Environnement : la biodiversité des rivières françaises menacée, selon un rapport du WWF

Le grève huppé, espèce emblématique des milieux aquatiques, dont la population a chuté de 91% en France en 20 ans © AFP - Leemage

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Le WWF publie mercredi un bilan inédit de la santé des rivières et des plans d'eau douce en France. La biodiversité y est menacée, les populations de certaines espèces comme la truite se sont effondrées.

Comment se portent les rivières françaises ? Le WWF tente d'y répondre en publiant mercredi un rapport sur l'état de santé de la biodiversité dans les milieux aquatiques dans notre pays. Si les populations animales sont restées stables depuis vingt ans, certaines espèces se sont effondrées, comme la truite ou le grèbe huppé. Ce bilan inédit est publié à l'occasion de la journée internationale de la biodiversité et l'organisme de défense de l'environnement a mis au point un "indice rivières vivantes", conçu à partir des données de programmes de surveillance.

Le WWF indique que les populations de poissons et d'oiseaux sont en baisse de 0,4% depuis 20 ans, malgré les sommes colossales dépensées - estimées à 500 milliards d'euros pour la politique de l'eau. Moins de la moitié des rivières françaises sont en bonne santé écologique, 43,1% en 2019 d'après le chiffre des agences de l'eau, repris par l'ONG. "Il y a quelque chose qui cloche", observe Yann Laurans, directeur des programmes du WWF France, pointant l'écart entre l'effort financier et les maigres résultats obtenus.

Fortes disparités sur le territoire

Ce léger déclin global des espèces vivantes masque en réalité de fortes disparités. "Aujourd'hui dans la Seine, au pont de l'Alma, vous trouvez à peu près six fois plus d'espèces de poissons que dans les années 1960. Et c'est vrai pour la plupart des grands fleuves", précise Yann Laurans, saluant le progrès des systèmes d'assainissement et stations d'épuration. "Mais en même temps, on a un effondrement de la qualité des petits cours d'eau dans le milieu rural parce que depuis maintenant 70 ans, on a mené une politique d'intensification des pratiques agricoles et d'artificialisation", pointe-t-il.

Les activités humaines sont responsables dans cette dégradation : barrages, dragages et canalisations en tout genre, prélèvements excessifs, rejets de pesticides, d'engrais ou de polluants industriels... Deux espèces d'eau douce emblématiques illustrent l'ampleur du problème : le grèbe huppé - grand oiseau plongeur à la huppe noire - et la truite des rivières ont connu une chute de leur population de respectivement 91 et 44% en 20 ans.

À l'inverse, des espèces invasives sont en plein essor, comme le poisson-chat, le ragondin, l'écrevisse de Louisiane. Pour améliorer la situation, l'une des priorités du WWF est la préservation des zones humides en France. "On relance notre stratégie d'acquisition foncière" dans ces zones, "un outil vital de préservation des espaces", indique Jean Rousselot, responsable eau douce de l'ONG.

Cinq millions d'euros pour acquérir du foncier

Pour tenter de poursuivre cet objectif, le WWF se dit prêt à débourser 5 millions d'euros en France métropolitaine. L'organisme espère pouvoir augmenter cette mise de départ en attirant des financements de l'État, de fondations, etc. Les terres acquises seront par la suite préservées ou dédiées à une activité raisonnée. Cette stratégie n'est pas nouvelle, dans les années 1980, le WWF avait contribué à la création de la réserve naturelle de Chérine (Indre) dans la Brenne, "pays des mille étangs" dans le centre de la France, dédié à la pisciculture depuis des siècles, où l'association possède des terrains.

Elle y mène aussi désormais une politique de "paiements pour service écosystémique" consistant à rémunérer des pisciculteurs pour des pratiques vertueuses. Ils limitent, par exemple, l'élevage de carpes, espèce qui nuit au développement de la végétation, ou s'éloignent des pratiques d'élevage intensif comme le nourrissage artificiel. On peut observer dans la région la guifette moustac, oiseau aux allures de mouette, ou la cistude, une tortue d'eau douce dont les pattes sont recouvertes de petites taches jaunes.

"C'est une espèce qui est en train de disparaître avec la disparition de son habitat, le réchauffement climatique et la prédation", exercée par les sangliers ou les renards, explique Albert Millot, directeur de la réserve naturelle de Chérine, cogérée par la Ligue de protection des oiseaux (LPO). "Il n'y a plus beaucoup de territoires où elle subsiste" dans le pays, insiste-t-il, soulignant l'importance des efforts déployés pour la préserver.