Apiculture : miel étranger importé, surmortalité des abeilles, pourquoi les producteurs se mobilisent ?
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Des apiculteurs "en colère" ont déployé ce lundi des centaines de ruches sur la place Bellecour, au cœur de Lyon, pour sensibiliser le public à leurs difficultés. Importations de miel étranger, surmortalité des abeilles : France Bleu vous explique les raisons de la crise.
Après les agriculteurs, la "colère" monte dans une autre profession. De plus en plus d'actions sont organisées par les apiculteurs dans le pays pour dénoncer la "crise inédite" qui les touchent. Certains ont notamment déployé des centaines de ruches à Lyon ce lundi pour sensibiliser le public à leurs difficultés liées aux importations de miel étranger et à la surmortalité de leurs abeilles dans un environnement menacé par les pesticides. On vous explique pourquoi les agriculteurs s'inquiètent pour la venir de leur filière.
Difficultés à écouler les stocks
Les apiculteurs se mobilisent, car ils n'arrivent plus écouler leur miel auprès de négociants, maillon pourtant essentiel pour la vente en grandes surfaces : "Il reste dans nos bâtiments, avec toutes les conséquences que cela va engendrer en termes de trésorerie et de viabilité de nos exploitations" s'indignait en novembre Manuel Roger, apiculteur à Chabris (Indre). En 2023, ses 1.000 ruches ont produit 65 tonnes de miel, précisait-il à France Bleu Berry. Mais à l'époque, seules quatre tonnes avaient été vendues.
Même problématique en Alsace pour Laurent Fichter. Rencontré par l'AFP à Ensisheim près de Mulhouse, il montre avec dépit ses fûts de 300 kilos empilés les uns sur les autres, renfermant des miels de tilleul, de sapin ou d'acacia. La récolte est terminée depuis plusieurs mois, mais le précieux nectar jaune n'a toujours pas trouvé preneur chez les grossistes. "On n'a reçu aucune proposition. Au mois de septembre, ils nous ont dit qu'ils n'achetaient pas, qu'il fallait voir deux mois après. Deux mois après, toujours pas, et on se retrouve au mois de janvier, on n'a toujours pas écoulé la récolte", explique, dépité, ce producteur de 34 ans, installé depuis 2011.
La situation des deux producteurs n'est pas une exception. Selon la Fédération des associations de développement de l'apiculture (Ada France), 63% des apiculteurs français ont du mal à commercialiser leur récolte 2023.
La concurrence du miel étranger
La demande de miel en France s'élève pourtant à environ 45.000 tonnes par an, largement de quoi absorber la production nationale, estimée à 34.000 tonnes en 2023. Mais les difficultés des producteurs à vendre leurs produits s'expliquent par la concurrence des miels importés de l'étranger, notamment d'Ukraine ou de Chine, à des prix souvent inférieurs à 2 euros le kilo. Selon les apiculteurs en colère, ce miel étranger offre "de grosses marges" aux grandes surfaces, alors que le coût de revient en France est de "plus de dix euros le kilo en moyenne".
"Nous faisons le maximum pour commercialiser des miels français tous les ans", martèle Marie Lecal-Michaud, directrice générale du grossiste Famille Michaud, le plus gros acheteur sur le marché français. "Mais, c'est le consommateur qui fait l'arbitrage au final, et on a du mal à vendre le miel français en grande distribution." À l'unisson de la filière, elle estime que l'apiculture française n'est "pas suffisamment" prise en compte par les pouvoirs publics. "L'attention des autorités est quasi-inexistante", soutient-elle. "Elles ont un rôle à jouer au niveau des fraudes. Aujourd'hui, mettre des règles sans contrôles, ou avec des sanctions dérisoires, c'est comme mettre des limitations de vitesse sans radar".
Pour dénoncer le poids des produits étrangers, une soixantaine d'apiculteurs de l'ouest de la France ont mené une action coup de poing au Leclerc Atout Sud de Rezé (Loire-Atlantique) ce lundi. Ils ont notamment rempli leur caddie des miels produits à l'étranger et ont affirmé au directeur que leurs "miels étaient à sa disposition" pour "refaire tout son rayon avec une belle gamme de miels locaux avec des prix tout à fait raisonnables."
La suspension d'Ecophyto critiquée
Dans ce contexte déjà difficile, la suspension du plan Ecophyto visant à réduire l'usage des pesticides est un mauvais coup porté aux apiculteurs et leurs abeilles, particulièrement sensibles aux produits phytosanitaires. Cette décision a été prise jeudi par le gouvernement en réponse à la mobilisation massive des agriculteurs. À Bouguenais, à côté de Nantes, des producteurs ont dénoncé recul environnemental" après le discours de Gabriel Attal, rapporte France Bleu Loire Océan. "Cette annonce va à l'encontre de la préservation de la biodiversité, de nos métiers et de la population en règle général", déclare aussi Hervé Blanchard à Saint-Mars-de-Coutais en Loire-Atlantique. "Pesticides = mort des abeilles" pouvait-on lire surs bandeaux posés au pied des ruches à Lyon ce lundi. Dans la capitale du Rhône, Marie Mior, venue du Puy-de-Dôme a estimé qu'il fallait "arriver à réfléchir, tous ensemble, à une agriculture respectueuse de l'environnement et qui nous fasse vivre".
"Je vois d'un très mauvais œil ces annonces. Si on revient en arrière sur les interdictions de certains pesticides, on risque de reprendre une claque et de perdre des ruches", s'est inquiété aussi Ivan Broncard, président d'Ada France. "Il y aura moins de production, mais je ne pense pas que ce soit la solution."
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