Guerre en Ukraine : un Youtubeur réussit à lever 30 millions d’euros pour financer 60 000 drones
Grâce à sa popularité sur les réseaux sociaux, le youtubeur Serhii Sternenko a réussi à lever 30 millions d’euros et financé 60 000 drones.
10000 personnes évacuées de la région de Kharkiv. Et des nouvelles inquiétantes en provenance du front. L’Ukraine retient son souffle. Ne pas craquer. « Nous nous battons pour la liberté de l’Europe et pas seulement pour la nôtre. » D’emblée, Sterhii Sternenko, pose les termes du débat.
Le jeune activiste ukrainien, 29 ans, est en première ligne dans la mobilisation de la société civile pour soutenir les soldats confrontés à la puissance des troupes de Vladimir Poutine. Les drones qu’il finance sont comme les piqûres d’un essaim de guêpes. Ils bourdonnent au-dessus des positions russes dans les plaines du Donbass. Font sauter des convois de munitions, sèment la panique dans les dépôts de carburant derrière les lignes de l’adversaire ou tiennent à distance les navires ennemis au large d’Odessa.
Des besoins estimés à 1 million de drones
Les chiffres dévoilés en rafale de son téléphone portable affolent les compteurs. « 300 000 donateurs au cours des dernières 24 heures, 30 millions d’euros collectés ces derniers mois et 60 000 drones financés. L’an dernier, nos drones ont détruit quatre Iliouchine II-76, des avions de transport militaire sur l’aéroport de Pskov. » C’est à la fois beaucoup et trop peu par rapport aux besoins exprimés par la présidence ukrainienne. Il en faudrait un million par an estime Volodymyr Zelensky.
Sa chaîne Youtube, 1,9 million d’abonnés à laquelle il faut ajouter celle de Telegram aux 600 000 abonnés, permet à Serhii Sternenko de capter un flux vital pour soutenir des troupes ukrainiennes soumises aujourd’hui au feu roulant de la pression russe.
Dans un pays rongé par la corruption, il affirme tenir une comptabilité précise de chaque hryvnia collecté et rend compte de l’affectation des fonds ainsi que du transfert aux unités concernées des équipements achetés.
Un engagement bénévole
Serhii Sternenko met surtout en avant la dimension bénévole de son entreprise. « Je tiens un magasin de sport et je dispose également des revenus générés par ma chaîne Youtube », explique-t-il dans ce café du centre de Kiev. Les terrasses font le plein. Tilleuls et acacias diffusent dans les rues arborées un parfum sucré. On en oublierait presque la guerre s’il n’y avait pas sur la place Maïdan des milliers de drapeaux jaune et bleu avec les noms des soldats et volontaires étrangers tués depuis l’invasion de l’Ukraine le 24 février 2022.
Toujours sur son téléphone, il tient le décompte des amis disparus. Le visage se ferme. « Les envahisseurs doivent mourir. » Le nombre de morts ukrainiens reste aujourd’hui encore le secret-défense le mieux protégé. Au mois de février, Volodymir Zelensky, le Président ukrainien a bien fini par dévoiler une estimation : 31 000 morts. Mais personne n’y a cru.
L’armée ukrainienne ne manque pas seulement d’obus et d’équipements mais aussi d’hommes. « La Russie nous saigne. Elle déporte des enfants ukrainiens dans les territoires occupés et multiplie les violations des droits humains en ayant un recours systématique à la torture », soupire Volodymir Bojczuk, un prêtre gréco-catholique rencontré à Zavarnytsia, un haut-lieu de la résistance ukrainienne face à Staline à la fin de la Seconde guerre mondiale. « J’ai fui les Russes quand j’avais six ans en 1940. Et je les fuis à nouveau alors que je m’apprête à mourir. Que font-ils quand ils arrivent ? Ils torturent et tentent d’effacer toute trace de la culture ukrainienne », s’emporte-t-il en appelant à la résistance.
« S’il faut y aller, j’irai »
Encore faut-il pouvoir tenir. Après des semaines de débats intenses, l’âge de la mobilisation vient d’être abaissé de 27 à 25 ans. Pour échapper à cet enrôlement qui les voit parfois arriver sur le front mal équipés et mal entraînés certains jeunes s’évaporent. « On en voit les premiers effets. Les entreprises peinent à recruter. Les éventuels candidats préférant un emploi au noir pour échapper au risque d’un enrôlement forcé », analyse Serhii Fursa. Pour cet économiste ukrainien, dans un pays dont la démographie était vieillissante avant la guerre, « la dépopulation de bras sera un enjeu majeur après la guerre. »
« S’il faut y aller, j’irai », dit de son côté Serhii Sternenko. Le sourire radieux et les fleurs tatouées sur son bras contrastent avec la réputation de militant de l’ultradroite raciste et fasciste martelée sur les réseaux russes.
Engagé dès 2014 à Odessa dans le mouvement d’opposition au Président ukrainien Vyktor Yanoukovitch aujourd’hui en fuite en Russie, Serhii Sternenko ne renie rien de son engagement à l’époque dans le groupe Pravy Sektor considéré comme un groupuscule d’extrême-droite. Il a mûri. Aujourd’hui, le jeune activiste se définit « démocrate et européen ». Mais toujours aussi radical dans sa lutte contre la corruption avec en ligne de mire son vieil ennemi, le maire d’Odessa Gennadiy Trukhanov à la réputation sulfureuse, soupçonné d’entretenir des liens avec la mafia ukrainienne.