« Ton corps, mon choix » : après la victoire de Trump, des femmes alertent sur une vague de haine misogyne sur les réseaux sociaux

Par Le Nouvel Obs

Publié le , mis à jour le

De nombreux influenceurs masculinistes ont jubilé après la victoire de Donald Trump.

De nombreux influenceurs masculinistes ont jubilé après la victoire de Donald Trump. JOHN MOORE/GETTY IMAGES VIA AFP

De nombreuses femmes se sont inquiétées de voir affluer dans leurs commentaires des remarques et slogans haineux, s’attaquant notamment à leurs droits reproductifs.

« Hé les garces, on contrôle vos corps ! Devinez quoi ? Les mecs gagnent encore une fois, OK ? Les hommes gagnent encore une fois ! » Face à sa caméra, regardant en direct la victoire de Donald Trump lors de l’élection présidentielle américaine mercredi 6 novembre, l’influenceur d’extrême droite et star des néonazis Nick Fuentes, 26 ans, jubilait.

Et de crier, euphorique, un large sourire aux lèvres : « Ton corps, mon choix ! » « Il n’y aura jamais, JAMAIS, de femme présidente, JAMAIS ! […] Vos têtes stupides vont continuer de se heurter au plafond de briques pour toujours. Nous vous rabaisserons toujours. Vous ne contrôlerez jamais vos propres corps ! »

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« Ton corps, mon choix ! » La phrase parodie un slogan féministe, qui défend le droit d’une femme à disposer de son corps, notamment dans son choix ou non d’avorter. Volontairement provocatrice de la part d’un influenceur habitué des polémiques et du trolling, elle n’en est pas moins glaçante. Et elle trouve un écho chez de nombreux hommes, sur des réseaux sociaux où le masculinisme alimenté par la haine des femmes n’est plus tabou. Sur X, publiée par Nick Fuentes, elle a recueilli 40 000 likes.

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Et sur les réseaux sociaux, elle est reprise par les femmes qui exposent leurs inquiétudes et leur colère. Nombre d’entre elles se sont inquiétées d’un déferlement de haine misogyne dans les commentaires de leurs vidéos après la victoire de Donald Trump. Remarquant que les messages tels que « Ton corps, nos choix » ou « Nous possédons ton corps maintenant » « commencent à affluer ». Hannah Cor, micro-influenceuse féministe, estime sur TikTok que ces hommes « n’ont plus besoin de taire leur haine des femmes. Ils peuvent nous haïr ouvertement et ne rien avoir à y perdre ». « Ils disent tout haut ce qu’ils pensaient tout bas auparavant », observe aussi une internaute sur le même réseau social, répondant à un commentaire lui disant : « Nous possédons vos corps maintenant. »

« J’ai dû supprimer une vidéo parce qu’on me menaçait, et des hommes commentaient en disant qu’ils avaient hâte que je me fasse [violer] ou [en disant] “Ton corps, mon choix” », s’est également désolée l’influenceuse Camila Guadarrama, suivie par plus de 230 000 personnes sur TikTok. « Comment les jeunes femmes sont-elles censées se sentir ? » s’est interrogée sur X une internaute en compilant ces commentaires haineux.

Rhétorique masculiniste

Comme Nick Fuentes, d’autres acteurs de la « manosphère » se sont réjouis de la victoire de Donald Trump en postant des messages haineux sur les réseaux sociaux, sous couvert de « blagues ». L’influenceur masculiniste Andrew Tate, accusé d’agressions sexuelles et inculpé pour trafic d’êtres humains en Roumanie, a lui aussi multiplié les messages hilares : « J’ai vu une femme traverser la rue aujourd’hui, mais je n’ai pas enlevé mon pied de l’accélérateur. Quelle priorité ? Vous n’avez plus aucun droit », a-t-il raillé auprès de ses plus de 10 millions d’abonnés. Des pseudo-plaisanteries, reprises en chœur, commentées et likées par de nombreux hommes sur les réseaux sociaux.

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Cette haine misogyne, qui n’est pas une nouveauté sur les réseaux, semble avoir été nourrie par la victoire de Donald Trump, qui a surfé pendant toute sa campagne sur une rhétorique masculiniste et des rencontres avec des influenceurs fondus de sports violents et de cryptomonnaies, des podcasteurs suivis par des millions de jeunes hommes aux discours parfois dénigrants envers les femmes et leur place dans la société.

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« Il y a beaucoup de sexisme latent dans l’électorat américain, hommes et femmes confondus », estime Tammy Vigil, professeure à l’université de Boston, citée par l’AFP. « Et la campagne de Trump a permis aux gens de se laisser aller à leurs pires impulsions », ajoute-t-elle.

Donald Trump, condamné pour agression sexuelle en 2023, n’a lui-même jamais hésité à dénigrer les femmes, à insulter leur intelligence ou leur physique, qu’elles soient journalistes, adversaires, ou même épouses de ses adversaires. Des comportements et propos misogynes portés jusqu’au plus haut sommet de l’Etat américain – et qui vont une nouvelle fois faire leur retour à la Maison-Blanche. De quoi enhardir encore davantage ses soutiens les plus haineux.

Au lendemain de sa victoire, les inquiétudes sont grandes pour les droits des femmes. Beaucoup craignent de nouveaux reculs, notamment sur l’avortement, remis en cause dans une vingtaine d’Etats conservateurs avec la bénédiction de la Cour suprême en 2022, à laquelle Donald Trump avait pu nommer trois juges conservateurs. Depuis, le nombre de cliniques qui pratiquent l’IVG a chuté et les drames se multiplient à travers le pays, où des femmes sont mortes après s’être heurtées à une interdiction d’avorter. Le futur locataire de la Maison-Blanche est resté bien flou sur la question pendant toute sa campagne, mais nombre de ses soutiens conservateurs espèrent qu’il ira plus loin dans la restriction de l’accès à l’IVG – voire de son interdiction fédérale.

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