Une préado, fuyant l’excision, retenue 6 jours en zone d’attente à Orly

Aéroport d’Orly : Un avocat dénonce « l’horreur » de la zone d’attente pour mineurs étrangers

immigrationLa cliente de Me Samy Djemaoun, âgée de seulement 12 ans, a passé presque onze heures toute seule après avoir été interpellée par la police aux frontières
Thibaut Chevillard

Thibaut Chevillard

L'essentiel

  • Le 11 septembre dernier, la cliente de Me Samy Djemaoun, âgée de 12 ans, a été interpellée par la police aux frontières à l’aéroport d’Orly.
  • Originaire de Guinée, la fillette, qui a fui son pays pour échapper à une excision, s’est retrouvée seule près de onze heures, sans administrateur ad hoc. Maintenue en zone d’attente, elle a finalement été libérée lundi, par décision de la cour d’appel de Paris.
  • L’avocat dénonce aussi la vétusté de ce lieu, situé au fin fond du terminal 4, où sont accueillis les mineurs refusés d’entrée sur le territoire ou voulant demander l’asile.

Agée de 12 ans, la cliente de Me Samy Djemaoun a été interpellée par la police aux frontières à l’aéroport d’Orly. La jeune fille est ensuite « restée seule durant 10h51, sans administrateur ad hoc [la personne désignée par un magistrat pour représenter les intérêts d’un mineur], sans qu’aucun droit ne lui soit notifié. Alors que cela aurait dû être fait directement », déplore l’avocat qui a dénoncé la situation dans un message publié sur X. Le publiciste, qui s’est rendu plus tard avec la fillette dans la zone d’attente, y décrit « l’horreur » du lieu où sont accueillis les mineurs refusés d’entrée sur le territoire ou voulant demander l’asile.

Originaire de Guinée, elle « devait être excisée par sa famille maternelle le 14 septembre, juste avant la rentrée. Ses parents l’ont mis trois jours avant dans un avion, in extremis, pour qu’elle y échappe », explique à 20 Minutes Me Djemaoun. L’enfant, qui devait être accueilli à sa descente de l’avion par l’une de ses tantes de nationalité française, a été interpellé par la police aux frontières à 7h45. Mais son administrateur ad hoc ne s’est présenté qu’à 18h36. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’elle a pris connaissance de ses droits et a été placée en zone d’attente aéroportuaire.

« Atteinte manifeste à ses droits »

Dans cette grande salle, un simple paravent sépare les mineurs des adultes. Plusieurs enfants sont installés dans cet espace qui « fait littéralement 3 m2 », regrette l’avocat. Ils ont l’interdiction de sortir prendre l’air et ne peuvent passer le temps qu’en regardant la télé. En guise de repas : des chips, de l’eau et une compote. Un téléphone mural « de courtoisie » leur permet de recevoir des appels, mais pas d’en passer. La nuit, ils sont hébergés à l’hôtel Ibis où, pour des raisons d’organisation, ils sont réveillés vers 5 heures du matin, comme le racontait Politis dans un reportage publié en décembre dernier.

Quatre jours après son arrivée en France, un juge de la détention et des libertés du tribunal de Créteil a décidé de maintenir la jeune fille dans la zone d’attente. Une décision incompréhensible pour son avocat qui a contesté la décision. Le lendemain, la Cour d’appel de Paris a finalement ordonné sa libération immédiate. « Priver de liberté une mineure non accompagnée, sans lui notifier le moindre droit, pendant une durée de 10h51, est une atteinte manifeste à ses droits entraînant nécessairement […] une irrégularité de toute la procédure », écrit la magistrate dans son ordonnance, consultée par 20 Minutes.

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Me Djemaoun a pu accompagner, lundi, sa cliente et sa tante à la zone d’attente d’Orly pour récupérer ses affaires et le visa de 7 jours qui lui a été délivré. L’avocat, qui a l’habitude de ce genre de dossiers, a promis qu’il allait l’aider à entamer des démarches pour qu’elle puisse être scolarisée en classe de 6e.

Mais l’affaire lui a laissé un goût amer de déjà-vu. « Avec mon confrère Me Florian Bertaux, on avait déjà eu le cas la semaine dernière avec une petite fille de 10 ans placée seule en zone d’attente à Orly. Nous avions déposé en urgence un référé liberté et quelques heures plus tard, sa famille était autorisée par la police aux frontières à aller la chercher. »