Un lanceur d’alerte agricole assassiné en Corse
Secrétaire général de Via Campagnola, Pierre Alessandri a été tué d’une balle dans le dos lundi en Corse. Il dénonçait les dérives mafieuses liées au versement des aides européennes.
Lâchement assassiné. Une balle dans le dos. Et pas de revendication. Pierre Alessandri a trouvé la mort lundi en Corse. Installé à Sarrola-Carcopino dans le sud de l’île depuis 1993, le secrétaire général de Via Campagnola, membre de la Confédération paysanne se savait menacé. « C’est la raison pour laquelle, le choix avait été fait de ne pas l’inscrire sur la liste lors des dernières élections aux chambres d’agriculture », explique encore sous le coup de l’émotion Laurence Marandola, porte-parole de la Confédération paysanne qui se rendra aujourd’hui à ses obsèques en Corse.
Si rien ne permet à ce jour de faire le lien entre les prises de position de ce producteur d’huiles essentielles et sa mort, ses amis s’interrogent. « Il avait dénoncé le déclassement de terres agricoles fait au profit de projets immobiliers et critiqué les dérives observées dans le versement des aides de la Politique agricole commune », rappelle la porte-parole de la Confédération paysanne.
Un sujet explosif
Un courage et une honnêteté qui dérangeaient. Dans l’île, le sujet est explosif comme le souligne un rapport de la Cour des comptes rendu public le 10 février et consacré à la gestion des deux chambres d’agriculture de l’île entre 2017 et 2024. Les magistrats y rappellent les condamnations pénales des derniers présidents de la Chambre d’agriculture et de la Safer de Haute-Corse. Le premier pour « escroquerie faite au préjudice d’une personne publique », le second pour « prise illégale d’intérêts dans le cadre d’un rachat de parcelles ».
La Cour des comptes pointe de multiples dysfonctionnements. Toujours dans le cadre des aides européennes versées à l’agriculture, l’association Anticor avait déposé plainte en 2016 auprès de l’Office européen antifraude (Olaf). Pierre Alessandri se réjouissait des contrôles réalisés dans le cadre de cette enquête.
Accusés d’avoir artificiellement augmenté les aides PAC, deux hauts fonctionnaires français seront d’ailleurs bientôt jugés pour « détournement de fonds publics ».