Missak et Mélinée Manouchian au Panthéon : la mémoire des résistants étrangers honorée
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L'entrée du poète et résistant Missak Manouchian et de son épouse Mélinée ce mercredi 21 février au Panthéon, 80 ans jour pour jour après son exécution, est une façon pour l'Élysée de rendre hommage aux milliers d'étrangers engagés dans la Résistance et morts pour la Nation.
Alors que le débat sur l'immigration fait rage en France, Missak et Mélinée Manouchian vont rejoindre ce mercredi dans le temple des "immortels" d'autres grandes figures de la Résistance : Jean Moulin, Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion et Jean Zay. Pour l'Élysée, la panthéonisation de ces deux résistants d'origine arménienne "démontre qu'être Français, c'est avant tout une affaire de volonté et de cœur et que cela apporte beaucoup au pays. Cela ne tient pas à l'origine, à la religion, au prénom". Missak Manouchian n'a en effet jamais obtenu la nationalité française qu'il avait demandée à deux reprises, quand son épouse Mélinée a été naturalisée en 1946 pour ses faits d'armes.
Rescapés du génocide arménien et résistants communistes
Réfugiés en France dans les années 20 après avoir échappé au génocide arménien, qui a fait quelque 1,5 million de morts entre 1915 et 1918, Missak et Mélinée partagent le même engagement politique et militent au Parti communiste avant de rejoindre la Résistance. Missak Manouchian s'illustre en 1943 à la tête des les FTP-MOI (Francs-tireurs et partisans - main-d'œuvre immigrée), un réseau très actif, largement composé d'étrangers. Surnommé "groupe Manouchian", ce réseau a été immortalisé en 1944 par la célèbre "affiche rouge" sur laquelle les autorités d'occupation le dépeignaient comme une "armée du crime", insistant sur les origines de la plupart de ses membres pour les discréditer.
Incarnation des milliers d'étrangers qui se sont engagés contre les nazis ou leurs collaborateurs français, la majorité d'entre eux étaient "des Allemands et Autrichiens antinazis, des républicains espagnols qui ont fui le franquisme, des Italiens antifascistes, des Polonais fuyant l'antisémitisme, des Arméniens, des juifs d'Europe de l'Est et d'Allemagne", explique le ministère des Armées français sur son site internet.
"Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant"
Missak Manouchian est mort à 37 ans, fusillé le 21 février 1944 avec une vingtaine de ses camarades au Mont-Valérien (banlieue ouest de Paris) par les Allemands. "Si j'ai le droit de dire, en français aujourd'hui, ma peine et mon espoir, ma colère et ma joie (…), c'est que ces étrangers, comme on les nomme encore, croyaient à la justice ici-bas et concrète. Ils avaient dans leur sang le sang de leurs semblables. Ces étrangers savaient quelle était leur patrie." C'est ainsi que Paul Éluard rendait hommage en 1950 à Manouchian et à ses camarades dans son poème Légion. Cinq ans plus tard, s'inspirant de la dernière lettre de Missak à Mélinée, Louis Aragon saluait de son côté ces "vingt et trois qui donnaient le cœur avant le temps, vingt et trois étrangers et nos frères pourtant" dans son poème Strophes pour se souvenir, repris en chanson en 1961 par Léo Ferré sous le titre L'affiche rouge.
Quatre-vingts ans jour pour jour après sa mort, Missak Manouchian entre donc ce mercredi, pour "sa bravoure singulière" selon Emmanuel Macron, dans le temple des personnalités qui ont marqué l'histoire de la République française, accompagné de Mélinée, qui lui a survécu 45 ans et reposait jusque-là à ses côtés au cimetière d'Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne). Ses "camarades de combat et de résistance", fusillés à ses côtés en février 1944, "seront aussi célébrés", a indiqué l'Élysée : les noms de ces membres du FTP-MOI figureront à côté de la tombe de Manouchian au Panthéon, car "le sang versé pour la France a la même couleur pour tous".
En novembre dernier, plusieurs de leurs descendants et des intellectuels avaient publié une tribune regrettant que seules les dépouilles de Missak et Mélinée Manouchian soient accueillies au Panthéon : "Isoler un seul nom, c’est rompre la fraternité de leur collectif militant", indiquaient les signataires, qui demandaient l'entrée au mausolée de tous les membres du "groupe Manouchian" : "Ce sont les vingt-trois, tous ensemble, qui font l’épaisseur de cette histoire, la leur devenue la nôtre, celle de la France, hier comme aujourd’hui. Les vingt-trois, sans en oublier un seul", insistait le collectif, composé notamment de Costa-Gavras, Delphine Horvilleur, Patrick Modiano, Edgar Morin ou encore Annette Wieviorka.
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