Cyclone à Mayotte : François Bayrou appelle à une reconstruction rapide de l'archipel, "peut-être" en "deux ans"
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Emmanuel Macron est arrivé ce jeudi matin à Mayotte, dévasté par le cyclone Chido. Le président a annoncé une journée de deuil national lundi 23 décembre. François Bayrou a lui dit espérer une reconstruction rapide, "peut-être" en "deux ans".
Emmanuel Macron est arrivé à Mayotte, cinq jours après le passage meurtrier et dévastateur du cyclone Chido, pour constater l'étendue de la catastrophe et apporter son soutien aux habitants. "Mahorais, on va se relever ensemble", a-t-il promis, annonçant vouloir "rebâtir" Mayotte. Le Premier ministre François Bayrou a de son côté espéré que cette reconstruction puisse se faire dans des délais "brefs", "peut-être deux ans". Le président a décrété une journée de deuil national lundi 23 décembre.
Selon des chiffres provisoires, 31 morts et quelque 1.400 blessés ont été officiellement recensés, mais "il est vraisemblable qu'il y ait beaucoup plus de victimes" dans le département le plus pauvre de France, selon le président de la République. Le préfet a diligenté "une mission de recherche des morts", selon le ministère de l'Intérieur, qui souligne que "70% des habitants ont été gravement touchés".
L'essentiel
- Emmanuel Macron est arrivé à Mayotte pour constater les dégâts après le passage du cyclone Chido
- Une journée de deuil national aura lieu le lundi 23 décembre, a-t-il annoncé
- Le président promet "une loi spéciale" pour faciliter la reconstruction et un "fonds d'indemnisation" pour les non-assurés
- François Bayrou appelle à une reconstruction rapide, "peut-être" en "deux ans"
- Le cyclone a fait 31 morts et près de 1.400 blessés, selon le dernier bilan
- "Il est vraisemblable qu'il y ait beaucoup plus de victimes", souligne Emmanuel Macron
- 1.200 forces de sécurité seront déployées d'ici dimanche, un hôpital de campagne va être acheminé
- L'objectif est d'approvisionner toutes les communes en eau et nourriture "d'ici dimanche soir"
- "14 millions d'euros" ont été récoltés par la Fondation de France
Une journée de deuil national
Le chef de l'État est arrivé à Mayotte vers 10 heures locales (8 heures à Paris), avec quatre tonnes d'aide alimentaire et sanitaire, ainsi que des secouristes. "Mahorais, on va se relever ensemble", a-t-il promis. Il a annoncé une journée de deuil national lundi 23 décembre. "Nous sommes une Nation. Nous partageons tous la peine des Mahorais", a-t-il écrit sur X. "Je décréterai le deuil national pour ce lundi 23 décembre. Nos drapeaux seront en berne. Tous les Français seront invités à se recueillir à 11h".
Après son arrivée sur le tarmac, Emmanuel Macron est aussitôt monté à bord d'un hélicoptère pour survoler l'archipel et constater les dégâts. Il s'est ensuite rendu au centre hospitalier de Mamoudzou, chef-lieu du département, pour s'entretenir avec le personnel soignant et les patients pris en charge, avant de se rendre dans l'un des quartiers détruits par le cyclone le plus intense à s'abattre sur Mayotte depuis 90 ans.
Face à l'ampleur des dégâts, le chef de l'État, attendu initialement pour quelques heures sur place, a annoncé qu'il resterait jusqu'à vendredi dans l'archipel français de l'océan Indien afin de visiter des zones plus reculées. "Je reviendrai dès les prochains mois", a-t-il promis.
"Des charniers à ciel ouverts"
Sur place, Emmanuel Macron a été interpellé par des habitants désespérés, voire en colère. À l'hôpital de Mamoudzou, la discussion a porté sur le recensement très compliqué du nombre de morts, alors que de nombreuses localités, aux habitations précaires, restent injoignables. "On est face à des charniers à ciel ouverts. Il n'y a pas de sauveteurs. Personne n'est venu récupérer les corps ensevelis", affirme la députée (Liot) Estelle Youssouffa. "Dans les bidonvilles, des corps sont enterrés directement (…) dans des fosses communes", assure un homme lors d'un échange avec les personnels de santé. "Les secours, ils sont pas arrivés chez moi", "ce n'est pas normal", s'emporte un responsable associatif lors d'un échange tendu. "On n'a pas besoin de promesses, on a besoin des actes !", martèle-t-il en haussant la voix. "1.200 forces de sécurité intérieures seront déployées" sur place d'ici dimanche, a indiqué Emmanuel Macron.
Selon des chiffres provisoires, 31 morts et quelque 1.400 blessés ont été officiellement recensés, mais les autorités craignent un bilan beaucoup plus lourd, alors que 70% des habitants ont été gravement touchés. Une mission de recherche se met en place pour réaliser ce décompte, rendu d'autant plus délicat que les Comores, d'où est originaire une partie des habitants de Mayotte, sont une terre de forte tradition musulmane où les défunts sont enterrés au plus vite. "Beaucoup" de morts n'ont pas encore pu être recensés, a concédé Emmanuel Macron. "Il est vraisemblable qu'il y ait beaucoup plus de victimes". Grâce à cette mission de recensement, "on va pouvoir identifier (...) des victimes supplémentaires, leur mettre un nom, pouvoir, leur rendre hommage", a promis le président.
