Les câbles d’Internet utilisés pour détecter les séismes sous-marins

Des chercheurs ont installés des rayons lasers dans les câbles sous-marins pour détecter un plus grand nombre d’activités sismiques.
Les câbles d'Internet utilisés pour détecter les séismes sous-marins

Internet est mort, nous dit-on, mais le « Trinet » continue d’exploiter les 240 câbles sous-marins qui connectent le web sur des dizaines de milliers de kilomètres à travers les océans. Une véritable toile de câbles qui recouvrent la planète et pourraient constituer une occasion unique d’en mesurer les tremblements. C’est l’ambition de chercheurs de plusieurs laboratoires européens, qui proposent d’utiliser ces tuyaux pour récolter des données sur les activités sismiques subaquatiques.

Les câbles optiques qui font l’Internet « physique » ne se contentent plus de relayer nos contenus pornos et vidéos de chats. Ils sont maintenant aussi un moyen de nous aider à mieux connaître ce qu’il se passe en dessous des fonds marins les plus abyssaux. Dans un rapport publié le 14 juin dans la revue Science, douze chercheurs proposent en effet d’utiliser les câbles de télécommunication qui quadrillent déjà nos océans pour repérer les tremblements de terre. 

L’enjeu est de taille car si les sismographes couvrent largement la partie immergée de la planète, les 70 % de la surface terrestre restants sont des environnements difficiles d’accès pour la recherche scientifique. Et c’est autant de tremblements de terre qui restent non-détectés. 

L’intérieur d’un câble renferme plusieurs fibres optiques. Les détails sont expliqués ici.

Le principe exposé par les chercheurs est simple : on installe un laser à un bout de la fibre optique et on en réceptionne les mouvements à l’autre bout du câble sous-marin. Si un séisme ébranle le câble, le rayon laser qui le traverse est perturbé. Ce mouvement est perceptible depuis le bout du cable, et on peut alors mesurer la puissance du tremblement de terre selon la différence d’agitation des deux bouts du laser.

Des secousses japonaises dans un câble britannique

En plus de mesurer l’intensité macrosismique des séismes, ce dispositif permet de définir leur point d’origine. Pour l’instant, la plus longue distance géographique mesurée séparant un cable de l’épicentre du séisme est de 18 500 kilomètres. Le rapport cite l’exemple d’un câble italien ayant détecté un séisme de magnitude 7,3 provenant de la frontière iraqo-iranienne, ou encore un câble de 79 kilomètres du sud du Royaume-Uni ayant localisé des secousses originaires de Nouvelle-Zélande et du Japon.

Par ailleurs, les chercheurs affirment que cette technologie est capable de détecter plus rapidement les tsunamis et de permettre une évacuation des populations en danger plus en amont.

Carte des câbles optiques sous-marins / Crédit : Google Fusion Tables

Cette technique a été expérimentée sur des câbles optiques terrestres et d’autres sous-marins mais, pour l’heure, la longueur des réseaux sur lesquels les rayons lasers ont été placés n’a pas dépacé les 535 kilomètres. La prochaine étape sera de tester cette technologie sur des câbles traversant les océans, avec l’ambition de développer ce réseau sur une bonne partie des centaines de milliers de kilomètres de câble qui sillonnent les fonds marins.

Une perspective qui, à l’inverse des enjeux géo-politico-économiques qui entourent l’Internet voyageant aussi au coeur de ces câbles, devrait faire consensus. Jusqu’à ce que les GAFA se prennent aussi de passion pour la sismologie ?

 

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Image à la une : Maintenance d’un câble sous-marin dans le Pacifique par l’armée américaine. (cc) Official US Navy Page / Flickr