Xavier Alberti

Par Xavier Alberti

Le crépuscule des partis

Par Xavier Alberti

 

La République moribonde a la chance rare de pouvoir regarder ses assassins dans les yeux, unis par la même ambition destructrice, solidaires dans leur médiocrité, égaux dans la malhonnêteté, rassemblés dans l'opacité, verrouillés par la même hypocrisie, les partis politiques achèvent quotidiennement de souiller ce qu'il reste de gravé au fronton des mairies.

 

De scrutins internes en comptes de campagnes, de fausses élections en fausses factures, les partis affichent mois après mois leur véritable nature, celle d'organisations structurées pour « servir » leurs dirigeants et assurer la permanence de leurs postes, fonctions ou mandats et donc de leurs revenus.

 

Même le Parti Radical, honorable institution centenaire a fini par rendre l'âme sur l'autel d'une élection interne qui a tourné à la soupe à la magouille pour finalement porter à sa tête la voix moyenne de la voie médiane.

 

A bien y regarder la quasi totalité des processus portés par les formations politiques est entachée d'irrégularités, de fraudes comptables ou juridiques, d'enrichissements suspects ou coupables, d'élections volées, de bulletins manquants, et de finalement tout ce qui marque la déchéance tangible d'un modèle qui porte en lui le germe de sa dégénérescence.

 

Ainsi vont les partis politiques qui se sont construits sur ce mensonge de devoir servir quelques-uns pour être utiles à tous. Au final, dédiés à leur propre aristocratie, ils servent des ambitions, sans jamais s'intéresser à la seule qu'ils devraient chérir, celle de la France.

 

Les partis politiques et le régime que leur existence induit, sont à l'origine même de ce qui a profondément dévoyé le principe républicain en professionnalisant ce qui jamais n'aurait dû l'être: la représentation, qu'elle soit locale ou nationale.

 

Loin de concourir à l'expression du suffrage universel, ils ont participé activement à la confiscation de la parole légitime et de l'entrée dans la carrière pour finir par les sanctuariser et finalement les embaumer.

 

Structures endogames et fermées, les partis politiques ont fini par se donner aux plus rusés, aux plus désinhibés et finalement aux tenants de cette élite formée de ceux qui compensent de n’être bons à rien par être prêts à tout. 

 

Parfaitement huilée, la machine partisane a même réussi à faire main basse sur la démocratie en proposant au bon peuple fasciné par les jeux et le cirque, un nouveau simulacre à la mode, alpha et omega de l’unité partisane : les primaires. Tout est pourtant dans le nom…

 

Au final, les primaires ne sont rien d’autre qu’un processus de confinement, interdisant l’émergence d’une autre voix, et qui débouche inéluctablement sur celle du compromis et de l’eau tiède.

 

C’est aussi probablement pour cela que leur défaite n'est pas que morale, mais avant tout intellectuelle. Totalement hypnotisés par la conquête du pouvoir, ils sont parfaitement incapables de penser le monde et de poser une vision sur l'avenir. Au lieu de ça, les partis dans leur ensemble ont patiemment creusé la tombe du modèle français en se servant de leurs deux outils préférés, la posture idéologique et le renoncement, jusqu'à les ériger en mode de gouvernement.

 

Architectes de la société dans sa forme pyramidale, les partis politiques sont voués à disparaître car incapables de remettre en question leur fonctionnement vertical. A l’heure de la transversalité et de la remise à plat des rapports sociaux, il est probable que le temps de la désintermédiation en politique soit enfin venue et qu’elle bouleverse durablement la façon de « faire de la politique ».

 

Car l'avenir appartient à l'idée et à son incarnation. Leurs terrains de jeu s'appellent l'entreprise, l'association, internet, la rue, l’immeuble, le quartier… Quant au niveau national, l’avenir immédiat s’inscrit probablement dans le sillon impératif d’un mandat sans droit à la réélection et sans possibilité d’y faire autre chose que ce pourquoi on y a été porté.

 

Ainsi de nouvelles méthodes de diffusion et de partage des idées et de leur mise en pratique doivent émerger et s’installer dans notre paysage :

 

- Des plateformes collaboratives d’idées qui transcendent les clivages politiques traditionnels et par lesquelles les citoyens prennent la parole sans plus attendre que les clercs légitimes ne la leur prêtent ;

 

- Des financements portés par le crowdfunding sans logique d’adhésion et d’encartage ;

 

- La mise en place d’un « congé individuel politique » dans l’entreprise pour offrir aux salariés la possibilité de devenir un acteur engagé le temps d’un mandat

 

- Et l’application stricte du non cumul des mandats et de leur non renouvellement.

 

Cette évolution passe enfin et avant tout par une prise de conscience politique neuve qui doit renvoyer chacun de nous à sa propre responsabilité d’acteur dans un monde ou la critique assise est devenue la posture dominante.

 

Le crépuscule des partis politiques n’est que le reflet d’une société qui avait abandonné sa souveraineté à un système qui ne lui ressemble pas et qui tarde à lui reprendre le pouvoir.

 

Il y a quelques jours, Paul Jorion a mis en exergue sur son site cette phrase tirée d’un entretien que l’historien Zeev Sternhell a accordé au Monde à propos de Gaza. Ses mots résonnent bien au delà de ses frontières :

 

« Personne aujourd’hui n’a la solution et c’est un drame. Nous n’avons pas d’élite politique, pas de leadership. La politique n’attire pas les gens bien. C’est dû en partie au système politique, en partie au fait que les gens qui se présentent aux primaires dépendent des apparatchiks du parti et que le monde offre tellement de possibilités pour les talents de s’exprimer différemment… »

 

Il est temps que cela change et que les talents de ceux qui agissent quotidiennement, trouvent leur place dans un modèle où la solution est forcément transversale, inédite et collective.