Code pénal. Il encourt une peine maximale de 20 ans de prison. Ces informations proviennent d’une lettre du ministère vietnamien de la Sécurité publique envoyée à sa famille au mois de juillet.

Le journaliste a été enlevé le 13 avril 2023 dans le centre de la Thaïlande, où il était réfugié depuis 2019. Trois jours plus tard, la police vietnamienne annonçait son arrestation pour une prétendue "tentative d'entrée illégale dans le pays depuis le Laos". Passée la période maximale de neuf jours de garde à vue pourtant inscrite dans la loi, aucune information n’a été communiquée sur son sort.

“Enlèvement transfrontalier, violation flagrante du Code pénal, inculpation pour un motif absurde : l'affaire Duong Van Thai illustre le mépris abyssal du régime vietnamien pour la liberté de la presse. Nous appelons les partenaires économiques de Hanoï, les États-Unis, la Corée du Sud, le Japon et l’Union européenne en tête, à imposer des sanctions ciblées pour obtenir la libération de Duong Van Thai et des 42 autres défenseurs de la liberté de la presse détenus dans le pays.

Cédric Alviani
Directeur du Bureau Asie-Pacifique de RSF

Connu pour ses enquêtes sur la corruption du gouvernement et les luttes de pouvoir au sein du Parti communiste vietnamien (PCV), Duong Van Thai était membre de l'Association des journalistes indépendants du Vietnam, violemment réprimée par le régime. Bien qu'il ait obtenu le statut de réfugié auprès du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés à Bangkok en 2020, ses proches ont rapporté qu’il restait inquiet pour sa sécurité en Thaïlande.

Ce n’est pas la première fois que des journalistes étrangers réfugiés en Thaïlande sont “rapatriés” de force, avec l’apparente complicité des autorités thaïlandaises. En janvier 2019, Truong Duy Nhat, contributeur au service vietnamien de Radio Free Asia, a été enlevé en plein cœur de la capitale thaïlandaise et condamné en 2020 à dix ans de prison pour des accusations fabriquées de toutes pièces. 

En octobre 2015, c’est l'éditeur suédois d'origine chinoise Gui Minhai qui a été kidnappé en Thaïlande, avant de réapparaître quelques mois plus tard sur les ondes la télévision d’État chinoise CCTV, tenu à un exercice de confession forcée. Le 24 février 2020, il a été condamné par le régime chinois à dix ans de prison pour avoir “illégalement diffusé à l’étranger des informations classées”.

Le Vietnam stagne depuis de nombreuses années dans les abîmes du Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF et occupe actuellement la 178e place sur 180 pays.

Image
174/ 180
Score : 22,31
Image
87/ 180
Score : 58,12
Image
172/ 180
Score : 23,36
Publié le