La France à l’heure de l’antisémitisme décomplexé

SONDAGE. Une enquête réalisée par Ipsos pour le Crif révèle un « retournement historique » dans les catégories de Français qui expriment des opinions antijuives.

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Une manifestation a été organisée le 21 juin 2024 à Toulouse pour protester contre la montée de l’antisémitisme en France après qu’une adolescente a été violée à Courbevoie (Hauts-de-Seine).
Une manifestation a été organisée le 21 juin 2024 à Toulouse pour protester contre la montée de l’antisémitisme en France après qu’une adolescente a été violée à Courbevoie (Hauts-de-Seine). © FRED SCHEIBER/SIPA

Temps de lecture : 3 min

Les Juifs sont traqués dans les rues d'Amsterdam (Pays-Bas), molestés en France (où les actes antisémites ont flambé de 192 % au premier semestre 2024)… L'antisémitisme progresse et change de visage. « Il y a un bouleversement dans les catégories de Français qui expriment des opinions antijuives », observe Brice Teinturier, directeur général délégué d'Ipsos, qui a réalisé pour le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) une enquête analysant le regard des Français sur l'antisémitisme, que Le Point dévoile.

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Plusieurs enseignements sont tirés. Premièrement : les opinions antijuives sont en nette progression. Pour le mesurer, l'institut évalue l'adhésion à 16 stéréotypes antisémites. « Lorsqu'un individu adhère à de nombreux items, c'est le signe d'une pensée structurée », analyse le sondeur. Or 46 % des Français adhèrent aujourd'hui à plus de 6 préjugés antijuifs, contre 37 % en 2020. « Presque un quart des sondés pensent que les Juifs ne sont pas vraiment des Français comme les autres, en hausse de plus de 6 points ! »

L'antisémitisme des jeunes et le rôle déterminant des réseaux sociaux

Deuxièmement : la haine des Juifs a pris ces dernières années un inquiétant coup de jeune. Seulement 53 % des 18-24 ans pensent que la majorité des Juifs est bien intégrée dans la population, contre 84 % des Français. Et 17 % des moins de 35 ans jugent que leur départ de la France serait… une bonne chose !

À LIRE AUSSI « Je veux que mon fils sache se défendre » : au Maccabi Paris, la nécessaire self-défenseDans la population générale, 12 % se réjouissent de voir les Juifs quitter le territoire national, alors qu'ils n'étaient que 6 %, en 2020, à exprimer une opinion aussi radicale. « C'est très violent, et contraire à la tendance historique, observe le président du Crif, Yonathan Arfi. La jeunesse est plus perméable aux thèses antisémites, islamistes et complotistes, qui envahissent les réseaux sociaux. »

LFI rejoint l'extrême droite sur le leadership des préjugés antisémites

Le phénomène est puissant chez les sympathisants de La France insoumise (LFI), dont 20 % jugent souhaitable le départ des Juifs – contre 15 % chez ceux du Rassemblement national.

« C'est un bouleversement complet de la cartographie politique », relève Brice Teinturier, qui décrit un « retournement historique » : LFI dispute désormais à l'extrême droite le leadership des préjugés antisémites. « Un tiers des sympathisants Insoumis adhère à 9 stéréotypes antijuifs ou plus. » Au total, 55 % des fidèles de LFI cochent au moins 6 cases dans l'inventaire de l'antisémitisme ordinaire.

À Découvrir Le Kangourou du jour Répondre Plus troublant encore : un quart d'entre eux confessent leur « sympathie » pour le Hamas, et 40 % refusent de qualifier l'organisation de « terroriste ». « LFI a redonné à l'antisémitisme une caution politique », tranche Yonathan Arfi. Un Français sur deux suspecte désormais ses concitoyens juifs de « double allégeance ». « On observe cette porosité toxique entre la critique d'Israël et l'ostracisation des Juifs de France, analyse-t-il. La cause palestinienne devient un permis de haïr. »

À LIRE AUSSI LFI, de la rhétorique antisémite à la justification du pogromLa rue, documente le ministère de l'Intérieur, suit le mouvement. « L'hystérisation du débat sur Gaza a fait sauter les derniers verrous, constate Yonathan Arfi. Des élus font de la cause palestinienne un fonds de commerce électoral. » Une « instrumentalisation criminelle », contre laquelle le président du Crif appelle à lutter : « Il faut une réponse systémique. » Le gouvernement promet une riposte pour 2025…

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Commentaires (64)

  • termen

    Soutien total à Israël et aux juifs de tous pays.
    Pour le centième de ce que dit LFI toute la gauche serait dans la ru...e à brailler et casser si cela venait du RN. Honte à tous ces gens du camp du bien. Les médias étatiques, presse de gauche et autres catégories fortement marqués à gauche me font pitié. Une honte.

  • MC1221

    Ce constat est affligent, la manipulation par des partis politiques de l'antisémitisme révèle la profonde dégradation mo...rale de leurs leader politiques et en particulier de de leur ambition de fracturer la société française en espérant conquérir le pouvoir.
    Il fait douter également de la capacité d'analyse de certaines minorités qui ne semblent connaître qu'une réponse binaire aux données de l'actualité internationale.
    Ces comportements alimentent l'intolérance dans notre pays, et débordent même sur des voisins dont la tolérance était réputée par le passé.
    L'analogie avec le passé du 20° siècle inquiète, avec la différence que la France et l'Europe ont accueillies depuis de nombreuses populations sans ce soucier de les sociabiliser.
    Seule l'Europe du Nord semble avoir pris la mesure de ces réalités.
    Comment prévenir encore plus de dérapages ? Peut être en nommant les responsables de ces dérives...

  • Pacifiquement

    @Bashing Premier, vous pouvez qualifier cela de psychologie de bazar, mais cela n'altère en rien les faits. Et ces faits... montrent que, lorsque les nouvelles des massacres ont été révélées, il y a eu des scènes de joie non seulement à Gaza et en Cisjordanie, mais également dans de nombreuses villes européennes.