Procès Le Scouarnec : "Les personnes qui ont su, qui n'ont rien dit, devront aussi en rendre compte", prévient La Voix de l'Enfant

Le procès du chirurgien Joël Le Scouarnec débute lundi 24 février pour viols et agressions sexuelles, essentiellement sur mineurs. Martine Brousse, présidente de l'association, déplore que la parole de l’enfant ne soit pas suffisamment écoutée dans ce genre d’affaires.
Article rédigé par franceinfo
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Martine Brousse, présidente de "La Voix de l'Enfant" (OLIVIER BLIN / MAXPPP)
Martine Brousse, présidente de "La Voix de l'Enfant" (OLIVIER BLIN / MAXPPP)

"Les personnes qui ont su, qui n'ont rien dit, devront aussi en rendre compte", estime lundi 24 février sur franceinfo Martine Brousse, présidente de La Voix de l'Enfant. C'est l'une des associations partie civile au procès du chirurgien Joël Le Scouarnec. Le septuagénaire, dont le jugement commence lundi à Vannes, est accusé d'avoir abusé et agressé sexuellement 299 patients, presque tous mineurs, dans différents hôpitaux, entre 1989 et 2014.

299 victimes, 65 avocats, 75 jours d’audience, c’est un procès hors norme. La capacité d’accueil de la salle d’audience du tribunal étant trop faible, l’ancienne université de droit a été mobilisée pour faciliter la diffusion des débats pour les victimes et les médias. "Il ne va donc jamais se confronter à ces 300 victimes. C'est sans doute aussi un point qui nous interpelle à la Voix de l'Enfant", regrette-t-elle.

franceinfo : Dans quel état d’esprit êtes-vous avant ce procès ?

Martine Brousse : Ce procès est inimaginable parce que nous allons avoir une personne et pratiquement 300 victimes. Des années où il a pu pratiquer sans que personne ne l'arrête. Il n'est pas passé entre les mailles du filet. Beaucoup n'ont pas voulu savoir, beaucoup n'ont pas voulu dire. Ce procès va nous permettre une fois de plus, malheureusement, de pointer tous les dysfonctionnements qui font que nous avons 300 victimes aujourd'hui, si ce n'est plus. On a l'impression de toucher le fond avec ce procès. Ce qui va être difficile pour nous aussi, c'est de nous dire que cet homme ne va pas être face à ces 300 victimes. Il y aura une salle d'audience et puis il y aurait une salle des victimes. Il ne va donc jamais se confronter à ces 300 victimes. C'est sans doute aussi un point qui nous interpelle à la Voix de l'Enfant.

Certains parlent également d'une impunité tacite pour Joël Le Scouarnec, du fait de son statut de médecin, faisant passer parfois certaines agressions pour des gestes médicaux, c'est ça qui choque également ?

Tout est choquant dans cette affaire. En effet, c’est un notable, c'est un médecin. Il était si bien cet homme ! Ce qui est dramatique, c'est qu'il avait déjà été reconnu comme coupable et que des institutions comme un hôpital le savaient et l'ont pris comme médecin dans leur structure. S’il avait pu être stoppé, on aurait sans doute beaucoup, beaucoup, moins de victimes. Certes, il faut qu'il soit jugé. Mais, La Voix de l'Enfant a déposé une plainte contre X. Nous allons voir pendant ce procès où sont les autres responsabilités. C’est lui le coupable, c'est lui l'auteur, mais il aurait pu être arrêté avant. Les institutions, les personnes qui ont su, qui n'ont rien dit, devront aussi en rendre compte.

Quelle leçon tirez-vous de cette affaire ?

Il y a une leçon à laquelle nous tenons beaucoup à La Voix de l'Enfant, c'est la parole de l'enfant, c'est le repérage. Les enfants parlent. Arrêtons de dire que les enfants mentent, que leur parole n'est pas crédible. Il faut maintenant que le doute profite à l'enfant, ce qui n'est pas le cas. J'ai entendu encore il y a quelques jours, "c'est parole contre parole". Non, la parole, ce n'est pas David contre Goliath, ce n'est plus tolérable. Nous avons l'affaire Bétharram, nous avons l'affaire Le Scouarnec et combien d'autres avec elles au quotidien que nous recevons à La Voix de l'Enfant et dans nos associations. Ce n'est pas acceptable que l'on continue à entendre que la parole de l'enfant n'est pas crédible. L'enfant dit la vérité parce qu'il dit sa souffrance et c'est aux adultes d'aller chercher les causes de cette souffrance. Mettons-nous à hauteur d'enfant et que le doute profite à l'enfant.

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