Viols de Mazan : Seule une poignée d’accusés a présenté ses excuses à Gisèle Pelicot

Seule une petite quinzaine d’accusés, dont Dominique Pelicot, sur les 51 hommes poursuivis au procès des viols de Mazan, ont présenté leurs excuses, lors de leur dernière prise de parole, lundi 16 novembre, à la victime principale Gisèle Pelicot.

Publié le 16 décembre 2024 Mis à jour le 17 décembre 2024 à 09:30

Trois mois et demi après le début du procès des viols de Mazan, les 51 accusés ont une dernière occasion de s’exprimer, devant la cour criminelle de Vaucluse, à Avignon, ce lundi 16 décembre, durant cette dernière journée d’audience. Le verdict est attendu jeudi 19 décembre, pour ces hommes âgés de 27 à 74 ans, qui ont infligé les viols et agressions sexuelles à Gisèle Pelicot, pendant dix ans, à son domicile conjugal de Mazan (Vaucluse), de 2011 à 2020. Seule une petite quinzaine d’accusés, dont Dominique Pelicot, ont présenté leurs excuses. Quasiment la moitié des accusés n’ont rien ajouté pour leur défense ou ont remercié laconiquement la cour ou leur avocat.

Dominique Pelicot a été le premier à s’exprimer. « Je voudrais commencer par saluer le courage de mon ex-femme », a déclaré le septuagénaire au sujet de Gisèle Pelicot, qu’il a droguée pendant une décennie pour la violer et la livrer à des dizaines d’hommes recrutés sur internet. « Je regrette ce que j’ai fait, faire souffrir (ma famille) depuis 4 ans (la date de la révélation des faits, N.D.L.R.), je leur demande pardon », a-t-il poursuivi, dans sa dernière prise de parole. En face de lui, seule sur le banc des parties civiles, Gisèle Pelicot est restée stoïque.

Certains accusés se sont excusés

Une petite quinzaine sur les 50 hommes présents – un est en fuite et jugé in absentia- ont exprimé leurs excuses à la victime, tout en ajoutant parfois ne « pas avoir eu l’intention » de commettre un viol ou avoir été eux-mêmes « victime de manipulation » de la part de Dominique Pelicot. « Pardon madame » (Didier S., 68 ans), « je voudrais présenter encore mes excuses à madame Pelicot ». (Patrick A., 60 ans), « j’aimerais réitérer mes excuses sincères à la victime » (Mahdi D., 36 ans), ont ainsi exprimé certains. « Je regretterai toute ma vie mes actes », a déclaré un autre des accusés, (Mathieu D., 62 ans). Quelques-uns sont allés plus loin en s’adressant directement à Gisèle Pelicot, comme Cédric G., 51 ans : « C’est bien à votre corps que j’ai fait subir ce viol. »

Ou encore Jérôme V., 46 ans, venu six fois au domicile conjugal des Pelicot, à Mazan (Vaucluse), qui a prévenu que « quelle que soit la peine » qui lui sera infligée, il ne fera pas appel, « par respect pour la victime, pour ne pas qu’elle doive revivre » un nouveau procès. Contre lui, le parquet a requis 16 ans de réclusion criminelle.

Le « procès historique de la soumission chimique en France »

Cette dernière journée d’audience intervient après la dernière plaidoirie de la défense, vendredi 13 décembre. Maître Nadia El Bouroumi a alors notamment estimé que ses deux clients, les deux accusés Jean-Marc L. et Omar D., étaient les « victimes » du « prédateur » Dominique Pelicot. L’avocate, ultra-présente sur le réseau social TikTok a désigné le principal accusé : « On a un monstre dans le box. » Et de conclure que ses clients « ne sont pas des violeurs ». Pour elle, ils sont « des victimes » et la cour doit « acquitter ces gens – là » qu’elle a présenté comme des « hommes simples, comme cet ouvrier agricole, garagiste à ses heures ».

Avant elle, déniant l’importance historique de cette affaire, la majorité des avocats de la défense ont également démontré, à leur insu, comment la culture du viol imprégnait leurs plaidoiries. Ils ont critiqué tour à tour « le retentissement médiatique » de ce procès, son instrumentalisation par les féministes, fustigeant la notion de consentement, le rôle pas net de la victime… et diabolisant Dominique Pelicot le « chef d’orchestre », pour dédouaner plus facilement ses auxiliaires. Quelques rares avocates ont heureusement réussi à s’écarter de ces postures caricaturales, qu’on aurait aimé être « d’un autre âge », selon l’expression du ministère public qu’il aurait pu ici réitérer.

Deux semaines plus tôt, à la fin du mois de novembre, l’avocate de Dominique Pelicot Maître Béatrice Zavarro avait de son côté déclaré : « Bien malgré moi, depuis le 2 septembre, je suis devenue l’avocat du diable ». Contrairement aux autres avocats de la défense, elle s’est adressée à Gisèle Pelicot, victime de plus de 200 viols sous soumission chimique pour lui marquer son « profond respect ».

Elle s’était également adressée à Caroline Darian, fille de Gisèle Pelicot. Celle-ci s’était présentée comme « la grande oubliée » du procès. Elle a indiqué être « convaincue » qu’elle aussi a été droguée et violée par son père. Des faits que celui-ci a persisté à nier. Pour elle, il s’agit également du « procès historique de la soumission chimique en France ».

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