Le cyclone Chido a également provoqué la mort d'au moins 73 personnes au Mozambique, selon un bilan actualisé diffusé ce jeudi.
Toutes les communes approvisionnées en eau et nourriture "d'ici dimanche soir"
Dans le centre hospitalier, où les vitres ont été soufflées, des services inondés et du matériel détruit, beaucoup pointent aussi le manque d'eau et de nourriture, comme dans le reste de l'archipel. "Monsieur le président, on est tous insécurisés. Les gens se battent pour avoir un peu d'eau. Les avions militaires ne sont pas arrivés ici", relève une femme.
Emmanuel Macron a assuré que "l'objectif" était d'approvisionner toutes les communes de l'archipel en eau et nourriture "d'ici dimanche au plus tard" : "L'objectif qui est le nôtre c'est d'avoir atteint toutes les communes en eau et en alimentation d'ici dimanche soir au plus tard", a-t-il dit lors d'un échange avec des élus, en précisant qu'il serait procédé pour cela à des "largages par hélicoptères".
"Il ne faut pas qu'il y ait de distinction quand il s'agit de sauver, d'alimenter et de faire boire", a assuré le président de la République à propos de l'aide apportée aux sinistrés. "J'ai demandé que des missions soient lancées pour aller au-devant de cette population qui sont dans ces bidonvilles, pour apporter eau et alimentation", a-t-il ajouté. "C'est notre devoir".
Le chef de l'État a également indiqué que la téléphonie sera "rétablie dans les prochains jours" et que "50% de l'électricité sera rétablie d'ici à demain", avant de reconnaître que pour les communes les plus "isolées", il faudra toutefois "plusieurs semaines".
"Rebâtir" Mayotte avec de nouveaux "critères"
Le chef de l'État se montre toutefois plus ferme quand l'intervention des autorités est mise en cause : "Je ne peux pas laisser dire (...) que l'État aurait ici démissionné", lance Emmanuel Macron. "Je n'ai jamais lâché Mayotte", affirme-t-il, annonçant au passage "un fonds d'indemnisation pour accompagner ceux qui ne sont pas assurés", sans en préciser l'abondement.
Plusieurs interlocuteurs pointent un manque d'informations des habitants avant le cyclone, notamment des sans-papiers venus des Comores. "Les gens n'ont pas été prévenus. Il fallait faire des maraudes, aller partout et leur expliquer ce qui allait se passer, mais ils ne sont pas sortis parce qu'ils ont peur de la police", souligne une soignante. "Ce n'est pas la goutte d'eau, c'est le gros cyclone qui vient bousculer un système qui tenait à un fil", renchérit un soignant.
Le président a assuré qu'il voulait "rebâtir" Mayotte avec de nouveaux "critères", promettant "une loi spéciale" pour faciliter la reconstruction. Emmanuel Macron a notamment dit vouloir "mettre fin" aux bidonvilles et "supprimer les habitats qui sont à la fois indignes, dangereux" dans lesquels vivent souvent les étrangers en situation irrégulière.
Il a aussi appelé à "renforcer la lutte contre l'immigration clandestine" : "Il faut (...) renforcer la lutte contre l'immigration clandestine, en même temps qu'on rétablit évidemment les écoles, on reconstruit l'habitat, on reconstruit l'hôpital, etc.", a-t-il affirmé, estimant que "tout le monde doit accepter qu'en termes de compétences et de règles, on change les choses". Le ministre de l'Intérieur démissionnaire Bruno Retailleau a redit mercredi son intention de légiférer contre l'immigration clandestine "totalement incontrôlée" sur l'archipel et d'être "beaucoup plus dur avec les Comores".
Le Premier ministre François Bayrou a de son côté dit espérer que la reconstruction de Mayotte puisse se faire dans des délais "brefs", "peut-être deux ans", une tâche qui sera "surhumaine", souligne-t-il. "Je pense qu'il faut se fixer un délai beaucoup plus bref que les cinq années" de la reconstruction de Notre-Dame, a indiqué M. Bayrou sur France 2. "Je dis peut-être deux ans. J'espère qu'on y arrivera. C'est une tâche surhumaine, immense", a-t-il ajouté. Plus tôt, Emmanuel Macron avait affirmé depuis l'archipel : "On a été capables de rebâtir notre cathédrale [Notre-Dame] en cinq ans. Ce serait quand même un drame qu'on n'arrive pas à rebâtir Mayotte".
Un hôpital de campagne acheminé sur place
Un avion-cargo doit acheminer un hôpital de campagne ainsi que des moyens d'hébergement d'urgence, tandis que le pont aérien et maritime militaire vers l'archipel monte en puissance, a annoncé l'état-major des armées. Un avion Antonov-124 affrété par l'armée de l'Air "va décoller aujourd'hui (de métropole) pour arriver demain à Mayotte", a affirmé ce jeudi le colonel Guillaume Vernet, porte-parole de l'état-major.
