"Je m'en souviens comme si c'était hier" : Halimata Fofana, excisée à cinq ans
ici
Les mutilations sexuelles concernent 200 millions de filles et de femmes dans le monde : Halimata Fofana a été excisée au Sénégal à cinq ans. Elle témoigne pour libérer la parole autour de ce tabou.

Une ablation partielle ou totale des organes génitaux féminins : dans le monde, on estime que 200 millions de jeunes filles et de femmes (toujours en vie) ont été victimes de mutilations sexuelles, rapporte l' Organisation Mondiale de la Santé. Halimata Fofana est l'une de ces survivantes.
Halimata avait cinq ans lorsqu'elle voyage au Sénégal pour la première fois avec sa mère et une de ses tantes. Elle se souvient, c'était l'été. De ce voyage, elle n'a qu'une chose en mémoire : l'excision qu'elle a subie.
La petite fille, née à Longjumeau (Essonne) est scolarisée à l'école maternelle en France. À la rentrée, elle a encore du mal à marcher. À la maison comme à l'école, tout le monde fait comme s'il ne s'était rien passé. Alors elle non plus n'en parlera pas.
La littérature comme bouée de sauvetage
Halimata Fofana exprime un rapport vital à la littérature : "J'ai bien conscience que les mots, la beauté des mots m'ont permis de me sortir du chemin qui m'était tracé." Elle explique comment, à travers des auteurs comme Victor Hugo, Senghor, et même la chanteuse Céline Dion, elle a trouvé des "puits de lumière" qui l'ont aidée à surmonter les traces de l'ignorance et de la barbarie présentes sur son corps.
Enfant, Fofana découvre les livres dans une bibliothèque municipale, ses parents étant analphabètes. Elle y passe des après-midis entiers, consciente que la littérature pouvait lui offrir une échappatoire et des outils pour combattre les contraintes de sa condition.
Briser le tabou de l'excision par l'écriture
Au micro de Géraldine Mayr, Halimata Fofana raconte le silence de son enfance sans innocence, puis son émancipation : "C’est important d’expliquer ce que c’est et de bien mettre en exergue l’innocence de l’enfant."
Elle raconte cette expérience traumatisante sans détours : "Vous imaginez le choc pour une petite fille qui pense se rendre dans un marché et elle comprend que c’est un traquenard et on l’ampute à vif sans anesthésie." Puis vient la chirurgie réparatrice qui ne se passe pas comme prévu. Son rapport avec les hommes. L'acceptation difficile de son corps. L'écriture pour libérer la parole autour de l'excision.
"J'ai compris par la suite que le vrai travail, il est psychologique."
Halimata a publié À l'ombre de la cité Rimbaud aux éditions Litos pour raconter l'histoire de Maïa, qui est aussi un peu la sienne. Elle a aussi écrit "À nos corps excisés", un documentaire réalisé par Anne Richard en 2022.