Alors que le régime algérien fait fi des droits de la défense, l’avocat de l’écrivain, Me François Zimeray, a décidé de passer à l’offensive. Et annonce saisir les Nations Unies contre l’Algérie. Révélations.
Près de quatre mois après son arrestation, Boualem Sansal est toujours détenu par le gouvernement d’Abdelmadjid Tebboune, sans accès à son avocat Maître François Zimeray. Pire, des émissaires du régime d’Alger lui ont vivement conseillé il y a quelques semaines de changer d’avocat français au profit d’un conseil « non juif », comme vous le révélait Marianne.
Dans la foulée, le bâtonnier d’Alger, au mépris de toutes les procédures, affirmait dans un entretien au journal El Watan que le romancier âgé de 80 ans avait déconstitué tous ses avocats, algériens comme français, souhaitant « se défendre seul ». À ce jour, Me François Zimeray n’a reçu aucune révocation de la part son client. Et si tel était le cas, quelle valeur aurait le document dans ces circonstances ?
Un régime autoritaire
La défense française passe donc à la vitesse supérieure. Me François Zimeray a annoncé ce mardi 11 mars saisir plusieurs instances de l’ONU. « Je fais le constat d’une défense impossible, déplore-t-il. Or, sans défense, pas de procès équitable. La détention est donc arbitraire. »
À LIRE AUSSI : Maître François Zimeray : "J’ai bien l’intention de continuer à défendre Boualem Sansal"
Le conseil de Boualem Sansal souligne qu’il s’est toujours inscrit « dans le respect des procédures algériennes ». Sans obtenir la réciprocité. « J’ai attendu de longs mois le visa me permettant de visiter mon client, mes demandes sont restées lettre morte, il n’y a pas eu la correction d’une réponse. » À cela s’ajoute une campagne médiatique violente en Algérie, marquée par l’antisémitisme « sans aucune réaction des autorités algériennes », souligne Me François Zimeray.
« Je saisis donc les procédures spéciales de l’ONU : d’une part, le rapporteur spécial sur l’indépendance des juges et des avocats puisqu'il n’y a pas d’indépendance dans un pays où le président se permet d’insulter le prévenu en le traitant d’imposteur, au mépris de la présomption d’innocence et de la séparation des pouvoirs ; d’autre part, le commissaire des droits de l’homme qui comprend un groupe de travail sur la détention arbitraire », annonce l’ancien diplomate. Celui-ci peut compter sur le soutien de l’Union internationale des avocats ainsi que du bâtonnier de Paris.
Quels effets peuvent avoir ces procédures spéciales ? Si Alger ne sera pas contraint juridiquement, ce type de saisine peut porter atteinte à la réputation de l’État mis en cause. De quoi contrarier un pays souhaitant soigner son image sur la scène internationale et se distinguer des États adverses. D’autant que depuis cette année, l’Algérie est membre élu par l'Assemblée générale pour un mandat de deux ans au sein du Conseil de sécurité des Nations unies.