80 ans du « Monde » : quels sont les plus anciens journaux encore publiés ?

Un kiosque parisien en 1945. Le quotidien Le Monde fête ses 80 ans mercredi 18 décembre.
Un kiosque parisien en 1945. Le quotidien Le Monde fête ses 80 ans mercredi 18 décembre. - / AFP
Le quotidien Le Monde fête ses 80 ans ce mercredi 18 décembre. Pour autant, il n’est pas le journal de l’Hexagone parmi les plus anciens à être encore publié aujourd’hui. Du XIXe siècle à la Libération, de nombreux titres ont survécu à la tumultueuse histoire de la presse française moderne.

Votre journal La Croix a soufflé en 2023 ses 140 bougies. Détient-il pour autant le record de longévité de la presse française ? Que nenni. Alors que le quotidien Le Monde fête ses 80 ans ce mercredi 18 décembre, plusieurs journaux plus anciens sont toujours aujourd’hui en vente dans les kiosques français.

Deux titres en particulier se disputent le trophée de plus ancien quotidien. Pour certains, c’est Le Figaro qui détient la palme, avec une première parution le 15 janvier 1826, sous le roi Charles X. Mais à cause de plusieurs faillites et changements de propriétaire vécus par le journal, certains spécialistes fixent plutôt la date de création du Figaro tel qu’il existe en 1854, lorsqu’il est repris par Hippolyte de Villemessant.

Dans ce cas, c’est Le Journal de Saône-et-Loire qui s’impose comme le quotidien français le plus ancien avec une naissance le 2 juillet 1826. Avec Alphonse de Lamartine dans son comité éditorial, le premier numéro annonce ainsi la ligne directrice : « Être utile à nos concitoyens, satisfaire à la fois le goût et la curiosité du lecteur. »

Au XIXe siècle, première parution de « La Croix » et du « Progrès »

Le Figaro comme Le Journal de Saône et-Loire lancent une période surnommée la « Civilisation du journal », de la monarchie de Juillet (1830-1848) à 1914, un âge d’or pour les publications d’actualités. Innovations techniques, évolutions sociales et législatives transforment la presse et permettent sa diffusion à grande échelle.

Vers 1885, le métier de journaliste évolue aussi, avec l’émergence du modèle rédactionnel anglo-saxon. La figure du « reporter » et le format d’« interview » apparaissent. La presse devient un « quatrième pouvoir » redouté des politiques, la culture du journal est à son apogée.

C’est à cette époque que se créent plusieurs quotidiens phares qui demeurent dans le paysage médiatique actuel. C’est le cas, du côté de la presse régionale, pour Le Progrès (1859), La Dépêche du Midi (1870), L’Est républicain (1889), Ouest Éclair (1899) (qui devient Ouest-France en 1944). Et, du côté de la presse nationale, La Croix (1883), L’Humanité (1904) et Les Échos (1908).

Les premiers magazines apparaissent aussi, notamment avec Le Pèlerin, créé par Bayard en 1873 dans l’élan des premiers pèlerinages.

La Seconde Guerre mondiale, une crise sans précédent

La Première Guerre mondiale marque un essoufflement. La censure et la propagande causent une perte de confiance des lecteurs. L’entre-deux-guerres n’est pas plus profitable pour le secteur : la diffusion stagne et le nombre de titres baisse. La Seconde Guerre mondiale provoque finalement une crise sans précédent. La plupart des grands titres disparaissent, soit par sabordage (comme Le Figaro et Le Progrès en novembre 1942), soit par décision de l’occupant ou du gouvernement de Vichy.

Le public manifeste un vif intérêt pour la presse résistante. Dans ce contexte, le journal clandestin Libération est créé en juillet 1941 par Emmanuel d’Astier de la Vigerie. Sa publication se poursuit après-guerre, jusqu’en 1964. En 1973, Jean-Paul Sartre et Serge July en reprennent le titre pour la création du journal qui existe toujours aujourd’hui.

Après la Libération, la création du « Monde » et de « Paris Match »

Après cinq années de guerre, la Libération rebat les cartes. La liberté de la presse est rétablie, et une centaine de quotidiens remplacent les journaux interdits par le gouvernement de Gaulle, soit pour collaboration, soit pour avoir continué leur activité pendant l’Occupation. Des figures telles que Françoise Giroud ou Raymond Aron signent leurs premiers articles.

Fin septembre 1944, le Général demande à son ministre de l’information Pierre-Henri Teitgen de favoriser la création d’un journal comparable au Temps, sabordé en 1942. Cela donnera naissance au quotidien Le Monde, fondé par le journaliste Hubert Beuve-Méry, qui publie ses premières pages le 18 décembre 1944. Il y a donc tout juste quatre-vingts ans.