“Britney Spears est un pur produit de la société du spectacle, mais elle a été piégée par cette mécanique”

“Britney sans filtre”, série documentaire à voir sur Arte.tv, revient sur le destin heurté de la chanteuse pop, entre tourbillon médiatique et industrie vorace. Sa réalisatrice, Jeanne Burel, nous explique.

En 2016, aux MTV Music Video Awards, Madison Square Garden, New York.

En 2016, aux MTV Music Video Awards, Madison Square Garden, New York. Photo Brian Ach / WireImage

Par Cécile Marchand Ménard

Publié le 15 janvier 2025 à 15h03

«Je ne dors pas, je suis tellement en colère, je veux retrouver ma vie. » Entre les murs d’un tribunal de Los Angeles résonne la voix de Britney Spears. À l’extérieur, des centaines de fans célébreront bientôt la levée d’une tutelle jugée abusive qui dure depuis treize ans. En 2021, l’événement est relayé par les journaux télévisés du monde entier, partagé sur les réseaux sociaux et donne lieu à de nombreux documentaires plus ou moins heureux.

Quatre ans ont passé depuis cet épisode médiatique. Et c’est avec un recul bienvenu que Jeanne Burel s’attarde à son tour sur ce procès et la trajectoire de la princesse de la pop dans une série fascinante disponible sur Arte.tv. « En 2021, le monde découvrait l’ampleur de cette situation abusive, se souvient la documentariste. Deux ans plus tard, Britney Spears publiait ses Mémoires. À leur lecture, je me suis rendu compte qu’elle était bien plus lucide sur son histoire que nous aurions pu le penser. Je voulais rendre compte de cela. »

Dans La Femme en moi (éd. JC Lattès), la chanteuse décrit : « Je souriais poliment aux présentateurs qui mataient mes seins, pendant que les parents m’accusaient de corrompre leurs enfants et que mon père et ma mère me traitaient comme le diable. » Avec Britney sans filtre, Jeanne Burel propose une relecture de sa carrière à l’aune de ce témoignage édifiant. Ses débuts sur le petit écran avec le Mickey Mouse Club, son ascension à l’ère des clips, ses confrontations avec les paparazzis, omniprésents… « Sa carrière épouse l’avènement des nouveaux médias, souligne Jeanne Burel. Britney Spears est à la fois un pur produit de la société du spectacle des années 1990-2000 : elle a grandi devant la caméra, ses moindres faits et gestes sont scrutés, elle incarne une célébrité “proche de nous”. Et en même temps, elle a été piégée par cette mécanique qu’elle n’a pas anticipée. » D’innombrables images d’archives, habilement montées, illustrent ce maelström médiatique… et son effet sur la star.

« En tant que public, nous avons aussi une responsabilité dans la façon dont les choses ont tourné pour Britney, martèle par ailleurs la réalisatrice. Nous sommes une génération à avoir consommé ces images, sans toujours avoir adopté le recul critique nécessaire. » Elle-même, adolescente dans les années 2000, ne manque pas d’interroger le regard qu’elle posait à l’époque sur l’artiste, ainsi que celui de ses intervenantes et intervenants. « En 2007, moi aussi je pensais que Britney était devenue folle », lâche ainsi l’autrice Sandrine Galand. Comme elle, journalistes, blogueurs et sociologues mêlent dans cette série approche intellectuelle et affective, avec un ton singulier qui bouscule, éclaire, et permet, in fine, d’opérer un mea culpa collectif.

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