TÉMOIGNAGE - Nina, victime de violences conjugales pendant de nombreux mois, raconte son calvaire

Une Icaunaise raconte le long parcours qu'elle a suivi avant de pouvoir dénoncer les violences qu'elle a subi. © Radio France - Eric Le Bihan

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Dans le cadre de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, Nina (prénom d'emprunt) a accepté de se confier à France Bleu Auxerre pour aider d'autres femmes à parler et à sortir de l'enfer des violences conjugales.

Nina a porté plainte en juin 2023 contre celui avec lequel elle a vécu pendant presque cinq ans. Cinq longues années pendant lesquelles la violence était omniprésente dans leur couple. Cette jeune femme de 31 ans, maman de deux enfants, a accepté de lever le voile sur son calvaire. Plutôt sur la réserve au départ, la jeune femme frêle a finalement accepté de se confier à Isabelle Rose.

Nina est maman d'une petite fille, née d'une première union. Elle se sépare et la fillette est en garde alternée. Ensuite, explique la jeune femme, "je me suis mise en couple avec un autre homme et je suis tombée enceinte. Lors du premier trimestre de grossesse, le papa est décédé dans un accident de la route. Quelques semaines après, un couple d'amis m'a invité à manger pour me faire sortir et cet homme [celui qui allait devenir mon agresseur, NDLR] était présent. Il était adorable, il était gentil et, très vite, on a échangé et je me suis installée chez lui. Ce n'est que quelques semaines après mon accouchement que les choses ont changé" poursuit Nina.

"Au début, il était adorable. Puis il a fixé des règles, avec des punitions. Puis les coups sont arrivés"

"Il y a des règles qui ont commencé à apparaître à la maison, des règles sur le ménage, sur l'éducation des enfants. Au départ, il m'a dit que c'était pour m'aider au quotidien avec un bébé en bas âge. Je trouvais ça normal, mais, avec le recul, ça ne l'était pas. Et à un moment, les punitions sont arrivées, la première gifle, les premiers coups. Là, j'ai trouvé que ce n'était plus normal", poursuit, presque gênée, Nina. "Et pourtant je suis restée. On ne se rend pas compte du tout parce qu'on est tellement fatigué psychologiquement, on est dedans, donc ça paraît totalement normal en fait", confesse la jeune femme.

"On se rend pas compte du tout parce qu'on est tellement fatigué psychologiquement, on est dedans, donc ça paraît totalement normal en fait"

Quand on lui demande ce qui lui a fait prendre conscience que la situation basculait, qu'elle était en réel danger, elle répond du tac au tac : "les violences de plus en plus fortesIl y a eu les violences physiques, les violences psychologiques, les violences sexuelles. À ce moment-là" poursuit Nina, "ce n'était plus tenable, ni pour moi, ni pour ma petite fille. Donc j'ai fini par prendre un appartement. Je me suis sauvée et j'ai pensé que, à ce moment-là, tout allait être réglé. Pendant un mois et demi, deux mois, j'ai retrouvé une vie normale. Mais en fait, cela n'a pas été le cas. Je pensais le pire passé, mais pas du tout. Il m'a retrouvée et, pendant à peu près un an, le calvaire a vraiment commencé. Les violences étaient de plus en plus fortes physiquement. Avant, il faisait très attention de pas m'abîmer au niveau du visage ou des bras et là, il n'avait plus aucune retenue. Jusqu'à m'obliger à avoir des relations sexuelles avec un autre homme et lui" poursuit-elle.

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L'élément déclencheur

Ce qui a sauvé Nina et lui a donné la force de déposer plainte, c'est un élément déclencheur. "Il faut savoir que malgré son interdiction, j'ai poussé les portes d'une salle de sport où j'ai rencontré un coach sportif formidable. Il voyait les traces de coups et à tenté de me faire prendre conscience qu'il fallait que je me sauve, que je porte plainte, mais je n'y arrivais pas. Puis, dans cette même salle de sport, j'ai rencontré un homme formidable avec qui je suis toujours et les violences se sont arrêtées quand je me suis mise en couple. Mais ma petite fille continuait à se rendre chez mon ex-compagnon. Un soir, elle est rentrée avec une balafre faite au cutter au niveau des côtes. J'ai bien reconnu la blessure car moi aussi j'avais subi ces violences-là. C'est à ce moment-là que j'ai décidé d'aller porter plainte" explique Nina.

Aujourd'hui, Nina veut adresser deux messages aux femmes qui vivent ce genre de choses. "Le premier, c'est qu'il faut trouver une personne de confiance. Moi, ça a été mon coach sportif, puis après mon conjoint, pour pouvoir se confier. Et la deuxième - c'est facile à dire parce que moi je l'ai vécu - mais à la première claque, à la première violence physique, psychologique ou sexuelle, il faut partir. Partir, je sais que c'est la grande phrase, mais il le faut !" insiste-t-elle, "parce qu'une fois que la violence s'est installée, pour partir, c'est trop compliqué".

Être reconnue comme victime

L'instruction dans cette affaire est toujours en cours, mais Nina attend peu de la justice. "Peu importe qu'il aille en prison ou soit condamné. Ce que je veux, c'est la tranquillité avec ma fille et, également, qu'il reconnaisse que je ne mens pas. Il m'a fait passer pour une menteuse et je veux qu'il me reconnaisse en tant que victime" explique Nina.

Selon Nina, son ex-compagnon est poursuivi pour menaces de mort, actes de tortures et de barbarie et viol par conjoint et en réunion. Il est actuellement sous bracelet électronique après une période de détention provisoire et fait l'objet d'une mesure d'éloignement. L'instruction doit se terminer au premier trimestre 2025.

En cas de violence conjugale, composez le 3919 pour trouver de l'aide.
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