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Terrorisme

Attentat de Charlie Hebdo: Philippe Val assure "ne pas regretter" d'avoir publié les caricatures de Mahomet en 2006

Philippe Val lors de l'hommage rendu à Robert Badinter devant le ministère de la Justice, à Paris, le 14 février 2024

Philippe Val lors de l'hommage rendu à Robert Badinter devant le ministère de la Justice, à Paris, le 14 février 2024 - Ludovic MARIN / AFP

L'ancien directeur de Charlie Hebdo, Philippe Val, revient 10 ans après sur l'attentat qui a fait 12 morts en janvier 2015. Il estime que publier les caricatures de Mahomet relevait de la "survie de la liberté de la presse".

Le journaliste et ancien directeur de la rédaction du journal Charlie Hebdo, Philippe Val, revient ce dimanche 5 janvier avec Le Parisien sur les attentats qui ont frappé l'hebdomadaire dix ans plus tôt. Il dit "ne pas regretter" d'avoir publié les caricatures de Mahomet dès 2006, alors que les terroristes avaient visé le journal en raison de ces dessins.

"Je ne regrette pas, il fallait le faire", soutient-il.

"C'était une question de survie de la liberté de la presse. Cabu (caricaturiste tué en 2015, NDLR) le disait lui-même à l'époque. J'avais réuni tous les personnels de Charlie pour leur demander leur avis et si un seul n'avait pas voulu, nous n'aurions pas publié", assure-t-il encore, même s'il explique qu'il doit "vivre sous protection" depuis 2006.

Douze morts

Le 7 janvier 2015, les frères Chérif et Saïd Kouachi, Français d'origine algérienne ayant prêté allégeance à Al-Qaïda, entraient dans la rédaction du journal satirique et tuaient 12 personnes.

Après deux jours de traque, ils avaient été abattus par une équipe d'intervention du GIGN dans une imprimerie de Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne), où ils s'étaient retranchés.

L'hebdomadaire était la cible de menaces jihadistes depuis la publication de caricatures du prophète Mahomet en 2006.

La manifestation du 11-Janvier, un "fait politique majeur"

Dix ans après les attentats et la manifestation "Je suis Charlie" du 11 janvier 2015 qui avait suivis, Philippe Val déplore que ce grand rassemblement, qui avait vu 4 millions de personnes descendre dans les rues de France avec la présence à Paris de nombreux chefs d'États étrangers, n'ait pas été évoqué pendant la présidentielle de 2017.

"Comme si on avait oublié ce fait politique majeur", dit-il.

Estimant que les politiques n'ont sans doute pas voulu faire de "vagues", il parle d'un "abaissement moral" du pays.

"On a loupé quelque chose" sur la laïcité

Philippe Val se dit inquiet du rapport à la liberté d'expression en France, estimant "qu'on a loupé quelque chose" sur l'apprentissage de la laïcité aux jeunes générations.

"La majorité des intellectuels se couchent devant ceux qui s'élèvent en arbitres du bon goût et de la morale", déplore-t-il. "Pour échapper au monstre, on préfère lui donner à manger en espérant qu'il nous épargnera le moment venu", se désole le journaliste.

"Dire 'il ne faut pas stigmatiser' ou bien 'ce sont des loups solitaires', c'est ne pas reconnaître la réalité", juge-t-il.

Déplorant une influence des réseaux sociaux, qu'il juge néfastes, il soutient: "nous, on est là pour dire que le corps de l'autre est une réalité, sa vie une réalité".

Charlie Hebdo commémorera mardi 7 janvier l'attentat islamiste qui l'a décimé il y a dix ans. Un numéro spécial de 32 pages avec des caricatures sur Dieu sélectionnées dans le cadre d'un concours international lancé fin 2024 sortira pour l'occasion.

Juliette Desmonceaux