À son bord, un hôpital de campagne, qui une fois déployé représente une surface de "près de deux terrains de tennis". L'installation, qui sera mise en œuvre par la sécurité civile, comprend des lits d'hospitalisation, "une capacité chirurgicale, une capacité d'accueil d'urgence et une capacité de soins", a-t-il détaillé. L'Antonov-124 emporte par ailleurs du "fret de première urgence et notamment de capacités d'hébergement de cinq fois 150 places" ainsi que les équipements d'hygiène associés, a-t-il ajouté.
Parallèlement, le pont aérien mis en place depuis la métropole continue de monter en puissance. Depuis le passage du cyclone le 14 décembre, six avions de transport militaire ont acheminé du personnel et du fret vers Mayotte ou vers La Réunion, qui sert de "hub logistique". À ce jour, ce sont 11 rotations qui ont été effectuées entre La Réunion et Mayotte, avec "plus de 150 passagers et plus de 100 tonnes de fret" acheminés, selon le colonel Vernet. Une quarantaine de personnes nécessitant des soins ont par ailleurs été évacuées vers La Réunion, notamment par les deux avions militaires Casa.
En mer, le bâtiment de soutien et d'assistance outre-mer (BSAOM) Champlain est arrivé "ce matin-même" (ce jeudi, ndlr) à Mayotte avec du "fret médical, de l'eau et plus de tonnes de vivres".
Santé : plus d'un millier de volontaires
Selon le ministère de la Santé, plus d'un millier de réservistes de la santé sont volontaires pour renforcer le système de santé à Mayotte. "Plus de 1.000 ou 1.100 volontaires" se sont déclarés pour "venir compléter les équipes de Mayotte cette semaine ou dans les prochaines semaines", a déclaré ce jeudi le directeur général de la Santé, Grégory Emery. Ces réservistes sont "des soignants ou des infirmiers, des ingénieurs, des gestionnaires de crise..." a-t-il indiqué.
Ils vont pouvoir "suppléer à la fois les équipes du centre hospitalier de Mayotte, mais aussi les équipes de l'Agence régionale de santé", notamment pour permettre à ces personnels de s'occuper de leur famille ou de leur vie personnelle, étant eux aussi "des victimes du cyclone", a-t-il souligné. Selon le ministère de la Santé, 113 réservistes sont déjà à pied d'œuvre sur l'île.
"14 millions d'euros" récoltés par la Fondation de France
La Fondation de France a déjà récolté 14 millions d'euros depuis le lancement de son appel aux dons pour Mayotte dimanche, un "élan de générosité exceptionnel", selon Alexandre Giraud, son directeur de l'action philanthropique.
"C'est le plus gros démarrage de collecte d'urgence en si peu de temps à la Fondation de France", a affirmé M. Giraud pour la Fondation de France qui se présente comme le premier réseau de philanthropie de France.
L'état de "calamité naturelle exceptionnelle" déclaré
Le ministère des Outre-mer a annoncé mercredi soir dans un communiqué l'activation de "l'état de calamité naturelle exceptionnelle", censé "permettre une gestion plus rapide et efficace de la crise et faciliter la mise en place de mesures d'urgence". L'arrêté de reconnaissance a été publié au Journal officiel ce jeudi, il concerne 17 communes de Mayotte. C'est la première fois qu'est activé ce tout nouveau dispositif, spécialement prévu pour les territoires ultramarins. D'une durée initiale d'un mois, le dispositif peut être renouvelé par périodes de deux mois et "permet une plus grande réactivité aux autorités locales et nationales, tout en allégeant certaines procédures administratives", a indiqué le ministère dans un communiqué.
Les coûts des dégâts pris en charge par les assurances ont été estimés entre 650 et 800 millions d'euros par le réassureur public français, la Caisse centrale de réassurance (CCR). Seuls 6% des particuliers à Mayotte disposent d'une assurance habitation, a précisé la CCR dans un communiqué, ajoutant qu'il s'agissait d'une première estimation qui pourra "être réévaluée".
Face à la pénurie généralisée qui sévit, le gouvernement a aussi publié jeudi au Journal officiel un décret pour bloquer les prix des produits de grande consommation à Mayotte, à leurs niveaux atteints le 13 décembre dernier. Sont concernés les produits comme l'eau minérale, les produits alimentaires et boissons, les piles, mais aussi les produits d'hygiène de base, du quotidien et dédiés à la construction ainsi que les aliments pour les animaux.
La France a par ailleurs activé le mécanisme de protection civile de l'Union européenne pour venir en aide à Mayotte, a annoncé ce jeudi le porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Ce mécanisme, qui permet de coordonner l'aide des pays membres, "a été activé le 17 décembre dernier et beaucoup de partenaires nous ont fait une offre que nous regardons", a déclaré Christophe Lemoine.
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