Dans un rapport de 150 pages, publié lundi 27 janvier, la Cour des comptes passe au peigne fin la politique de l’État en faveur de l’égalité femmes hommes dans le monde scolaire et professionnel. L’institution pointe l’inefficacité des politiques publiques existantes.

© Alain Apaydin / ABACA
« Plus diplômées que les hommes, les femmes n’accèdent pourtant pas aux postes et aux métiers les mieux considérés et les plus rémunérateurs. » Cette déclaration, qui prend la forme d’un étonnant paradoxe, est l’une des conclusions mises au jour par la Cour des comptes dans son dernier rapport sur « les inégalités entre les femmes et les hommes, de l’école au marché du travail », publié le 27 janvier.
Avec la « massification de l’enseignement », de nombreuses femmes ont été amenées à poursuivre des études supérieures ces dernières décennies. Cela s’est traduit par une « élévation du niveau de diplôme » et une « féminisation croissante du marché du travail ». Or, si le taux d’activité des femmes se rapproche de celui des hommes, facilitant leur accès à des métiers de cadre et faisant d’elles les principales candidates aux professions intermédiaires, les inégalités se « résorbent trop lentement », estime la Cour des comptes.
Les stéréotypes de genre ont la dent dure
L’institution pointe le décalage entre « la stratégie interministérielle et les plans d’actions ministériels ». Certains programmes, jugés ambitieux, ont été abandonnés, à l’instar du plan « Toutes et tous égaux », lancé en 2023. Peu utilisés, les outils existants ne permettent pas de lutter efficacement contre les biais genrés qui affectent la recherche d’emploi des femmes, mais pas seulement. De nombreux stéréotypes pèsent encore largement sur la façon dont les filles abordent leur scolarité.
La réforme du baccalauréat général et technologique de 2018 a encore creusé l’écart entre filles et garçons. Les premières privilégient encore largement « les enseignements littéraires et les spécialités liées aux métiers du care » tandis que les seconds préfèrent les matières scientifiques. Le rapport appelle à une « plus grande mobilisation » des branches professionnelles, notamment au moment des stages pour « élargir les choix d’orientation et faciliter la découverte des métiers ». La Cour des comptes souligne que « la faible mixité des parcours scolaires, universitaires et des métiers est la source de profondes inégalités », notamment en termes de salaires.
À niveau de qualification équivalent, la concentration des emplois féminins dans certains secteurs s’accompagne d’une moindre reconnaissance salariale. Le rapport estime que le ministère du Travail doit « s’impliquer davantage » pour revaloriser les métiers majoritairement exercés par des femmes.
Des lois peu efficaces dans la lutte contre les inégalités
Plusieurs dispositifs mis en place par l’État sont jugés insuffisants. À commencer par l’index « égalité professionnelle ». Instauré en 2018, il ne concerne « qu’une faible part des salariés ». Pire, d’après la Cour des comptes, il « tend à invisibiliser les inégalités réelles entre femmes et hommes, et ne s’accompagne pas toujours de pratiques plus vertueuses en matière d’égalité professionnelle ».
Quant au système de sanctions et de pénalités, il reste peu appliqué, avec 120 pénalités infligées « seulement » entre 2021 et 2024. Même constat du côté des lois qui imposent des quotas aux entreprises. L’obligation de transparence, prévue par la loi Rixain de 2021 sur la représentation équilibrée dans les instances dirigeantes, n’est « pas encore respectée », pointe le rapport.
57 % des 1 194 entreprises assujetties avaient moins de 30 % de femmes parmi les cadres dirigeants en 2024. Un manque qui concerne aussi le secteur de l’éducation où depuis 2018, les établissements doivent compter un ou plusieurs référents égalité filles-garçons. Seuls 53 % d’entre eux indiquaient en avoir en 2020. Autant dire que les stéréotypes de genre à l’école et au travail semblent avoir encore de beaux jours devant eux.
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