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La mode est-elle en train de tuer la planète ?

Des ouvrières d'une usine textile au Vietnam, dont les doudounes sont destinées principalement aux marchés occidentaux.
ILO Asia-Pacific
Des ouvrières d'une usine textile au Vietnam, dont les doudounes sont destinées principalement aux marchés occidentaux.

La mode est-elle en train de tuer la planète ?

Climat et environnement

C'est en tout cas l'alerte lancée, jeudi, par le Secrétaire général de l’ONU, qui a qualifié le secteur de « partie émergée d’un iceberg toxique ».

Depuis la tribune de l'Assemblée générale, au siège des Nations Unies à New York, António Guterres a déploré l'impact environnemental désastreux du secteur textile.

« Si nous n’accélérons pas l’action, s’habiller à la mode pourrait tuer la planète », a-t-il prévenu, pointant du doigt une industrie dont les pratiques menacent la biodiversité, épuisent les ressources naturelles et aggravent le dérèglement climatique. Chaque seconde, l’équivalent d’un camion-poubelle de vêtements est incinéré ou mis en décharge. « Les vêtements sont produits et jetés à un rythme effréné, poussés par des modèles économiques privilégiant la nouveauté, la rapidité et le caractère jetable ».

Le discours du chef de l’ONU s’inscrivait dans le cadre des célébrations de la Journée internationale du zéro déchet, qui tombe chaque année le 30 mars. Adoptée par l'Assemblée générale des Nations Unies en 2022, elle vise à promouvoir des modes de production et de consommation responsables pour faire en sorte d’éviter tout gaspillage de matériaux et de ressources.

L’édition 2025 de la journée était placée sous le thème « Vers le zéro déchet dans la mode et le textile », afin de mettre en lumière les défis environnementaux engendrés par le modèle économique du secteur, qui favorise la surproduction et la surconsommation. 

215.000 milliards de litres d'eau utilisés

On estime en effet que le secteur textile est responsable chaque année de 2 à 8 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, de l'utilisation de 215.000 milliards de litres d'eau - l'équivalent de 86 millions de piscines olympiques - et de 9 % de la pollution annuelle des océans par les microplastiques.

Mais le problème dépasse largement le seul secteur de la mode. Chaque année, l'humanité génère plus de deux milliards de tonnes de déchets. 

« Si l’on entassait tout cela dans des conteneurs maritimes empilés bout à bout, ils s’étendraient sur l’équivalent d’un aller-retour vers la lune », a souligné M. Guterres durant l’événement, qui était organisé par le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) et ONU-Habitat - l'agence onusienne chargée du développement urbain durable - en collaboration avec la Turquie et la Fondation Zéro Déchet.

Conséquences pour les plus vulnérables

Ce sont souvent les populations les plus vulnérables qui en subissent les conséquences. « Plus d’un milliard de personnes vivent dans des bidonvilles et des quartiers urbains informels, où la gestion des déchets est inexistante et où les maladies sont endémiques », a souligné M. Guterres.

Face à cette situation, le Secrétaire général a appelé à une transformation en profondeur de nos modes de production et de consommation. Il a salué les initiatives naissantes, citant la montée des marchés de la revente et l’engagement de certaines entreprises en faveur de l'économie circulaire, qui consiste à produire des biens de manière durable en limitant la consommation et le gaspillage des ressources et la production des déchets. 

Mais il a également exhorté les gouvernements à renforcer leur régulation et à conclure sans délai un traité juridiquement contraignant contre la pollution plastique, attendu pour août 2024. « La lutte contre le gaspillage nous concerne tous », a-t-il insisté, appelant citoyens, industriels et décideurs à agir de concert.