Adunni, adolescente élevée dans la campagne du Nigeria avec ses frères, aimerait devenir un jour institutrice. Mais ce rêve tourne court : sa mère, qui travaillait pour qu’elle puisse bénéficier d’une instruction à l’école, est décédée. Et son père a de tout autres projets pour elle, à commencer par un mariage forcé avec un homme qui a déjà deux épouses mais désespère d’avoir un fils. Abusée par ce mari qu’elle n’a pas choisi, Adunni puise son courage auprès de Khadija, sa précedesseure, mais un drame l’oblige à fuir le plus loin possible… Voici pour le début de La Fille qui ne voulait pas se taire, qui a touché pas moins de 500 000 lecteurs dans le monde depuis sa parution en anglais en 2020.
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« La Fille qui ne voulait pas se taire » raconte le pouvoir de l’éducation et de l’instruction
Dans ce texte souvent révoltant, on découvre la plume de la Britannique Abi Daré, elle-même originaire de Lagos au Nigeria où sa mère célibataire s’était battue pour lui offrir une éducation. « J’étais très jeune à l’époque et je ne comprenais pas, mais je me suis dit que ce devait être assez important pour que cette femme sacrifie tant, se souvenait-elle auprès du site Malala.org lancé par la militante Malala Yousafzai. Alors j’ai commencé à étudier, j’ai obtenu plusieurs diplômes et j’ai réalisé que l’instruction m’avait offert une voix. Elle m’a permis d’écrire le livre que vous lisez. » Roman féminin et féministe, il offre tout au long du récit plusieurs portraits de femmes, de tout âge et de tout horizon, et une question : peut-on prendre en main sa vie lorsque celle-ci semble déjà déterminée ?
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« La Fille qui ne voulait pas se taire », de la campagne aux beaux quartiers de Lagos
Si l’histoire d’Adunni, racontée à la première personne dans une langue parfois bancale, est bien sûr au cœur du livre, La Fille qui ne voulait pas se taire dépeint aussi un pays aux mille contradictions, légiférant pour protéger les petites filles qui continuent pourtant d’être mariées de force ou enrôlées comme esclaves dans les quartiers huppés de Lagos. Un pays, entre ultra-riches et ultra-pauvres, dans lequel les femmes sont des entrepreneuses de talent mais où le poids des traditions et superstitions, notamment autour de la maternité et de la fertilité, les emprisonnent et les briment toujours plus. Pourtant, on ressort de cette lecture avec beaucoup d’espoir grâce à quelques personnages secondaires lumineux, rappelant l’importance de la solidarité et de la sororité, et une jeune héroïne aussi maladroite que rebelle. Ce roman plus qu'émouvant est entre autres dédié aux propres filles d’Abi Daré.