Témoignages Affaire Bétharram : "Cheval", ce surveillant décrit comme un "tortionnaire, cruel et pervers" par d'anciens élèves

Article rédigé par Gaële Joly
Radio France
Publié
Temps de lecture : 5min
L'établissement scolaire catholique Notre-Dame-de-Bétharram, à Lestelle-Bétharram (Pyrénées-Atlantiques), le 13 mars 2024. (LILIAN CAZABET / HANS LUCAS via AFP)
L'établissement scolaire catholique Notre-Dame-de-Bétharram, à Lestelle-Bétharram (Pyrénées-Atlantiques), le 13 mars 2024. (LILIAN CAZABET / HANS LUCAS via AFP)
Un surveillant de l'établissement Notre-Dame de Bétharram, dans les Pyrénées-Atlantiques, est visé par 74 plaintes pour viol, agressions sexuelles, et violences sur mineur. Entendu par les enquêteurs lors d'une garde à vue, il est ressorti libre en raison de la prescription.

Pour la première fois, des victimes de Bétharram et le procureur de Pau vont se rencontrer, jeudi 27 février. Le magistrat avait lancé une centaine d'invitations. L'objectif est d'expliquer la procédure et notamment la notion de prescription au cœur de l'affaire. 

Parmi les trois hommes placés en garde à vue la semaine dernière, l'un d'eux est visé par 74 plaintes pour viol, agressions sexuelles, et violences sur mineur. Septuagénaire, l'homme est ressorti libre, car tous les faits sont prescrits, ce qui a suscité la colère des victimes. franceinfo a récolté les témoignages de plusieurs d'entre eux.

La punition du "perron"

Eric, un ancien élève de Bétharram, ne sait plus si c'est à cause de son visage allongé, sa mâchoire forte ou sa grosse chevalière qu'il retournait à l'intérieur de sa main quand il cognait, que les élèves le surnommaient ainsi. Damien S., alias "Cheval", a 23 ans quand il débarque à Bétharram comme surveillant en 1978. "Un véritable tortionnaire, un sadique, cruel, vicieux, pervers, un barbare déguisé en jeune homme de bonne famille, avec sa veste Yves Saint-Laurent et ses petites lunettes cerclées de métal doré", se souvient Eric.

"On pouvait avoir deux baffes, cinq baffes, des grosses dérouillées."

Eric, ancien élève de Notre-Dame de Bétharram

franceinfo

Il avait 12 ans quand il a reçu les premiers coups. Eric, comme bon nombre d'anciens élèves, n'a pas oublié la punition "du perron", "la spécialité de Cheval" : "Je me retrouve debout en pyjama, dehors, au perron pendant trois heures environ, après avoir chuchoté dans le dortoir. 'Cheval' arrive vers une heure du matin, il me fait mettre à genoux et, comme d'habitude, tourne autour de moi environ une minute - c'est long - m'ordonnant de pencher la tête en avant", se souvient-il.

La punition de "l'ascenseur"

"Les yeux en coin, je vois son pantalon tendu au niveau de son sexe. Je ne fais pas le lien entre sa violence et l'excitation sexuelle qu'il doit ressentir. Il m'ordonne de demander pardon. Ce que je fais. Il retourne sa chevalière de l'autre côté afin que cela fasse bien mal lors de la frappe. Il m'envoie immédiatement une seule et très forte baffe. On peut plutôt appeler cela une beigne. Il me renvoie aussitôt dans mon lit. Je suis soulagé. Je m'endors rapidement. Je sais que je suis tranquille pour quelques semaines ou mois", rapporte Eric.

"'Cheval' ne cesse de changer de victime, il en a plein à sa disposition."

Eric, ancien élève de Notre-Dame de Bétharram

à franceinfo

Hugues avait 15 ans quand il a croisé la route de Damien S. à Bétharram. Le jeune élève a subi la punition de "l'ascenseur". "Il nous faisait venir à son bureau. Il nous prenait par les petits cheveux, au-dessus de vos oreilles, tempe droite et tempe gauche. Il vous soulevait pour être sur la pointe des pieds et lorsqu'il vous relâchait, il en profitait pour vous donner deux claques en même temps. Donc, c'était violent", raconte-t-il. Hugues, comme Eric, ont porté plainte comme 53 autres pour violences volontaires sur mineur contre Damien S.

"Il me caressait, se frottait à moi"

D'après les nombreux témoignages récoltés, il apparaît qu'au fil des années, le surveillant est devenu de plus en plus violent, et de plus en plus pervers, notamment quand il est nommé préfet au sein de l'établissement, et qu'il obtient son propre bureau.

Alexandre n'avait que huit ans en 1987 quand il est entré à l'école primaire de Bétharram. Très vite, son quotidien se transforme en cauchemar, quand il est agressé sexuellement par "Cheval". "Dans son bureau, il me demandait de s'asseoir sur ses genoux et il me caressait, se frottait à moi. C'est arrivé plusieurs fois et j'avais très peur, mais il était discret". Alexandre, le bon élève, n'arrive plus à se concentrer et ses notes dégringolent. Il a aussi porté plainte pour agression sexuelle comme 17 autres. Une victime accuse également Damien. S de viol.

"Je suis rentré à Bétharram, j'avais 16 de moyenne. Quand j'en suis sorti, j'ai fini en centre de rééducation. On a vite fait le lien. Ils ont foutu ma vie en l'air, surtout 'Cheval'."

Alexandre, ancien élève de Notre-Dame de Bétharram

à franceinfo

"Cheval" a été licencié de Bétharram en 1989. On perd sa trace pendant des années, mais en 1997, il est nommé conseiller d'éducation à Orléans, au lycée Saint-Paul Bourdon Blanc, jusqu'en 2005, puis comme directeur adjoint du collège Léon-XIII, à Châteauroux, jusqu'en 2018.

Dans un courrier que franceinfo a pu consulter, et diffusé lundi 24 février, la direction de l'enseignement catholique Orléans-Bourges a lancé un appel à témoignage : "Tout doit être mis en œuvre, pour que la parole soit libérée, la lumière soit faite, dans une coopération sans réserve, sans restriction, avec les autorités publiques compétentes".

Damien S. a été entendu par les enquêteurs en garde à vue la semaine dernière. Il a admis avoir pu porter des gifles à certains élèves de Bétharram dans le cadre de corrections. Mais il a contesté tout le reste. 

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