Affaire Notre-Dame de Bétharram : de nouvelles victimes témoignent, plus de cent plaintes désormais déposées

Alain Esquerre (au centre) a déposé au tribunal de Pau ce mardi 9 juillet une vingtaine de nouvelles plaintes au dossier Bétharram © Radio France - Yannick Damont

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Une vingtaine de plaintes supplémentaires ont été déposées ce mardi 9 juillet au tribunal de Pau pour des faits d'abus sexuels et physiques à l'Institut Notre-Dame de Bétharram, ce qui porte à plus de cent le nombre de plaintes dans ce dossier.

Le dossier de Notre-Dame de Bétharram qui a atterri sur le bureau du procureur de la République de Pau depuis les premiers témoignages d'anciens élèves en janvier 2024 n'en finit pas de grossir. 26 nouvelles plaintes ont été déposées ce mardi 9 juillet au tribunal, qui en compte désormais une centaine, pour des faits de violences et d'abus sexuels par des surveillants ou des prêtres survenus entre les années 1970 et 2000. Des faits dénoncés par d'anciens élèves de l'établissement catholique privé béarnais, l'Institut Notre-Dame de Bétharram.

Les auditions encore en cours

Dans cette vingtaine de nouvelles plaintes déposées, douze concernent des violences sexuelles. Parmi elles, celle d'un homme d'une quarantaine d'années, qui d'après le collectif des victimes de Bétharram, venait d'annoncer à ses proches qu'il avait subi des viols et des abus sexuels en 1996 dans l'établissement, alors qu'il y était élève. Il avait 12 ans, et il raconte avoir été violé par un surveillant laïc, qui serait encore en activité aujourd'hui dans l'agglomération de Pau selon le collectif. Il a aussi porté plainte pour des attouchements de la part d'un prêtre.

Le procureur de la République de Pau indique de son côté que les auditions sont toujours en cours. Mais l'attente est compliquée à vivre, explique Alain Esquerre, le porte-parole du collectif, qui veut rester confiant : "Les victimes sont auditionnées, les autorités font leur travail, en tout cas, j'en ai vraiment la ferme conviction, et ça va aboutir. J'ai toute confiance en la justice même si je pense qu'elle a sacrément dysfonctionné sur ce dossier parce que beaucoup aurait pu être évité".

"C'était un établissement qui était renommé dans la région"

"Je ne sais pas comment il y a 28 ans on pouvait imaginer des choses inimaginables", réagit Annie, mère d'une victime de Bétharram. Son fils aujourd'hui quadragénaire lui a confié récemment qu'il avait été violé à l'Institut. "J'ai confié mon fils à cet établissement parce qu'il avait une renommée. C'était un établissement qui était renommé dans la région, pour tout un tas de raisons. On ne pouvait pas imaginer, je ne pouvais pas imaginer ça, à l'époque. Donc, oui, je m'en veux de ne pas avoir intuité mais ça ne va pas me servir à grand-chose de me sentir coupable, je préfère l'aider et agir. Peut-être qu'il va se passer du temps avant qu'il y ait des décisions de justice, mais ce qui compte c'est de dénoncer les faits, de les dire. Il y a peut-être encore des victimes qui se taisent."

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Annie raconte qu'elle ignorait que son fils avait subi un viol et des violences lorsqu'il était élève à Bétharram dans les années 1990 : "Évidemment, sinon je l'aurais immédiatement retiré de cet établissement. [...] Je suis à la fois dans un état de sidération parce que je découvre la vérité et dans un esprit d'épauler mon fils pour l'aider au maximum dans cette histoire. Cela va être très difficile pour lui, ça l'est sans doute depuis tout ce temps, de surmonter ça. J'espère que ça va être utile à d'autres victimes."

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