La direction de la giga-factory Tesla près de Berlin s’affranchit du droit du travail en coupant dans les revenus de ses salariés malades, jusqu’à les pousser à un départ sans indemnités. L’oligarque états-unien, Elon Musk, atteint ainsi, et cette fois en Europe, un nouveau stade suprême de la dérégulation sociale.

© Soeren Stache/ZUMA-REA
La direction de la giga factory Tesla de Grünheide près de Berlin défraye la chronique outre-Rhin en pratiquant des coupes dans la rémunération des travailleurs en congés maladie. Le groupe d’automobiles électriques d’Elon Musk rajoute ainsi un nouveau degré d’arbitraire dans une usine où la dérégulation sociale a déjà été poussée au maximum.
Inaugurée il y a 3 ans l’usine de 11 000 salariés qui fabrique le SUV Y du constructeur destiné au marché européen, s’est affranchie, dès son démarrage, du modèle social allemand et singulièrement de ses références dans l’ensemble du secteur métallurgique et automobile du pays.
Pour y parvenir l’oligarque états-unien a bénéficié de la complicité des autorités fédérales et du Land de Brandebourg, en vertu d’une très grande coalition rassemblant CDU, libéraux SPD et Verts. En même temps qu’elles lui ont déroulé le tapis rouge celles-ci ont accepté en effet toutes ses conditions d’installation.
À Grünheide, pas de syndicat ni de convention collective
Résultat : l’entreprise a pu s’affranchir de toutes les règles sociales locales pour fonctionner selon les critères du capitalisme états-unien le plus autoritaire et libertarien. À Grünheide, pas de syndicat, pas de convention collective et donc pas de 35 heures, comme c’est la norme, depuis les grandes luttes orchestrées par les travailleurs de la métallurgie au milieu des années 1990.
Comme une cerise sur ce gâteau anti-social qui permet à l’entreprise de fonctionner avec des « frais » de personnel, environ 30 % inférieurs à ceux du groupe Volkswagen, la direction de Tesla Grünheide a fait signer aux travailleurs recrutés, il y a 3 ans, des contrats à durée indéterminée très particuliers. Ces « Aufhebungs Verträge » sont en effet dérogatoires du droit social. C’est cette disposition qui permet aujourd’hui à la direction de réduire, voire de supprimer la rémunération de salariés en congés maladie.
Le syndicat allemand IG Metall, absent de l’entreprise mais qui a pu établir un contact minimal avec ses salariés en s’installant dans un abri de fortune sur le quai de la gare de SBahn (le RER local) qu’ils empruntent chaque jour, proteste et affirme que la multinationale de Musk remet en question rétroactivement les certificats médicaux des travailleurs, leur demande de divulguer leurs diagnostics et de lever le secret médical.
La direction se dit confrontée à un niveau bien trop élevé d’absentéisme. Il atteindrait jusqu’à 17 % de la masse salariale. Mais cet état de fait traduit avant tout les très mauvaises conditions de travail qui règnent dans l’usine. Pis, précise le syndicat : la direction met les salariés sous pression, en invoquant leurs « dettes » dues au titre d’une prétendue « surrémunération », les incitant dès lors à signer une rupture conventionnelle de leur contrat opportunément « dérogatoire ». Ce qui la dispense de verser la moindre indemnité aux salariés contraints de quitter ainsi l’entreprise.
Dans une période où le chiffre d’affaires européen du groupe a tendance à se réduire comme peau de chagrin, la méthode suscite les plus fortes inquiétudes du côté d’IG Metall. Car elle pourrait constituer le prélude à des licenciements de masse, à bon compte, sur le dos des nombreux salariés qui ont signé, il y a 3 ans, des contrats d’embauche… « dérogatoires. »
Le média que les milliardaires ne peuvent pas s’acheter
Nous ne sommes financés par aucun milliardaire. Et nous en sommes fiers ! Mais nous sommes confrontés à des défis financiers constants. Soutenez-nous ! Votre don sera défiscalisé : donner 5€ vous reviendra à 1.65€. Le prix d’un café.
Je veux en savoir plus !