Interview Daniel Baal, président du Crédit Mutuel : « Nous serons au rendez-vous de l’effort d’armement »
Dans un contexte de crise du logement, de défaillances d’entreprises, d’instabilité politique, d’incertitude budgétaire et de guerre en Ukraine, le président du Crédit Mutuel confirme la bonne santé de l'entreprise et sa place de troisième groupe bancaire français tout en poursuivant son plan de réorganisation d’agences, sans toucher à ses 87 000 emplois en France et en Allemagne où le groupe réalise 11 % de son activité.
Près de 1 200 milliards d’épargne - en progression de 4,2 % - et 4,5 milliards d’euros de résultat net pour le Crédit Mutuel. Ce sont des résultats qui pourraient surprendre pour une année 2024 qui a été pourtant atone ?
« C’est un bon résultat dans un contexte économique et politique compliqué, d’autant que l’activité du Crédit Mutuel est très largement une activité orientée sur la banque de détail en France. Nous restons les champions français de l’efficacité opérationnelle avec le meilleur coefficient d’exploitation qui est le rapport entre les charges et les revenus. »
En matière de prêt immobilier, vous avez supprimé le questionnaire de santé. Quel impact sur vos résultats ?
« 20 millions d’euros, c’est ce que ça nous a coûté sur 2024 mais en même temps, nous assumons pleinement ce choix volontaire qu’on a fait de rendre l’accès au crédit possible pour les malades et les anciens malades. Nous estimons que c’est une mesure qui peut nous coûter jusqu’à 70 millions par an. »
Vos bons résultats vous ont aussi permis de mettre en œuvre un dividende sociétal. Combien et à qui redistribuez-vous ?
« 600 millions d’euros y sont consacrés. En premier lieu, à hauteur de la moitié de cette enveloppe, nous investissons en fonds propres sur des sociétés qui ont des projets à fort impact climatique. C’est ainsi que nous avons financé la forêt Dambach en Alsace et la forêt d’Amboise dans le centre de la France. On investit pour que la forêt soit exploitée dans des conditions qui permettent de développer le puits de carbone et de travailler au mieux la biodiversité. En second lieu, ce sont nos clients qui en bénéficient à travers la suppression du questionnaire de santé dont nous parlions, le prêt à 0 % que nous accordons aux personnes qui achètent un vélo, le prêt à 0 % sur 10 ans pour les étudiants ou encore le pack que nous proposons aux associations comprenant un outil qui leur permet d’encaisser leurs cotisations auprès de leurs membres gratuitement, plus l’assurance responsabilité civile du dirigeant… »
Et le reste ?
« En troisième lieu, nous versons 82 millions d’euros sous forme de mécénat de terrain via nos caisses de Crédit Mutuel et via la Fondation Crédit Mutuel Alliance fédérale auprès de grandes ONG, comme les Restos du cœur, la Banque alimentaire, la Croix Rouge… »
« Le modèle coopératif et mutualiste est une force pour nous »
Face à BNP ou SG, le modèle mutualiste ne vous bride-t-il pas dans votre développement présent et futur, ne serez-vous pas tenté de l’abandonner ?
« Non, le modèle coopératif et mutualiste, au contraire, est une force pour nous. Il nous donne la possibilité de faire ''autrement''. BNP Paribas a quand même une contrainte, qu’il veuille ou non : celle de dégager du résultat parce que le cours de bourse est un élément important. Nous, on n’a pas cette contrainte et on a fait des choix de la performance et du partage de la valeur avec nos sociétaires. À nos yeux, c’est un modèle d’affaires vertueux qui a une conséquence également sur notre image. L’image d’une entreprise, on ne s’en occupe généralement que lorsqu’il y a des problèmes. Nous, au contraire, on la travaille. »
Vous permet-elle de recruter moins difficilement des collaborateurs dans un secteur qui compte beaucoup de métiers en tension ?
« Oui, cette image a un effet sur le plan du recrutement de collaborateurs et notamment ceux en tension comme les métiers du contrôle de la conformité, tous les métiers spécialisés dans le réseau, conseiller patrimonial, conseiller agricole, conseiller professionnel. »
« Je pense que créer un livret spécifique pour la défense n’a pas vraiment de sens »
Dans le contexte ukrainien, puiser des milliards dans l’épargne des Français vous semble-t-il une bonne idée pour financer l’effort de guerre ?
« Je pense que créer un livret spécifique pour la défense n’a pas vraiment de sens. Si on prend une partie du livret A [la baisse récente de rémunération du livret A conforte les résultats du Crédit Mutuel à hauteur de 120 millions d’euros, NDLR], ça veut dire qu’on mettra moins sur le logement. Est-ce le choix à faire aujourd’hui de réduire le financement du logement quand on sait le besoin que l’on a en logement actuellement ? Faisons confiance aux investisseurs et aux banques. Une partie des portefeuilles en assurance vie pourrait être aussi apportée à l’industrie de l’armement. »
Si on fait appel au Crédit Mutuel pour financer cet effort d’armement, vous serez au rendez-vous ?
« Bien entendu qu’on sera au rendez-vous, comme on l’a été pendant le Covid et après le Covid pour financer la relance. On n’a pas d‘état d’âme par rapport à ça, c’est notre responsabilité de le faire et je pense que les outils dont on dispose aujourd’hui permettent de le faire. »
Crédit Mutuel Alliance fédérale est l'actionnaire du groupe EBRA auquel appartient votre journal.