Enfants placés : les professionnels de la protection de l'enfance dénoncent des dysfonctionnements en Seine-Maritime

L'IDEFHI prend en charge 7000 enfants placés en Seine-Maritime. © Radio France - Christine Wurtz

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Prostitution, fugues, violences, les syndicats de la protection de l'enfance dénoncent des dysfonctionnements dans les structures d'accueil en Seine-Maritime. Ils réclament des moyens financiers, humains, médicaux, et judiciaires pour améliorer la prise en charge des enfants placés.

Les syndicats de la protection de l'enfance ont profité de la journée internationale des droits de l'enfant, ce 20 novembre, pour dénoncer à nouveau des dysfonctionnements graves dans les structures qui accueillent les enfants placés en Seine-Maritime. Ils sont 7000 enfants et adolescents dans le département, placés sur décision de justice dans les structures d'accueil, gérées pour majorité par l'IDEFHI, l'Institut Départemental de l'Enfance, de la Famille et du Handicap pour l'Insertion, à Canteleu, dans la métropole rouennaise, mais également par l'association Les Nids. Les organisations syndicales CGT et Sud notamment dénoncent le manque de moyens financiers, humains, médicaux et judiciaires pour prendre en charge et accompagner correctement ces enfants en souffrance. Les sujets d'inquiétude ne sont pas nouveaux mais il s'aggravent d'année en année, avec des conséquences dramatiques sur les jeunes.

Prostitution, fugues, disparitions inquiétantes, violences, la situation que décrit Aïssa Latrèche, n'a jamais été aussi alarmante et le quotidien des enfants parfois pire qu'au domicile de leurs parents. "On leur retire pour dire qu'ils seront mieux là mais parfois vous vous retrouverez dans des maisons d'accueil, les toilettes ne fonctionnent pas, les douches ne fonctionnent pas, des enfants qui dorment dans des couloirs, dans des bureaux ou dans des services, les structures sont des cocottes-minute" raconte le secrétaire général de la CGT de l'IDEFHI.

L'abandon de la prévention dès la petite enfance, et trop de turn-over des éducateurs

Le résultat de l'abandon de la prévention qui permettait d'aider les familles en difficultés analyse Natacha Ibrahim. Elle est éducatrice spécialisée depuis 25 ans à l'association Les Nids et a vu clairement la situation se dégrader au fil du temps. "Autour de la petit enfance, on a perdu de l'accompagnement dans les PMI ou les jeunes parents pouvaient commencer à nommer ce qui était compliqué pour eux dans la prise en charge. Un enfant qui a un premier parcours de vie très chaotique, très dégradé, il va commencer déjà à se construire de façon fragile et ça va avoir des conséquences très fortes plus tard" assure Natacha. Des jeunes en grande souffrance, et trop de turn-over chez les éducateurs. Au village des enfants de Duclair, 15 éducateurs sont arrivés et sont repartis en moins d'un an témoigne l'un des salariés de la structure. Impossible dans ces conditions de nouer un lien de confiance selon le Basile Gonzales, pédopsychiatre à l'accueil familial thérapeutique du Rouvray qui reçoit les enfants régulièrement, souvent accompagnés d'un éducateur différent à chaque fois. "Ce turn-over, c'est la réactivation des vécus abandonniques, la difficulté et la méfiance pour ces enfants à réussir à tisser des liens puisque ce sont des enfants qui ont des problèmes d'attachement et a qui on renvoie ce message que faut pas s'attacher parce que à chaque fois qu'on s'attache, on doit se séparer" explique le médecin.

Des jeunes filles de l'ASE recrutées par un réseau de prostitution

Les conséquences sont dramatiques pour les enfants placés; et les professionnels sont régulièrement confrontés à des violences entre jeunes, des fugues, des disparitions, et même de la prostitution. Plusieurs dizaines de jeune filles placées ont ainsi été approchées et recrutées par un réseau organisé qui les prostituent dans des hôtels ou des Airbnb sur la rive gauche de Rouen, dans le quartier Saint-Sever. "Les enfants sont ramenées par les proxénètes qui menacent les professionnels, et qui disent "te plains pas je te la ramène entière" rapporte François His, le responsable départemental CGT des santé-sociaux. Le département a mis en place des groupes de travail et collabore avec les services de police pour sortir au plus vite les jeunes filles du réseau.Les syndicats attendent maintenant le résultat de la mission d'évaluation votée par le département. Ils aimeraient surtout pouvoir être auditionnés par les élus qui la composent et qui tiendront leur première réunion dans quelques jours.