Le sentiment de discrimination persiste voire augmente à la deuxième génération d'immigrés, d'après l'Insee

Manifestation antiraciste (image d'illustration). © Maxppp - Olivier Donnars

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Les descendants d'immigrés "déclarent autant de discriminations" que les immigrés, voire "plus" lorsqu'ils viennent d'Asie ou d'Afrique, une situation qui persiste même lorsque les personnes sont plus diplômées ou ont un meilleur niveau social, selon une étude de l'Insee publiée ce jeudi.

C'est un "paradoxe de l’intégration" : les descendants d'immigrés, alors qu'ils "sont nés en France" et même s'ils sont diplômés, déclarent subir autant voire plus de discriminations que leurs parents, révèle une étude de l'Insee publiée ce jeudi.

"Le sentiment de discrimination persiste à la deuxième génération" voire s'aggrave pour "pour les personnes d'origine non européenne" alors qu'il recule chez ceux originaires d'Europe, pointe cette enquête intitulée "France, portrait social". "Un quart des immigrés" déclarent avoir connu des traitements inégalitaires au cours des cinq dernières années. "Les descendants d’immigrés nés hors d’Europe en signalent nettement plus (+8 points)" et "les descendants d’immigrés nés en Europe moins (‑6 points)".

Une meilleure situation socio-professionnelle

Pourtant, la situation socio-professionnelle des descendants est bien meilleure que celle des immigrés, pour toutes les origines, relève l'étude.  Cette "augmentation des discriminations malgré une amélioration de la situation sociale" est le "paradoxe de l'intégration", selon Pierre Tanneau, responsable de la cellule "Statistiques et études sur l'immigration" de l'Insee.

Comment expliquer que ni l'intégration, ni les diplômes, ni l'accès à un meilleur statut social ne protègent ? Pierre Tanneau apporte un début de réponse : "Les personnes peu diplômées déclarent moins de discrimination que les personnes diplômées du secondaire (...) ce qui peut s'expliquer par une meilleure sensibilisation", et "un meilleur diplôme permet d'accéder à de nouvelles sphères professionnelles" et d'y faire l'expérience du "plafond de verre", a-t-il avancé lors d'une conférence de presse de présentation de l'enquête "Portrait social" de la France en 2024.

Les origines maghrébines ou africaines davantage discriminées

Le premier critère de discrimination reste l'origine "géographique" suivie de la religion. De fait, ceux qui ont des origines maghrébines ou plus largement africaines ont respectivement un risque multiplié par "2,1 et 2,9" de ressentir une discrimination par rapport à ceux dont la famille vient d'Europe. Et les personnes de confession musulmane "ont un risque multiplié par 1,4" de déclarer des discriminations par rapport à une personne athée.

L'Insee relève aussi que l’amélioration de la situation sociale entre la première et la deuxième génération est "moins marquée" pour les personnes originaires d’Afrique, de Turquie ou du Moyen‑Orient : "Les descendants d’immigrés non européens sont notamment plus souvent au chômage".

"Les caractéristiques visibles des descendants d’immigrés non européens (couleur de peau notamment) pourraient les confronter à plus de traitements inégalitaires ou discriminatoires que les descendants d’immigrés européens", explique l'enquête. Ces discriminations peuvent "avoir lieu dès l’enfance" : "Au cours de la scolarité, 19 % des descendants d’immigrés d’Afrique et d’Asie déclarent avoir été moins bien traités en raison de motifs discriminatoires, contre 8 % des descendants d’immigrés européens. En particulier, 15 % des descendants d’immigrés du Maghreb déclarent avoir été moins bien traités que les autres élèves dans les décisions d’orientation, tout comme 14 % des descendants d’immigrés des autres pays d’Afrique ou encore de Turquie ou du Moyen‑Orient (12 %)".

S'ajoute le sentiment de déni de leur identité française : 29% des descendants d'immigrés non Européens estiment qu'on ne les "voit pas comme des Français", contre 8% des descendants d'immigrés européens. On leur demande également beaucoup plus souvent "d’où ils viennent".

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